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Le député UMP des Yvelines, Henri Guaino, a laissé entendre lundi qu'il aurait "préféré" que le chef de son parti soit élu par les militants en septembre et qu'il était "opposé, par principe, aux primaires" pour 2016.
Sombres perspectives

Primaires UMP 2016 : chronique d’un fiasco annoncé ?

Publié le 02 juillet 2013
Alors que Henri Guaino a qualifié une primaire UMP en 2016 de "trahison de l'esprit de la Vème République", le sujet n'en finit pas de faire débat au sein du parti.
Philippe Braud est politologue, spécialiste de sociologie politique. Il est professeur des Universités à l'Institut d'Études Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au CEVIPOF (Centre d'Études Politiques de Sciences-Po) Il est...
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Philippe Braud est politologue, spécialiste de sociologie politique. Il est professeur des Universités à l'Institut d'Études Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au CEVIPOF (Centre d'Études Politiques de Sciences-Po) Il est...
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Alors que Henri Guaino a qualifié une primaire UMP en 2016 de "trahison de l'esprit de la Vème République", le sujet n'en finit pas de faire débat au sein du parti.

Atlantico : Le député UMP des Yvelines, Henri Guaino, a laissé entendre lundi qu'il aurait "préféré" que le chef de son parti soit élu par les militants en septembre et qu'il était "opposé, par principe, aux primaires" pour 2016. Cet exercice risque-t-il par se traduire par le même fiasco que l'élection du président de l'UMP ?

Guillaume Bernard : Ce que je crois comprendre de la position de Monsieur Henri Guaino, c’est qu’il préconise qu’il y ait coïncidence entre le patron du parti et le candidat à la présidence de la République. C’est tout à fait dans la tradition des partis de droite. En outre, cela permet d’habituer l’opinion publique à la figure et à la personnalité du principal (du moins supposé tel) chef de l’opposition. Le cas de la Grande-Bretagne est, à ce titre, édifiant : il y existe une convention de la constitution selon laquelle c’est le chef du parti qui a gagné les élections à la chambre des Communes qui est désigné Premier ministre par le roi (ou la reine). Ainsi, quand les électeurs se prononcent lors des législatives, ils savent non seulement pour quel député (dans leur circonscription) mais aussi pour quel chef du gouvernement ils votent : une personnalité clairement identifiée, soit le Premier ministre sortant soit la personne qui s’y est directement opposée pendant toute la législature précédente.

Philippe Braud : Cette possibilité d’un fiasco existe en effet ; elle est même élevée. En elles-mêmes, les primaires constituent un exercice à haut risque pour quelque parti que ce soit, du moins en l’état actuel de leur culture démocratique interne. Mais ce risque l’est encore davantage à l’UMP. A cause de l’enjeu d’un accord sur les règles du jeu. Du choix opéré entre primaires ouvertes à tous les sympathisants et primaires réservées aux militants encartés, dépend fortement l’issue prévisible de ce scrutin. A cause également du risque de déchirements entre les candidats à la candidature. La violence de l’affrontement Copé/Fillon a laissé des blessures qui peuvent facilement s’envenimer de nouveau. A cause enfin de certaines pratiques d’appareil qui sèmeront le doute sur la loyauté du scrutin. Ceci étant on voit mal comment départager autrement les candidats dans un parti plutôt riche en présidentiables autoproclamés. Sauf à invoquer la théorie du « candidat naturel » qu’est le président sortant. Mais ici il s’agit de quelqu’un qui a été « sorti » par le scrutin de 2012.

Les fractures idéologico-politiques héritées du conflit Fillon / Copé vont-elles fatalement resurgir ?

Guillaume Bernard : C’est très vraisemblable. Les « programmes » de Messieurs Copé et Fillon, à l’automne 2012, n’étaient pas extrêmement éloignés ; il y avait plus une différence de style et de stratégie (du moins d’ouverture ou de fermeture à certaines options ou formulations). Cela dit, au-delà de ce conflit de personnes, il y a, au sein des cadres nationaux de l’UMP, une fracture entre ceux qui s’assument, dans la lignée de Nicolas Sarkozy, de droite, et ceux qui préfèrent jouer la carte du modérantisme. Cette division est encore plus nette parmi les élus « de base », les militants et les électeurs : elle traduit le clivage idéologique au sein de la droite qui, sur de nombreux points – comme la construction européenne, le multiculturalisme, la transformation des mœurs – est encore plus profonde qu’entre la droite et la gauche.

