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Les firmes pharmaceutiques occupent une place centrale dans le dispositif de formation du corps médical.
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Les firmes pharmaceutiques occupent une place centrale dans le dispositif de formation du corps médical.
Bonnes feuilles

Somnifères : comment les intérêts des firmes pharmaceutiques ont pris le contrôle de notre sommeil

Publié le 21 avril 2013
L'auteur Roger Lenglet explique comment les lobbies s'infiltrent dans notre quotidien. Extrait de "24h sous influences, comment on nous tue jour après jour" (2/2).
Roger Lenglet
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Roger Lenglet est un philosophe français et journaliste d'investigation. Il a écrit plusieurs livre sur les lobbies. En 2012, il publie avec Olivier Vilain,  Un pouvoir sous influence - Quand les think tanks confisquent la démocratie chez Armand...
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L'auteur Roger Lenglet explique comment les lobbies s'infiltrent dans notre quotidien. Extrait de "24h sous influences, comment on nous tue jour après jour" (2/2).

Max, le mari de Cécile, qui dort à ses côtés, ne rêve pas. Son sommeil est profond. Il se croit insomniaque et prend chaque soir un somnifère. Sans lui, pense-t-il, impossible de faire une « nuit normale ». Son médecin ne l’a pas contredit et lui renouvelle régulièrement sa prescription, bien que la notice signale que ce médicament n’est pas à prendre au-delà de quelques semaines. Cela dure depuis trois ans. Même le pharmacien ne semble pas s’en inquiéter.

Max ne sait pas que le laboratoire qui fabrique le produit offre régulièrement des petits cadeaux à son prescripteur, et même parfois une villégiature exotique ou des dîners-spectacles. La loi "anti-cadeau" ne change rien à l’affaire, les dons des laboratoires sont nombreux et les rémunérations pour le suivi des essais des nouveaux médicaments sur leurs patients restent autorisées. Les médecins qui les acceptent n’y voient pas de mal et quand on les interroge à ce sujet, certains reconnaissent qu’avec tous les produits qu’ils prescrivent, les firmes « peuvent bien faire des gestes de remerciement 24 » !

Le médecin de Cécile, comme la plupart de ses confrères, feuillette tous les jours Le Quotidien du médecin où les publicités pour ses médicaments préférés fleurissent dans chaque numéro pour financer le journal et entretenir les bonnes habitudes des prescripteurs. Le journal lui est envoyé gratuitement, comme à tous les médecins. Il ne prend pas le temps de le lire, survole les titres des articles et, parfois, s’arrête sur un chapeau en caractères gras. Il ne songe pas que l’industrie du médicament qui finance le journal et pèse sur son contenu en a fait un instrument de lobbying et de marketing pour modeler son jugement. Il ne réfléchit pas non plus à la raison pour laquelle les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments en Europe et pourquoi ils avalent en moyenne deux fois à trois plus de psychotropes (antidépresseurs, tranquillisants, somnifères…). Les Français dormiraient-ils plus mal que les autres ou souffriraient-ils plus de troubles psychiques ?

Cette question, il ne se la pose pas, à l’aune de son journal. Peut-être lui viendrait-elle à l’esprit s’il assistait à l’un des cours de neurologie où d’éminents professeurs rappellent aux étudiants que la première question qu’ils devront se poser en voyant arriver un patient est de savoir quels médicaments il a consommés, particulièrement quels psychotropes, car toutes les affections neurologiques peuvent être causées par ces derniers. S’il retournait ainsi sur les bancs de la fac pour suivre cette spécialité, il songerait à approfondir son petit colloque standard avec ses patients consommant des médicaments à risque neurologique. Par exemple pour savoir s’ils ne souffrent pas de nouveaux troubles tels que des tremblements, des pertes de mémoire plus fréquentes… Un syndrome parkinsonien, notamment, apparaît souvent lorsque l’on consomme des psychotropes. Il aurait alors relevé que Max éprouve quelquefois des sensations de ralentissement de ses gestes qui l’auraient conduit à changer son traitement…


Dans les années 1990, le psychiatre Édouard Zarifian avait lancé une grande alerte sur les psychotropes. Elle n’a rien changé. Les Français rivalisent toujours avec les Américains. Nous sommes environ cinq millions dans l’Hexagone à en avaler régulièrement, de l’enfant à l’adulte âgé. Et neuf millions sont considérés comme des « consommateurs occasionnels ».

