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Le Japon a publié ce jeudi une croissance de 0,9% au premier trimestre 2013.
© Reuters
Le Japon a publié ce jeudi une croissance de 0,9% au premier trimestre 2013.
Coup de boost

Relance monétaire massive : le Japon respire à nouveau mais faut-il craindre les effets pervers des Abenomics ?

Publié le 23 mai 2013
Le Japon a affiché une croissance de 0,9% au premier trimestre 2013, soit 3,5% en rythme annuel à la suite d'une relance monétaire massive. Pourtant, cette bonne nouvelle pour le pays du Soleil levant pourrait se révéler problématique pour l'UE.
Nicolas Goetzmann et Simone Wapler
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Nicolas Goetzmann est conseiller en stratégie d'investissement, gérant de fortune. En 2012, il a crée le site contrintuitif.com. Simone Wapler est rédactrice en Chef des Publications Agora (analyses et conseils financiers). 
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Le Japon a affiché une croissance de 0,9% au premier trimestre 2013, soit 3,5% en rythme annuel à la suite d'une relance monétaire massive. Pourtant, cette bonne nouvelle pour le pays du Soleil levant pourrait se révéler problématique pour l'UE.

Lire notre article décryptage sur :
Abenomics pour les nuls : les explications sur cette nouvelle politique monétaire qui pourrait révolutionner l'économie

Atlantico : Plusieurs mois après l'arrivée de Shinzo Abe au pouvoir, et une réorientation de la politique monétaire devenue ultra-accommodante, surnommée "Abenomics", le Japon a publié ce jeudi une croissance de 0,9% au premier trimestre 2013, soit 3,5% en rythme annuel. Mais au-delà de la simple croissance, quels sont les effets pervers - avérés, potentiels ou théoriques - et les risques d'une telle politique ?

Simone Wapler :Il existe plusieurs risques quant à l'utilisation d'une telle politique monétaire :

  • Tout d'abord, croire que le Japon a renoué avec la création de richesse en imprimant de l’argent revient à croire qu’un faux monnayeur peut acheter son rajeunissement. Certes, à court terme, l’activité économique a été légèrement dopée par la croissance des exportations et un peu de consommation des ménages provenant d’une illusion de richesse puisque la bourse s’est appréciée de 50%. Cependant, l’investissement des entreprises a quant à lui diminué pour le cinquième trimestre d’affilé : les dépenses d'investissement ont baissé de 0,7% durant le trimestre,  indique Reuters qui souligne qu'il s'agit de la cinquième baisse d'affilée. Il faut donc nuancer les effets d'Abenomics et de la planche à billet massive. L’ardoise va bientôt venir sous la forme d’une facture d’énergie plus importante.

  • Deuxièmement, après 23 ans de plans de relance, censés amortir une crise immobilière et bancaire mal digérée, le pays est maintenant endetté à hauteur de 245% de sa production de richesse. Ce niveau est insoutenable, de l’avis même de Haruhiko Kuroda le gouverneur de la banque centrale. Le vrai problème du Japon ne peut donc être soigné par de la fausse monnaie. Depuis 23 ans, les taux d’intérêts des obligations souveraines sont ridiculement bas. Depuis 23 ans, les Japonais achètent consciencieusement leur dette nationale. Seulement 6% des émissions partent à l’étranger. Mais cette belle mécanique pourrait s’enrayer.

  • Troisièmement, les japonais vieillissent. Les fonds de pension doivent payer les rentes des retraités. Et le taux d’épargne qui était de 18,4 % en 1982 n’est plus que de 1,5%. Près d’un quart des Japonais ont plus de 65 ans et la population décline depuis 2004. Plus la population vieillit, plus le Japon sera contraint de vendre sa dette souveraine à l’étranger, sachant que le monde est déjà saturé de dettes… ou d’imprimer toujours plus. Les projections nous disent que le Japon pourrait faire faillite en 2019. Préférez-vous la faillite par défaut de paiement des rentes des retraités ou bien par l’hyperinflation ?

