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Impôts, retraites, politique familiale : comment les classes moyennes vont être contraintes de payer le prix fort

Publié le 13 mars 2013
Avec
Un rapport qui sera examiné jeudi par le Haut Conseil de la famille estime que les économies à dégager de la branche famille de la Sécurité sociale s'élèvent à 2,2 milliards d'euros d'ici 2016.
Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une...
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Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une...
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Un rapport qui sera examiné jeudi par le Haut Conseil de la famille estime que les économies à dégager de la branche famille de la Sécurité sociale s'élèvent à 2,2 milliards d'euros d'ici 2016.
Avec

Atlantico : D'après le rapport qui sera examiné jeudi par le Haut Conseil de la famille, il faudra réduire les dépenses de prestations familiales de 2,2 milliards d'euros en trois ans pour que la Caisse nationales d'allocations familiales puissent atteindre l'équilibre. Une redistribution des allocations familiales des plus aisés vers les plus précaires serait à l'étude, tout comme un plafonnement à partir d'un certain niveau de salaire. Concrètement, les classes moyennes vont-elle être les premières concernées par ce nouvel effort ?

Eric Verhaeghe : Avec l’annonce gouvernementale d’un effort sans précédent sur les allocations familiales, les classes moyennes s’entendent officiellement dire ce qu’elles supposaient déjà, mais qui était nié par le pouvoir : l’heure de payer vient. Chèrement.

En vérité, les classes moyennes savent depuis plusieurs années qu’elles sont les grandes perdantes de la crise de 2008.

Pour mémoire, l’Insee, depuis le rapport Stiglitz et Sen commandé par Nicolas Sarkozy, suit avec une attention particulière l’évolution des niveaux de vie selon les tranches de revenus en France. Et ce que montrent les statistiques, c'est que les classes moyennes françaises souffrent depuis 2009. En effet, alors que le niveau de vie moyen français est passé de 20 890 euros en 2004 à 22 470 euros en 2009, puis à 22 590 euros en 2010, soit une augmentation constante, avec un tassement à partir de 2008, la situation des classes moyennes a en revanche empiré à partir de 2009. Seules les personnes appartenant au dernier décile de revenus (c’est-à-dire les 10% les plus riches) ont connu une situation bien plus favorable en 2010 qu’en 2009, avec un passage d’un niveau de vie moyen de 54 020 euros à 56 190 euros. Toutes les autres catégories de population ont vu leur niveau de vie baisser en volume.

Ce phénomène est encore plus marquant, toujours selon l’Insee, quand on retient la catégorie socio-professionnelle des personnes. Dès 2008, les cadres et les indépendants ont connu des baisses de niveaux de vie, qui se sont répétées à partir de 2009. Les ouvriers et les professions intermédiaires étaient, pour leur part, épargné en 2009 par ce phénomène de baisse.

En d’autres termes, il existe un faisceau de statistiques qui convergent toutes dans le même sens : le sentiment de paupérisation qui frappe les classes moyennes françaises est corroboré par les chiffres officiels. Les cadres sont des perdants majeurs des difficultés qui touchent le pays, alors que le dernier décile préserve ses intérêts, et alors que les couches les moins favorisées bénéficient de transferts sociaux qui amortissent la saignée de la crise.

Véronique Langlois et Xavier Charpentier : Les classes moyennes risquent en tout cas de se sentir les premières concernées. Même si elles ne le sont pas au premier chef, financièrement - nous verrons concrètement comment les réformes impacteront chacun - il est probable au regard de ce qu'elles nous disent depuis 6 ans sur nos plateformes qu'elles auront tendance à être hypersensibles à tout changement sur ces questions.

