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Les pieds dans l'eau ?

Les centrales nucléaires françaises sont-elles suffisamment protégées des inondations ?

Publié le 11 mai 2013
Les récentes fortes pluies ont provoqué des inondations dans plusieurs départements dont l'Aube, l'Yonne et le Midi-Pyrénée. Ces événements climatiques relancent le débat de la sécurité nucléaire en faisant planer le souvenir de l'inondation de la centrale de Blayais en 1999.
Henri Prévot est ingénieur général des Mines. Spécialiste des questions de sécurité économique et de politique de l'énergie, il tient un site Internet consacré à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.Il est l'auteur du livre "Avec le...
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Les récentes fortes pluies ont provoqué des inondations dans plusieurs départements dont l'Aube, l'Yonne et le Midi-Pyrénée. Ces événements climatiques relancent le débat de la sécurité nucléaire en faisant planer le souvenir de l'inondation de la centrale de Blayais en 1999.

Atlantico : Les récentes inondations dans plusieurs départements : Aube, Midi-Pyrénée, Yonne... mettent-elles en danger les centrales nucléaires proches des fleuves ou rivières concernées ?

Henri Prévot : Non, ces inondations ne mettent pas en danger les centrales nucléaires. Mais il est naturel qu’elles remettent à l’ordre du jour la question de la protection des centrales contre les risques d’inondation. Or il se trouve, simple coïncidence bien sûr, que l’Autorité de sûreté nucléaire vient de publier un guide sur la protection des centrales nucléaires contre les inondations.


En 1999, la centrale du Blayais a été inondée, cet incident nucléaire a été classé de niveau2. Un tel événement peut-il se reproduire aujourd'hui ? Pourquoi ? La sécurité a-t-elle été renforcée à la suite de cet événement ?

Justement, c’est à la suite de cet incident qu’une réflexion nouvelle a été engagée sur les risques d’inondation, qui a débouché sur ce guide.

Un jour de violente tempête et de forte marée, fin décembre 1999, la centrale fut inondée, la vague passant au-dessus du mur de protection. L’alimentation électrique de deux réacteurs sur quatre a lâché ce qui a entraîné l’arrêt des réacteurs. Il fallait évacuer la chaleur qui continuait de s’en dégager ; les moteurs diesel ont convenablement démarré. Puis un problème d’alimentation en eau de refroidissement a obligé à arrêter un troisième réacteur. La situation n’était pas critique mais pouvait le devenir si la cascade d’incidents se poursuivait. Pour compléter le tableau, la centrale s’est trouvée isolée car la route d’accès, sous les eaux, était devenue impraticable. Fort heureusement, la circulation d’eau de refroidissement a été rétablie, les moteurs diesels de secours ont pu fonctionner car les réservoirs de fioul étaient pleins et le personnel a pu sans faiblir faire double et triple quarts pour évacuer l’eau des endroits les plus sensibles et rétablir la circulation électrique.

Tout cela a évidemment été analysé sans tarder et les enseignements en ont été tirés.

Les centrales sont prémunies contre le risque de crues exceptionnelles, plus fortes de 15 % que celles qui arrivent en moyenne tous les mille ans. Les centrales situées en aval d’un barrage sont protégées des effets d’une rupture du barrage en supposant en même temps une crue centennale. Mais les incidents intervenus à la centrale du Blayais ont montré qu’il ne suffit pas de considérer une seule cause d’accident. Il faut aussi imaginer que plusieurs causes arrivent en même temps. A Blaye, ce furent l’inondation et la tempête. Peuvent ainsi se combiner selon les endroits les pluies abondantes, les remontées de nappe phréatique, les vagues causées par le vent sur les fleuves et canaux, la houle, la surcote marine, c'est-à-dire la montée du niveau de l’eau du fait d’une forte dépression atmosphérique (ce qui est arrivé à Blaye).

C’est sur ces bases qu’a été élaboré le guide qui vient d’être publié. L’Autorité de sûreté nucléaire et EDF n’ont évidemment pas attendu sa publication pour faire les travaux complémentaires. D’ici un an, toutes les centrales auront complété leurs protections contre l’inondation conformément à ce guide.