  • À terme, une telle politique peut conduire le Japon vers une dépression inflationniste (voire hyperinflationniste) et le conduire au chaos monétaire. Verrait-on alors un refuge vers le dollar, comme cela s’était produit en 2008 (faillite de Lehman Brothers) ou en 2011 (faillites des États périphériques européens) ? Pas si sûr, ce sont toutes les monnaies fiduciaires qui deviendraient alors suspectes.

De manière générale, la planche à billets c’est comme la morphine, l’alcool, la cocaïne : un bon petit coup de fouet à court terme et la déchéance assurée au bout de la route. Préférez-vous l’arrêt cardiaque ou bien vous faire écraser dans le caniveau dans lequel vous aurez roulé inconscient ?

Nicolas Goetzmann : En premier lieu, je réfute toute idée d’une politique ultra-accommodante, c’est-à-dire que la politique monétaire japonaise a été un étau depuis 20 ans, et qu’il est dès lors inenvisageable de parler de débauche monétaire aujourd’hui alors qu’il ne s’agit que d’une normalisation.

A partir de là et en second lieu, deux risques sont identifiés, la hausse des taux et l’inflation.

  • La hausse des taux devient une réalité depuis quelques jours puisque le taux à 10 ans japonais atteint son plus haut niveau depuis 9 mois, mais reste ancré à 0.85%

  • Ensuite l’inflation, mais celle-ci est estimée à -1.2% aujourd’hui, c’est à dire qu’il y a de la marge des deux côtés.

C’est justement sur la constatation de taux très faibles et d’une inflation négative qu’il était urgent d’intervenir. Le risque associé à une politique « ultra-accommodante » pour le Japon, n’est rien d’autre que le risque de retrouver la signification du mot croissance. Les inquiétudes sur le niveau de dette seront également balayées par le retour d’une croissance nominale positive, et ainsi d’une baisse du niveau de dette sur PIB, dès lors que le pays tiendra ses déficits.

Dans son discours de Chicago, Ben Bernanke, le président de la Fed (la banque centrale américaine) a déclaré : "étant donné le contexte actuel des faibles taux d'intérêts, nous surveillons particulièrement étroitement les cas d'une 'course au rendement' et d'autres formes de prises de risques". Avons-nous tendance à sur-estimer ou, au contraire, à sous-estimer ces "effets pervers" ?

Nicolas Goetzmann : Le rôle d’une banque centrale n’est pas de venir lutter contre des supposées bulles. En 1928, Benjamin Strong alors gouverneur de la Fed répondait sèchement à tous ceux qui lui demandaient d’agir contre la flambée boursière. Suite à son décès en octobre 1928, la nouvelle équipe décidait de lutter contre la spéculation en rehaussant largement les taux. Les marchés, les banques, et l’économie ne l’ont pas supporté.

Lutter contre une bulle via la politique monétaire, c’est sanctionner l’ensemble des secteurs au même moment (si une bulle immobilière prend forme, une sanction monétaire aura pour conséquence de briser tous les secteurs, sans discernement). C’est ainsi que les subprimes auraient dû être empêchés par la régulation et non pas par la voie monétaire comme cela était suggéré par certains. De la même façon, la prise de risque excessive ne doit pas être combattue par la voie monétaire aussi longtemps que celle-ci permet une stabilisation de la croissance.

Simone Wapler : Tout alcoolique ou drogué vous soutiendra que ce qu’il prend n’a pas d’effet secondaire néfaste. Bernanke ressemble à un entraîneur qui jure la main sur le cœur qu’il surveille bien la tension de son champion qu’il dope de façon criminelle et éhontée. Toutes les bulles ont toujours été gonflées par de la monnaie excédentaire. Pour que les gens puissent spéculer, il faut bien leur donner de l’argent qui n’a aucune valeur, de l’argent qu’on peut griller sans remords puisqu’il ne demande aucun effort… Même la célébrissime bulle de la tulipe de 1637 trouve ses origines dans un excès monétaire, comme le démontre de la recherche récente (Douglas E. French, Early Speculative Bubbles and the Increase in the Money Supply, Aburn, AL : Ludwig von Mises Institute, 2009). Oui, même avec une monnaie métallique, le guilder, qui fut victime de son succès…