Philippe Braud : Oui cela semble inévitable, surtout sur la question de l’attitude à adopter vis-à-vis du Front national. Cependant il faut s’attendre à quelques changements de camp de la part de barons et de militants désireux de se retrouver aux côtés de celui qu’ils percevront comme le mieux placé pour l’emporter.

Selon Henri Guaino, cette primaire constitue « une trahison de l'esprit de la Ve République ». Les primaires sont-elles compatibles avec l’héritage gaulliste et la culture du chef de la droite française ?

Guillaume Bernard : Le recours à des primaires s’explique dans des partis qui sont traversés par divers courants et entre lesquels il faut arbitrer ; dans le cadre d’un bipartisme, comme aux Etats-Unis (qui plus est sont un Etat fédéral où les sensibilités, en fonction des lieux, peuvent être assez différentes, y compris au sein d’un même parti), cela apparaît naturel. Pour ce qui est de la France, il est certain que plusieurs éléments plaident en leur défaveur :

le caractère encore unitaire de l’Etat (malgré une décentralisation de plus en plus poussée) ;

- la tradition monarchique (même « républicaine ») de la culture politique française : la culture du chef est effectivement réelle, même si elle est, a priori, plus forte à droite (respect du chef d’entreprise ou de l’officier militaire, par exemple, à la condition toutefois qu’ils soient légitimes) qu’à gauche ;

- Un système de partis encore plutôt bipolaire (droite-gauche) mais multi-partisan (plusieurs organisations au sein de chaque camp) : chaque organisation est donc supposée avoir une certaine cohérence idéologique et programmatique, ce qui devrait exclure d’avoir besoin de recourir à des primaires.

Pour ce qui concerne ce dernier point, il ne faut cependant pas se leurrer, les grands partis sont des organisations attrape-tout, tant pour ce qui concerne leurs électeurs que leurs militants : malgré une théorique unité, il y a, en fait, des divisions en courants plus ou moins hostiles aussi bien pour des questions d’idées que de carrières personnelles (raison moins « noble » que la première mais souvent plus réelle). Cela explique que le PS ait dû utiliser les primaires pour désigner un candidat.

Philippe Braud : Certes les primaires n’appartiennent pas du tout à la tradition gaulliste. Non seulement parce qu’elles n’ont jamais été pratiquées mais aussi parce que, du temps du Général, au RPF qu’il avait fondé, prévalait une culture d’organisation quasi militaire. Ceci étant, le monde évolue et, avec lui, la culture du chef a perdu de son attractivité un peu partout, y compris dans la droite modérée. Les statuts du RPR puis de l’UMP ont constamment donné plus de poids au vote des adhérents dans la désignation de leurs responsables. On ne peut pas ne pas relever cette évolution vers plus de démocratie interne.

En cas de retour de Nicolas Sarkozy, peut-on vraiment imaginer que l’ancien président de la République se soumettra à cet exercice ?

Guillaume Bernard : Il me semble assez évident qu’un ancien chef de l’Etat ne peut redevenir candidat à la présidentielle (après avoir été battu quant il était « sortant ») que s’il apparaît comme l’homme « providentiel » et s’impose à tous (du moins à son camp) comme la personne indispensable et irremplaçable. Cela dit, en politique, tout est possible, notamment en fonction des circonstances et des personnalités en présence (rapports de force). Il est déjà délicat d’analyser la politique réelle, alors la politique fiction…

Philippe Braud : Il est clair qu’il aimerait s’en affranchir, ne serait-ce que pour signifier qu’en tant qu’ancien président de la République, il n’a pas d’égal. Pourtant, il ne semble pas avoir beaucoup à craindre d’une descente dans l’arène des primaires. Pour lui, les obstacles résident ailleurs. Sans parler des effets possibles de ses ennuis judiciaires, il lui faut redouter surtout le probable réveil d’un anti-sarkozisme virulent au sein de l’opinion publique. Or les déchirements de la campagne des primaires ne pourraient que l’alimenter, et plomber ses chances d’être élu. C’est pourquoi, face à un candidat socialiste même affaibli par sa gestion, il n’est pas du tout sûr, en dépit des apparences actuelles, que Nicolas Sarkozy soit le meilleur porte-parole de la droite.