La singularité française repose sur quelques faits saillants : la place centrale des firmes pharmaceutique dans le dispositif de formation du corps médical (y compris chez les futurs neurologues) et leur présence tout au long de leur carrière ont toujours favorisé les volumes de prescription, de même que leur financement massif de la presse médicale. La mansuétude infinie des autorités de contrôle du médicament pour cette industrie verrouille la situation et ne laisse pas espérer de changement significatif malgré les scandales qui secouent l’Agence du médicament chargée d’évaluer les produits et de les autoriser. Depuis l’affaire du Mediator, il est désormais possible d’évoquer un autre aspect de ce lobbying tous azimuts, sans être regardé comme un grand paranoïaque : la bienveillance attentive des grands laboratoires pour les hommes politiques. Comme me l’a confessé le proche conseiller d’un président de la République : « Le pouvoir de ce lobby est inimaginable. Il nous apporte une montagne d’argent sur laquelle nous sommes tous assis, à gauche comme à droite. » Il faut le dire et le répéter : Jacques Servier, le patron du laboratoire éponyme produisant le Mediator et perfusant la vie politique, n’a rien d’une exception. Nos grands élus n’envisagent pas une seconde de donner de coup de pied dans la pièce montée. En 2013, l’affaire Cahuzac mettant en cause le ministre du Budget a vu le parquet demander l’ouverture d’une information judiciaire concernant un compte caché en Suisse et le versement sur ce compte de financements venus de l’industrie pharmaceutique. Le dossier révèle aussi que Jérôme Cahuzac a fait auparavant du lobbying pour des firmes pharmaceutiques, avec le concours de Daniel Vial, le lobbyiste le plus influent des laboratoires, comme l’a souligné Mediapart.

Le Leem, le syndicat qui représente les entreprises du médicament, n’aime pas qu’on rappelle les performances françaises en matière de comprimés. Quelle que soit notre place dans cette course, le fait le plus symptomatique est que la population des pays riches n’a jamais avalé autant de médicaments qu’aujourd’hui. Le marché des psychotropes ne cesse de s’élargir en médicalisant les malaises psychosociaux et les émotions liées aux différents aspects de la vie quotidienne, tout en profitant de la progression des affections neuropsychiques, parfaitement documentée. En outre, ces médicaments engendrent régulièrement des troubles qui appellent eux-mêmes des médicaments, tout particulièrement chez les personnes âgées consommant beaucoup de médicaments.

 Extrait de "24h sous influences" (Editions François Bourin), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.



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Commentaires (9)
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plumeàgratter
- 22/04/2013 - 10:37
Si M. Lenglet était journaliste...
Il saurait aussi que le Quotidien du Médecin n'est nullement distribué gratuitement aux médecins, comme il l'a entendu dire sans prendre la peine de vérifier ses sources. Le Quotidien est un journal réservé à ses abonnés...
Ilmryn
- 22/04/2013 - 05:40
Et le preneur de somnifère
...N'est qu'une innocente victime qui prend sa pilule "à l'insu de son plein gré" tous les jours juste parce que son pharmacien reçoit des cadeaux. Et l'employé pharmacien lui, empoisonne sciemment ses clients "à l'insu de leurs plein gré" parce qu'il a reçu un porte-clé en plastique. Ni l'un ni l'autre ne savent lire, ni l'un ni l'autre n'ont de conscience et ils sont les "valets des lobby pharmaceutique".
.
Super crédible ! J’attends avec impatience l'article suivant sur les pyramide E.T. et les illuminatis.
.
Ah ouais... "Robert Lenglet Philosophe français" J'aurais du commencer par là..
Dr Guy-André Pelouze
- 21/04/2013 - 23:12
La seule question qu'il faut se poser
Pourquoi la sécu rembourse un médicament au delà de la limite maximale de prescription?
Vous savez que tout est dans les ordinateurs du SNIIRAM de la sécu dans les secondes de l'achat...
Vous savez que si X ne le prescrit pas Y le fera... Et qu'au bout du compte le client qui consomme sa drogue menacera le médecin qui ne signera pas...
Vous croyez qu'il y en aurait beaucoup qui l'achèteraient de leur poche au bout de six semaines le cheton?
Allons encore un journaleux qui ne sait pas que les subsides des taxpayeurs distribués par l'état sont plus forts que tout.
1/ Opendata des données de soins
2/ abrogation du monopole pour pouvoir choisir son contrat de soins
3/ suppression de l'administration de la sécu par les "syndicats".