 

La sous estimation des effets pervers est confortée par l’usage d’un arsenal statistique inepte :

  • PIB vu comme donnant la mesure d’une richesse (alors que toute activité n’est pas créatrice de richesse et que le PIB gonfle en même temps que le déficit)

  • Ratio d’endettement des pays mesuré à l’aune de ce même PIB (alors que les recettes d’un pays sont ses recettes fiscales)

  • Inflation sans aucun lien avec les hausses de prix à la consommation réellement vécues (Depuis 1986, aux Etats-Unis, le Big Mac a augmenté de 173% tandis que l’indice des prix - tel que mesuré par le Bureau of Labour Statistics - a augmenté de 110%. En Europe, depuis 2000, le Big Mac a augmenté de 41% et l’inflation telle que mesurée par l’INSEE est de 25%)

 

A-t-on besoin d’avoir un prix Nobel d’économie pour comprendre qu’une économie croit sainement si et seulement si plus d’individus se livrent de façon de plus en plus productive à une activité rentable ? Précisons que rentable signifie que d’autres individus sont prêts à acheter ces biens et services produits avec de l’argent qu’ils ont honnêtement gagné (et non pas avec de l’argent imprimé ou redistribué).

Quelles sont les économies affectées par les effets d'Abenomics ? S'agit-il d'un jeu à sommes nulles ?

Nicolas Goetzmann : C’est le monde entier qui en profite. Le Japon ne vient pas prendre une part de croissance aux autres, il développe sa demande intérieure. C’est à dire que l’économie mondiale profitera de cette hausse de la demande japonaise. Il ne s’agit aucunement d’un jeu à somme nulle.

Chaque zone économique est libre ou non d’importer la politique monétaire japonaise, et seule l’Europe accepte de le faire en conséquence de son mandat. Si l’Europe ne veut pas importer la dévaluation consécutive à la politique menée par Kuroda, elle doit agir sur sa propre demande intérieure. Et cette question est l’enjeu des derniers G20. L’Europe ne veut pas comprendre que son inaction en matière monétaire la condamne à en subir les conséquences. La modification du mandat de la BCE en incluant la notion de croissance permettrait de neutraliser les effets des politiques monétaires étrangèresNous n’allons tout de même pas accuser les Japonais de vouloir sortir de la crise sous prétexte que nous voulons y rester, parce que c’est tout ce que propose l’Europe aujourd’hui.

Simone Wapler : À long terme, il n’y a rien à gagner de positif au grand jeu du faux monnayage officiel pour ceux qui vivent en utilisant la monnaie en question. Il n’y a rien non plus à gagner pour ceux qui commercent avec le pays faux monnayeur. À court terme, les industriels concurrents des Sony, Toyota, Honda, Nikon, Olympus et autres sont évidemment pénalisés. Nul doute que de puissants lobbyistes supplient leurs gouvernements respectifs de faire plus et mieux que le Japon. Nous assistons à une bataille des faux monnayeurs officiels d’États.

Ils arrivent à donner l’illusion de la vie en payant les intérêts de leur dette avec de l’argent créé à partir de rien – prolifèrent. Les mauvaises dettes s’accumulent, les bulles gonflent. Pendant ce temps, le chômage monte, la véritable croissance ne repart pas.

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argentinvestir.com
- 18/05/2013 - 16:40
La Bourse japonaise peut,
La Bourse japonaise peut, peut être, continuer à augmenter. Cependant, il faut rester prudent. Surveillez vos actions !

herve d'Argentinvestir.com
walküre
- 17/05/2013 - 14:11
Critiquer le Japon
c'est tomber dans le travers dénoncé dans le nouveau Testament par la parabole de la paille et de la poutre. L'Europe le fait, en plus discret, mais va le faire en grand très prochainement. La monnaie de singe est en cours d'impression. Mais elle ne fera pas bonne impression chez les spéculateurs. Les prochains Grecs s'appellent Français.