Leur leitmotiv depuis des années - réaffirmé de façon constante dans toutes les études qualitatives comme les notres depuis 2007 - c'est qu'elles payent pour tout le monde. Qu'elles sont trop autonomes - c'est-à-dire responsables, désireuses de s'assumer par leur travail et leur mérite - pour être aidées, et pas assez bien rémunérées pour vivre correctement. C'est-à-dire avec le niveau de confort et de perspectives qui à leurs yeux correspond à l'effort qu'elles fournissent pour s'assurer un revenu décent sans avoir à emprunter comme elles le font par exemple aux Etats-Unis. Quand bien même elles seraient au final épargnées par la réforme qui sera finalement mise en œuvre, en un sens pour elles le problème restera entier. Au-delà de la redistribution des allocations familiales ou de tout autre réforme de la protection sociale, c'est une réforme complète de l'Etat-Providence dans un sens qu'elles jugeraient plus juste, faisant plus de place à ce qu'elles appellent le "mérite" , qu'elles attendent. Certains Français que nous interrogeons régulièrement formulent du reste de façon très claire cette attente de refondation. Une attente sans illusion, qui implique d'ailleurs les entreprises de façon beaucoup plus ouverte que ce que l'on pourrait croire : "puisque notre système est à la dérive et que les dépenses publiques ne cessent de croître, ce sont les entreprises qui doivent faire preuve d’initiative dans les domaines de la santé, de la famille et du pouvoir d’achat. Les entreprises n’ont pas vocation à jouer entièrement ce rôle là mais bon, force est de constater qu’il serait pourtant nécessaire qu’elles participent à l’effort commun." 

Au delà des allocations familiales, dans quels domaines les classes moyennes vont-elles également être mises à contribution ?

Eric Verhaeghe : Dans ce contexte morose, les annonces faites par le gouvernement sonnent le glas pour tous ceux qui espéraient échapper au pire. Voici une illustration de quelques-uns des malheurs qui attendent les bénéficiaires de revenus moyens en France.

Les malheurs immédiats d’abord. Ils sont de deux sortes.

L’augmentation des impôts directs est la couleuvre la plus évidente à avaler, et paradoxalement elle n’est pas forcément la pire. Dans un pays où seule la moitié des contribuables doit payer effectivement une somme annuelle au trésor public - concrètement la moitié la mieux rémunérée, l’assiette de contributions est évidemment très faible. Elle impose des taux de plus en plus exorbitants et de plus en plus douloureux pour les assujettis.

Comme nous savons tous que ce gouvernement est trop décrédibilisé pour imposer des mesures fortes de réduction des dépenses à ses fonctionnaires (les dépenses ont d’ailleurs augmenté depuis 2013...), les premiers à payer l’addition de cet Etat dépensier seront les malheureux assujettis à l’impôt sur le revenu, dont une forte augmentation est inévitable. C’est-à-dire les classes moyennes.

On rappellera ici avec malice les chiffres de l’Insee : seuls les 10% les plus riches de la population ont connu, en 10 ans, une augmentation de leur patrimoine supérieure à 1% (proche de 3% pour être exact). D’ici peu, la moitié du patrimoine des Français sera détenue par ces 10%, qui, par la nature de leurs revenus, sont moins soumis à l’impôt. En revanche, le patrimoine des classes moyennes stagne: le relèvement de l’imposition des revenus d’activité aura donc un effet massif sur eux.

L’autre malheur immédiat que les classes moyennes peuvent redouter, c’est la diminution des transferts sociaux en leur faveur. Le coup donné sur le bec des prestations familiales en est l’indice le plus probant. Selon toute vraisemblance, les prestations destinées à accompagner le mode de garde des enfants seront durement touchées. Pour les cadres parisiens qui n’ont pas de place en crèche parce que titulaires de revenus trop élevés, l’addition va être salée. Quand on connaît le prix au mètre carré à Paris pour loger ses enfants, et le prix des nounous, on mesure rapidement l’impact de cette mesure sur la natalité des classes moyennes.

Des malheurs à plus long terme sont également à craindre. Là encore, il en est de deux sortes.

Première sorte : les malheurs sociaux. Dans la ligne de mire, on trouve au premier chef la dégradation des taux de remplacement des retraites. Avec un déficit abyssal prévisible pour les années à venir, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les revenus dont l’écart-type est le plus large - concrètement tous ceux qui sont au-dessus du plafond du régime général, vont méchamment douiller et voir leur taux moyen de remplacement passer d’un petit 70% à un probable 50, voire 40%.