Il faut aussi prévoir le cas où la centrale deviendrait inaccessible pendant plusieurs jours. Lorsque l’on se rapprochera des cotes d’alerte, la centrale sera approvisionnée pour pouvoir vivre en autarcie plusieurs jours et des équipes de personnel seront appelées en renfort sur le site de façon à pouvoir assurer la relève en cas de besoin.

 

Les risques d'inondation sont-ils le principal point faible des centrales nucléaires françaises ? Quels sont les autres risques potentiels ?

La sécurité des centrales nucléaires suit un processus de progrès permanent. Lorsqu’un point faible est détecté, il est corrigé. A côté des aspects techniques, il pourrait apparaître des causes de vulnérabilité d’un autre genre, liées à la gestion des ressources humaines ou à la politique de l’énergie.

La sécurité progresse beaucoup mieux si chaque incident, aussi minime soit-il, est signalé. Tel est le cas aujourd’hui mais si les opposants au nucléaire continuent d’alerter l’opinion en criant à la catastrophe au moindre écart sans gravité, les agents travaillant dans les centrales nucléaires seront tentés de ne pas les signaler tous.

A force d’entendre dire que le nucléaire est une énergie « de transition » dont l’importance ne cessera de se réduire, on décourage les jeunes générations de s’y intéresser. Pourtant, notre production nucléaire ne sera sûre que si elle dispose de compétences suffisantes et il nous faut des ingénieurs et des scientifiques de haute volée pour construire les réacteurs de demain, des surgénérateurs à sécurité intrinsèque qui fourniront aux générations suivantes une énergie très abondante et sans danger.

Une pression concurrentielle trop forte agissant sur le coût de l’électricité ou sur la valeur des actions risque d’avoir un effet négatif sur la sécurité.

Si la capacité nucléaire est diminuée au point que le système de production d’électricité ne dispose plus de marge de manœuvre, il sera très difficile d’arrêter des réacteurs où apparaîtrait un défaut inattendu causant un risque. Ce sera plus facile si le parc dispose d’une certaine surcapacité ou si l’on peut en cas de besoin remplacer l’électricité par une autre forme d’énergie qui se stocke aisément. Ce sera possible avec le développement de véhicules hybrides ou de chauffages hybrides où l’électricité peut être remplacée par du carburant, du gaz ou du fioul. Alors, dans un scénario où la capacité nucléaire augmenterait, il serait possible d’arrêter brusquement plusieurs réacteurs nucléaires sans aucunement gêner les consommateurs[1]. Ce n’est pas en diminuant la capacité nucléaire qu’on améliorera la sécurité mais en l’augmentant.



[1] Comme je le montre dans Moins de CO2 pour pas trop cher - L’Harmattan

Propos recueillis par Manon Hombourger

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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belou43
- 12/05/2013 - 09:53
Question
Concernant les centrales de la Vallée du Rhône:
Certes, Les inondations "classiques" ne devraient pas faire de dégâts dangereux.
Mais la vallée du Rhône et son parc de centrales nucléaires sont sur une zone sismique.
Qu'en est-il d'un tremblement de terre suffisamment important pour faire céder un, voir plusieurs barrages sur le Rhône ???
Ce scénario, dont on ne nous parle pas, n'est pas si fantaisiste que ça !!! Il y a 2 ans:
Quatre secousses, dont deux de magnitude 4,5 sur l’échelle de Richter, se sont produites dans la nuit du 2 au 3 août 2011, dans le sud de l’Ardèche (entre Alès et Montélimar). La zone concernée est située à 18 km à l’ouest du site nucléaire du Tricastin, à environ 21 km au nord-ouest du centre nucléaire de Marcoule et à 30 km au sud-ouest de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse.
Ravidelacreche
- 11/05/2013 - 15:55
Bonne question
Mais un peu tardive ?!
walküre
- 11/05/2013 - 14:17
Oui,
jusqu'à la prochaine catastrophe.