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Lance Armstrong a avoué s'être dopé lors d'une interview à Oprah Winfrey qui sera diffusée ce jeudi.
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De Lance Armstrong à DSK en passant par Loïk Le Floch-Prigent et Bill Clinton, qui sont ceux qui ont le plus de chances d'obtenir un pardon public ?

Publié le 17 janvier 2013
Après avoir nié en bloc pendant des années, le cycliste américain Lance Armstrong a finalement avoué s'être dopé lors d'une interview à Oprah Winfrey qui sera diffusée ce jeudi.
Xavier Schallebaum est le Président fondateur XS Conseil, cabinet de conseil spécialisé dans les stratégies d'opinion, d'image et d'influence auprès des décideurs.Le 15 mai 2012, 1er jour du quinquennat de François Hollande, il lance Tulipe...
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Xavier Schallebaum et Chantal Delsol
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Xavier Schallebaum est le Président fondateur XS Conseil, cabinet de conseil spécialisé dans les stratégies d'opinion, d'image et d'influence auprès des décideurs.Le 15 mai 2012, 1er jour du quinquennat de François Hollande, il lance Tulipe...
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Après avoir nié en bloc pendant des années, le cycliste américain Lance Armstrong a finalement avoué s'être dopé lors d'une interview à Oprah Winfrey qui sera diffusée ce jeudi.

Atlantico : Lance Armstrong, Gérard Depardieu, deux exemples de personnalités publiques très différentes ayant récemment clivés leurs fans, d’une part les déçus et d’autre part les inconditionnels qui ont déjà pardonné. Comment s'y prendre pour obtenir un pardon public ?

Xavier Schallebaum : La façon et la vitesse à laquelle nous pardonnons à nos personnages publics dépend de trois choses essentielles. La première d’entre elles est le quotient émotionnel, c’est-à-dire la capacité qu’ont eue ces personnalités à faire vibrer l’opinion publique du pays et avec quelle intensité elles l’ont fait. Pour un sportif, il s’agit des grandes victoires, de médailles ; pour les politiques ce sont les grandes réformes et pour les comédiens ce sont les grands films qui ont marqué la conscience collective. Il faut donc distinguer dans le processus de pardon ceux qui ont apporté quelque chose au monde et les autres. Ceux de la première catégorie auront toujours un bonus qui leur permettra d’être plus facilement pardonnés.

La combativité est le second élément qui entre en ligne de compte. Celle-ci se divise en deux catégories que sont la capacité à se défendre et celle à rebondir, c’est-à-dire le fait de détourner les projecteurs vers une autre facette de sa personnalité et de ses compétences et de ne pas s’embourber dans la polémique actuelle. Dans le cas de DSK qui ne s’est pas du tout battu, il aurait rapidement dû produire une chronique économique sur un support numérique afin de rappeler que sur ce terrain-là il est légitime.

Enfin, le timing qui se décompose lui-même en quatre étapes : le lynchage pendant lequel on baisse la tête et on prend des coups, la lassitude pendant laquelle les médias et l’opinion commencent à se désintéresser de l’affaire, puis vient le remord qui pousse bien souvent, par sentiment de justice ou d’injustice, la presse à redonner la parole à celui qui est au centre de l’affaire. C’est à peu près là qu’en est Dominique Strauss-Kahn. La différence est que DSK a été impliqué dans quelque chose d’hors normes depuis deux ans sans avoir pris la parole, ou presque. Il serait peut-être temps pour lui de rebondir. C’est la quatrième étape qui bien souvent se base sur le quotient émotionnel.

Est-ce sa capacité de rebond qui explique que Bernard Tapie s'en soit toujours sorti aux yeux de l'opinion publique ?

Xavier Schallebaum : C’est effectivement cette capacité qui a permis à un homme comme Bernard Tapie d’avoir le statut qu’il a aujourd’hui à la différence que lui ne cesse de rebondir depuis des années. Chaque année il change de métier, chaque année il a un nouveau projet et chaque année il attire à lui tous les médias de France. Si cela le maintient comme un personnage lointain de son passé houleux, je ne suis pas sûr que cela serve complètement son image et il reste une personnalité clivante. La moitié des Français le considère comme un voyou et l’autre comme un homme formidable.