Autrement dit, là où la pension de retraite équivalait à trois petits quarts du dernier salaire, elle risque de ne même plus en représenter la moitié. Voilà une mauvaise nouvelle qui oblige à préparer ses arrières en dégageant une épargne retraite le plus tôt possible, et dans tous les cas à s’y mettre à 45 ans au plus tard. Le sujet n’est d’ailleurs pas facile, car les bons produits de retraite ne courent pas les rues. Pour les cadres en entreprise qui ne seraient pas déjà couverts, c’est le moment d’adhérer à un syndicat et de réclamer à l’employeur la mise en place d’un plan collectif adapté... Et de suivre ses performances, car les banques prennent plaisir à distribuer des produits sans intérêt pour les salariés, mais juteux pour leurs profits.

Deuxième sorte de malheur : la fiscalité du patrimoine. Car dans la grande folie binaire et idéologique qui conduit le gouvernement à méchamment taxer tous les patrimoines (mais à ne pas baisser le seuil de l’ISF... Peut-être faudrait-il prendre la déclaration de patrimoine de nos élus pour comprendre pour quoi...), ceux qui auront péniblement mis de l’argent de côté pour préparer leurs vieux jours seront soumis à la double peine: ils devront aussi payer sur les quelques fruits de leur patrimoine.

Je pense ici avec empathie aux cadres soumis au forfait dans les entreprises, qui abattent bon an mal an leurs soixante ou soixante-dix heures par semaine, dans des conditions de stress souvent épouvantables. Leurs revenus, puis leur épargne, vont y passer. Car ils forment le grenier naturel de l’austérité : les quelques couches de gras qu’ils peuvent fabriquer au cours de leur vie sont une proie tentante pour un gouvernement aux abois, coincé entre les exigences européennes et la quasi-récession du pays. A moins, évidemment, s’il n’est pas trop tard, de quitter la France.

Quelles vont être les conséquences économiques et sociales ? Une partie de la classe moyenne ne risque-t-elle pas d’être paupérisée ?

Serge Paugam : Les classes moyennes ne constituent pas un ensemble social parfaitement homogène. Quelle est la frange que l’on peut considérer comme favorisée et qui pourrait dès lors contribuer à ces efforts ? Et quelle est la frange qui risque au contraire de basculer si on continue les pressions financières ? Il est difficile de le mesurer sans risque d'erreur. On voit bien qu’il y a des ménages qui, tout en se distinguant des classes populaires, ont des enfants à charge, sont parfois endettés et n'ont pas forcément de garantie face à l'avenir, notamment dans un contexte de crise de l'emploi. Tout effort de solidarité supplémentaire risquerait de les déséquilibrer davantage.  Il est vrai que lorsque l’on parle du déclassement de la classe moyenne, cela ne concerne qu’une frange de la classe moyenne. Parmi les classes moyennes, certaines sont propriétaires et ont des revenus assurés alors que d’autres ménages sont plus fragiles. Je pense d’ailleurs que c’est pour cette raison qu’en 1998, après la commission Thélot, le gouvernement avait fini par estimer qu’il était préférable de revenir sur la réforme mise en oeuvre qui avait conduit de nombreux ménages, au delà d'un certain seuil de revenus, a être privés des allocations familiales, alors même que certains d'entre eux avaient plusieurs enfants et pouvaient compter sur ces allocations pour équilibrer leur budget. De fait, des familles qui avaient trois ou quatre enfants et qui ne disposaient pas pour autant de revenus très élevés ont pu faire l'expérience d'une réduction sensible de leur niveau de vie. L’effort de fiscalisation dont il est question aujourd’hui est de nature différente. La fiscalisation ne signifie pas suppression. Elle se revendique d'une perspective de justice sociale. Elle aurait des conséquences moindres pour les familles nombreuses ou très nombreuses de la classe moyenne. Il est clair néanmoins que dans un contexte de crise et d'instabilité de l'emploi, d'aucuns verront cette mesure comme une menace de plus de difficultés financières.

