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Le ministre de l'Intérieur souhaiterait faire de la DCRI un FBI à la française.
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Pourquoi Valls veut un FBI à la française

Publié le 18 juin 2013
Après les vives critiques à l'encontre de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à la suite l'affaire Merah ou des violences à Paris lors du sacre du PSG, Manuel Valls à dévoilé ce lundi sa réforme du renseignement intérieur. Le ministre de l'Intérieur souhaiterait faire de la DCRI un FBI à la française.
Christophe Soullez est criminologue et dirige le département de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Il est l'auteur de "Histoires...
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Christophe Soullez est criminologue et dirige le département de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Il est l'auteur de "Histoires...
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Après les vives critiques à l'encontre de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à la suite l'affaire Merah ou des violences à Paris lors du sacre du PSG, Manuel Valls à dévoilé ce lundi sa réforme du renseignement intérieur. Le ministre de l'Intérieur souhaiterait faire de la DCRI un FBI à la française.

Atlantico : En quoi le modèle du FBI américain présente-t-il un intérêt pour la France ?

Christophe Soullez : Il ne faut pas tout confondre. Si le FBI est bien un service de renseignement intérieur, c’est aussi un service de police judiciaire lorsqu’il exerce ses missions au niveau fédéral. Ainsi, par exemple, le FBI est compétent, au niveau judiciaire, dans le domaine de la lutte contre le crime organisé ou encore pour ce qui est des enlèvements. En fait pour tous les crimes fédéraux, c’est le FBI qui a une compétence judiciaire. C’est aussi le FBI qui traque les tueurs en série. Le renseignement intérieur est donc une mission parmi d’autres même si elle demeure très importante, notamment depuis les attentats du 11 septembre. En France, la DCRI a exclusivement des missions de renseignement dans des domaines très précis, en matière de lutte contre le terrorisme, de protection du patrimoine économique et scientifique ou encore de surveillance des organisations radicales pouvant mettre en péril la stabilité de l’Etat. Elle travaille de concert avec les services de la direction centrale de la police judiciaire, et notamment la sous-direction de la lutte anti-terroriste, pour ce qui est de l’activité judiciaire.

Quelles caractéristiques du FBI Manuel Valls pourrait-il décliner au sein des services de renseignement français ?

Je pense que ce que souhaite Manuel Valls en créant une direction générale de la sécurité intérieure, détachée de la direction générale de la police nationale, c’est mettre en place une structure disposant d’une certaine indépendance par rapport aux directions actives et dégagée de certains carcans administratifs. Il a aussi opté pour un rattachement direct auprès du ministre. Cette plus grande autonomie, et peut être les moyens supplémentaires qui luis seront alloués afin de la renforcer, devront aller de paire avec un meilleur contrôle de son activité. Je ne crois donc pas que le ministre ait voulu s’inspirer du FBI qui est une organisation propre à un système américain fédéraliste et culturellement éloigné du notre. En revanche, il a souhaité tirer les leçons de la réforme de 2008 qui, si elle avait certains aspects positifs, avait également montré quelques faiblesses.

Je crois que réfléchir à une adaptation constante de nos services, tirer les leçons d’une activité ou d’une réforme, bref pouvoir évaluer des mesures, ne doit pas toujours être vu comme un échec ou la remise en cause de réformes engagées par d’autres. Les services de police doivent évoluer constamment afin de s’adapter à une criminalité qui est mouvante, protéiforme, jamais à court de nouvelles idées et qui ne cesse de profiter des failles ouvertes par notre société. Il est donc important de pouvoir réagir rapidement à travers des organisations plus souples.

La principale modification est la transformation de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), en une direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), placée directement sous l'autorité du ministre. Concrètement, en quittant la direction générale de la police nationale, qu’est ce qui va changer pour la DGSI ?

A priori, déjà, cela devrait lui permettre de recruter des personnels extérieurs à la police nationale comme le font depuis des dizaines années, leurs collègues du ministère de la Défense au sein de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE). Ce qui est important dans le renseignement, c’est de disposer de compétences variées, parfois techniques, qu’on ne trouve pas toujours dans la police nationale. Des informaticiens, des linguistes, des spécialistes de certaines religions, peuvent être très utiles aux services de renseignement. Et ces profils spécialisés doivent aussi pourvoir être recrutés pour leurs compétences et à des salaires qui ne sont pas nécessairement ceux de la fonction publique.

En revanche il faudra faire très attention à ce que cette nouvelle DGSI ne reproduise pas certains défauts de la DCRI à savoir vive en vase clos, ne pas partager l’information et s’abstraire des compétences des autres services de police et de gendarmerie. Il faudra donc pouvoir préserver mais surtout développer les liens entre cette direction et les autres services de police et notamment la Direction du Renseignement de la Préfecture de Police qui ne semble pas avoir été remise en cause. Comme l’a aussi rappeler le ministre mais également Jean-Jacques Urvoas les liens avec les services territoriaux seront essentiels car le décèlement précoce et le renseignement opérationnel se trouvent dans la proximité. Et, dans ce domaine, il y a des marges de progrès importants. Reste à savoir si la création d’une DGSI facilitera cet aspect.