Est-ce que les primaires sont vraiment le meilleur moyen de choisir le candidat qui aura le plus large attrait auprès des Français dans leur ensemble (et pas seulement auprès des militants) ? Pour réussir, cette primaire doit-elle être obligatoirement être ouverte ?

Guillaume Bernard : C’est un moyen qui permet sinon de contraindre tous les membres d’un parti de soutenir avec enthousiasme et loyauté le candidat désigné du moins de neutraliser les « barons » et d’empêcher la pluralité des candidatures issues d’une même organisation (cf. le cas de Jacques Chirac et d’Edouard Balladur en 1995).

Le recours à des primaires ouvertes (plutôt que fermées, c’est-à-dire réservées aux seuls adhérents) peut s’expliquer par quatre principales raisons :

- le nombre très faible d’encartés dans les partis politiques : la désignation d’un candidat à la présidentielle par seulement quelques dizaines de milliers d’adhérents pourrait apparaître comme une débauche d’énergie (et d’argent) ayant peu de signification ; en outre, cela révèlerait que les partis politiques qui exercent le monopole de la désignation des candidats à toutes les élections ne sont pas du tout représentatifs des courants d’idées

- la non-représentativité sociale des partis politiques : ceux-ci ont le quasi monopole de la désignation des candidats à toutes les élections ; or, ils sont composés de très peu de personnes (au sein desquelles, en outre, les « professionnels » ont le dessus ; les primaires fermées révèleraient à l’opinion publique que les partis ne sont pas représentatifs non seulement des différents courants au sein d’un même camp mais également des différentes catégories socio-professionnelles ;

- la possible distorsion entre la sensibilité des adhérents et celle des électeurs : il est généralement considéré que les adhérents à un parti sont plus « radicaux » ou plus « extrêmes » que l’ensemble des électeurs de celui-ci : ce sont donc plutôt les « tièdes » qui pensent avoir avantage aux primaires ouvertes ; 

- la possibilité d’éliminer des candidats « parasites » issus de partis proches : la présence de candidats à la candidature issus de petits partis permet à ceux-ci de profiter de la couverture médiatique nationale de la primaire (cela leur donne une visibilité dont ils espèrent profiter à l’occasion d’autres élections) ; pour le « grand » parti, cela lui permet de neutraliser ces candidats en les empêchant de se présenter à la présidentielle (puisqu’ils ont « évidemment » perdu la primaire) et donc de leur prendre des voix au premier tour (ce qui limite le risque de ne pas être qualifié pour le second : cf. le cas de Lionel Jospin en 2002).

Philippe Braud : En paraphrasant ce que disait un jour Churchill de la démocratie, je dirais que les primaires sont, pour l’UMP, le pire moyen de choisir le candidat de la droite à la présidentielle, à l’exception de tous les autres. Sauf à envisager la miraculeuse union préalable de tous les barons du parti autour d’un candidat unique. Beaucoup dépendra de l’acceptation du résultat par l’ensemble de la famille, ou, au contraire, de la dissidence d’un ou plusieurs candidats vaincus. Une primaire réservée aux seuls militants risque de voir son résultat moins bien accueilli par l’ensemble de l’électorat de droite et du centre.

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Le gorille
- 03/07/2013 - 03:43
Pas ouvertes
Si primaires il doit y avoir, il ne faut pas les choisir "ouvertes". Ce mode permettrait au camp adverse la mise en œuvre d'une stratégie pour faire désigner l'adversaire le plus souhaitable à ses yeux . Le PS en a montré le résultat : Hollande était, pour le parti, le seul à ne pas désigner comme candidat. Alors.... La même chose à droite ?
EOLE
- 02/07/2013 - 15:06
GUAINO a tout à fait raison
Il exprime le ponit de vue réel des militants qui ne s'est pas exprimé ce weekend, personne ne voulant ajouter la contestation au discrédit provoqué par la bagarre des chefs. Chacun pense qu'un vrai patron du mouvement se sera dégagé d'ici les primaires qui ne seraient alors qu'une formalité.
jean fume
- 02/07/2013 - 13:50
la culture du chef de la droite française ?
C'est quoi ces stupidités ? Ils ne sont pas tous malades à droite. Le culte de la personnalité, c'était en URSS. Non, c'est comme au tierce, ce qui importe, c'est de choisir le meilleur cheval pour porter les couleurs !