Véronique Langlois et Xavier CharpentierLa classe moyenne se sent déjà paupérisée - en tout cas celle que nous sondons régulièrement depuis 6 ans et qui exprime à longueur de posts sa peur du déclassement et son sentiment de vivre au jour le jour la baisse de leur niveau de vie, qui est aussi une forme quotidienne de déclassement. Il y a eu beaucoup de débats d'experts autour des chiffres de la croissance ou de la baisse du pouvoir d'achat. Notre point de vue sur cette question est qu'au-delà des chiffres, c'est une perception qui s'impose à elle de façon lancinante. Comme le disait déjà il y a trois ans un Français lors d'une de nos enquêtes, "la misère, ce n'est pas d'aller aux Restos du Coeur, c'est de ne pas arriver à boucler ses fins de mois sans avoir fait aucune sortie, aucun extra."

Nul doute que pour ces classes moyennes qui ont le sentiment de se priver de beaucoup de choses, dans leur consommation courante, depuis des années, le climat actuel est très anxiogène  Car pour elles, qui ont l'impression - c'est même un de leurs marqueurs identitaires - d'être toujours trop riches pour être aidées et trop justes pour vivre comme elles le mériteraient, tout changement peut très vite être perçu comme une menace. Sans préjuger des conséquences économiques et sociales de ce qui est aujourd'hui en discussion, une grande prudence s'impose donc sur ces questions. Entre 2000 et 2005, le niveau des dépenses contraintes dans le budget des ménages de classes moyennes inférieures mesuré par le Credoc a rattrapé celui des classes modestes... Ce phénomène de paupérisation de tous les jours est donc en fait tout sauf nouveau et crée une tension de plus en plus perceptible quand on se met à leur écoute.  Cette hypersensibilité cumulative ne peut bien sûr être ignorée. Surtout quand on parle à un domaine aussi symbolique que la politique familiale, qui est avec la santé au coeur de leurs valeurs et de leurs préoccupations. 

Propos recueillis par Carole Dieterich et Alexandre Devecchio

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Geneviève
- 15/03/2013 - 13:51
les classes moyennes
Et oui se sont toujours les mêmes qui passent à la caisse !! nous le savons depuis fort longtemps et nous essayons de mettre decôté afin de nous "barrer" le plus loin possible de ce pays de mer..... que ces Mrs nos élites commencent par se réformer eux et leur régime avantageux traitements, retraites, frais, voyages etc... parce que l'argent public, c'est notre argent ! et si les contribuables décidaient un jour de fermer le robinet ??? chiche !! cessons de les nourrir pour voir !
unpèreencolère
- 15/03/2013 - 13:13
Bienvenus sur le manège aux nouveaux arrivants !
Déjà quand je lis que l'ouvrier est assimilé à la classe moyenne,... mes poils se dressent ! Puis, "les couches les moins favorisées bénéficient de transferts sociaux". ! waoh...Venez voir sur le terrain si c'est vrai ou si c'est propagande. Vous aurez des surprises. L'article parle du discernement nécessaire à avoir pour déterminer la frontière au sein de la classe moyenne elle même, entre le "haut" et le "bas", et la frontière entre elle et la classe populaire...! Ce sont tous ces flous artistiques qui pourraient nous inquiéter ! Nottamment ce dernier. Economies étant, crise étant, probablement que les frontières seront repoussées discrètement, de façon indirecte, sur le "bas" de la classe moyenne et sur le "haut" de la classe populaire...! Bienvenus sur le manège aux nouveaux arrivants ! unpereencolere
sianabog
- 15/03/2013 - 09:44
Nuances
Ne confondons pas la partie haute (50 %) des classes moyennes et la partie basse

Faisons payer les riches d'abord. Sauf, par justice, les trop rares qui se fatiguent vraiment pour leur gros salaire .
75 % ça n'était qu'un rattrapage de l'insuffisante imposition sous Chirac et Sarko.

Mais que les parlementaires montrent l'exemple.

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Chiche