Le risque de la création d’une direction qui soit en dehors de la police c’est de la voir se cloisonner. Quand on sait déjà les difficultés de collaboration ou d’échanges d’information entre les différentes directions de la police nationale (Préfecture de Police comprise) ou entre la police et la gendarmerie il convient de rester vigilant sur cette évolution. Elle peut être positive mais elle peut aussi produire l’effet inverse à celui recherché. 

Cette transformation des services de renseignement intérieurs, avec par exemple le recrutement de personnel de la société civile (informaticien, polyglotte, analystes), est-elle motivée par l’émergence de nouvelles menaces ?

Oui, il est clair qu’aujourd’hui les services de police ont besoin de disposer de compétences très diverses et de profils très pointus car la menace s’est diversifiée. Nous ne sommes plus dans une configuration où les adversaires sont clairement identifiés. Il y a aujourd’hui une menace diffuse avec de nombreux acteurs dont le profil n’est plus homogène. De même, avec les récents attentats aux Etats-Unis, à Londres ou à Paris, on voit bien que nous ne sommes plus confrontés à des organisations structurées ou organisées mais à des individus qui, s’ils entretiennent des relations, avec la sphère radicale, ne sont pas des affidés et peuvent agir sans ordre. De même les cibles évoluent. Certes les hommes demeurent des cibles privilégiés mais les réseaux, les infrastructures vitales, les entreprises sont aussi devenus des cibles très prisés car les terroristes ont aussi compris que s’attaquer à un patrimoine financier, économique ou scientifique pouvaient aussi faire beaucoup de dégâts. D’où la nécessité d’avoir des agents qui puissent apporter aux policiers ou aux gendarmes de nouvelles clés de lecture du monde quand ce n’est pas la connaissance d’une langue ou des systèmes informatiques.

La réforme annoncée porte aussi sur l’information générale, les anciens renseignements généraux, mais il semble qu’elle n’aille pas aussi loin que l’espérait certains fonctionnaires.

C’est vrai que la réforme de 2008 avait beaucoup privilégié la DCRI et avait un peu laissé de côté les anciens renseignements généraux, en tous cas, ceux qui sur le terrain étaient chargés de la surveillance des violences urbaines, des groupes violents, de certains mouvements radicaux, ou tout simplement du recueil de l’information nécessaire à la connaissance d’un tissu économique, social ou associatif. Il est vrai aussi que beaucoup de fonctionnaires de l’information générale se plaignaient d’un manque de communication avec leurs anciens collègues de la DCRI ou d’un positionnement parfois difficile à la sécurité publique. Sans compter l’absence de doctrine d’emploi ou de filière spécifique et les relations parfois tendues, et c’est un euphémisme, avec leurs collègues gendarmes.

Manuel Valls a clairement indiqué que ces fonctionnaires, qui demeurent donc au sein de la sécurité publique, ce qui va décevoir une partie des agents, effectuent bien des tâches de renseignement et devraient même intégrés la fameuse communauté du renseignement. En revanche, c’est vrai qu’il maintient la séparation, voire même peut l’accentuer avec cette direction autonome, entre le renseignement intérieur et le renseignement dit maintenant territorial. Or, on le sait, notamment avec la question des radicalisations individuelles, on ne peut déceler certains comportements que si on connaît bien son terrain et surtout que si l’information est diffusée et analysée avec la même importance d’où qu’elle vienne. On peut donc se réjouir de l’annonce d’une doctrine d’emploi ou de la création d’une filière professionnelle mais on peut encore s’interroger sur le maintien du renseignement territorial au sein de la sécurité publique. Là aussi, il conviendra d’être attentif à la coordination entre les différents services et surtout à l’indépendance dont pourra bénéficier le renseignement territorial par rapport au corps préfectoral ou même au directeur départemental de la sécurité publique. Comme l’a rappelé le ministre les relations entre la police et la gendarmerie devront aussi être approfondies. Et dans ce domaine, on sait que ce n’est pas qu’avec des mots qu’on rapproche les hommes ou les institutions. On peut aussi regretter que seule la DGSI bénéficie de moyens supplémentaires alors que l’ex-information générale avait justement été le parent pauvre de la réforme de 2008 et qu’elle couvre un très vaste champ d’activités aussi important que celui de la DGSI.

 

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Grwfsywash
- 19/06/2013 - 14:00
Il ne manque plus qu'une chose
C'est justement que nous devenions la République Fédérale de France.
Cela aurait de la gueule, cette émulation entre les Régions.
Ali ce
- 19/06/2013 - 13:57
pour écouter
pour écouter les conversations comme au bon vieux temps de tonton Mitterand, c'était tellement chouette !!!
mag
- 19/06/2013 - 07:55
mag
Ce type a vraiment une ambition démesurée ...............Il faut vraiment s'en méfier de ce petit dictateur .........