Par contraste, Laurent Fabius, qui n'a jamais possédé aucun capital sympathie, ne pourra probablement jamais trouver le pardon véritable des Français. C’est le Juppé de gauche : malgré la légitimité que tout le monde lui reconnait, il porte en lui cette image un peu hautaine et distante d’un homme de haute stature politique. 

Le pardon existe-t-il autrement que dans le but de continuer à avancer ?

Chantal Delsol : D’un point de vue religieux, le pardon ouvre une page blanche et permet de renouer des liens avec d’anciens ennemis, sans oublier le passé mais sans en tenir rigueur. Le pardon collectif permet de recoller les parties ennemies d’une société, de recréer la paix civile. Cela nous permet de comprendre l’importance du pardon. Car quand il y a eu une grave brisure dans une société, des haines, des massacres, un génocide, alors le but principal est uniquement de restaurer la paix civile : rien d’autre. Faire justice, par des procès par exemple, n’est pas un but, mais seulement un moyen (ce que n’ont pas compris les partisans du Tribunal Pénal International, qui considèrent la justice comme un but en soi). Le pardon est un autre moyen. Chaque société choisit quel est le moyen qui lui convient. Ce n’est pas à une instance internationale (ou plutôt occidentale) de décider quel moyen chaque pays du monde doit choisir en de telles circonstances. Car on se trouve alors en circonstances exceptionnelles, en cas tragique, et il n’y a pas de règle générale.

L’héritage de notre culture chrétienne conditionne-t-elle notre rapport au pardon ou est-ce un réflexe humain ?

Chantal Delsol : Le pardon tel que nous le concevons est d’origine chrétienne, et les discours de demandes de pardon sont le fait de post-chrétiens (de gens qui ne savent pas qu’ils sont en cela des chrétiens…). Il suffit de regarder ce qui se passe dans des cultures très différentes en des cas de catastrophes humaines dans une société. Par exemple ce qui se passe au Cambodge après Polpot : la réaction n’est pas du tout la même qu’ici, il n’y a ni justice, ni pardon (les instances internationales imposent la justice, mais c’est un artefact). Il y a le karma : c’était le karma des victimes et celui des assassins. Le pardon convient à une vision du monde où l’on s’avance vers une amélioration des cœurs et des sociétés, où l’on est pétri d’espérance, où l’on croit en l’avenir parce qu’il s’y passera quelque chose d’inédit. Ce n‘est pas le cas des autres religions ou cultures. D’ailleurs, seuls les Occidentaux demandent pardon. 

Quel rôle le statut de la personnalité joue-t-il dans le processus du pardon ? Pardonne-t-on plus difficilement à un politique ?

Xavier Schallebaum : Il est certain que le statut de la personnalité au centre d’une polémique joue fortement dans le processus du pardon et nous en revenons là au processus électif des personnalités et de ce qu’elles ont apporté à notre pays, à notre fierté et à notre cœur. Ces éléments jouent dans la création de ce fameux quotient affectif qui est presque inexistant pour les politiques. Celui-ci se résume en général, pour les plus fameux d’entre eux, à quelques minutes entre militants un soir d’élection. Avec une côte de popularité faible, la première polémique est en général la dernière. Il suffit de regarder les cas des différents ministres : Michèle Alliot-Marie, Hervé Gaymard et les autres. A l’inverse, un grand comédien comme Depardieu n’a besoin que d’un grand film ou d’un oscar pour revenir dans le cœur des Français. Un grand champion quant à lui peut se voir retirer tous ses titres, les moments magiques qu’il a fait vivre à ses fans existeront toujours dans leur mémoire.

 

La pardon collectif existe-t-il réellement, et par quel processus, ou n’est-il qu’une construction sociale ?

Chantal Delsol : Bien sûr que le pardon collectif peut exister. Il me semble que les Roumains ont pardonné à leurs bourreaux après 1989, et les Polonais aussi. La commission "Vérité et réconciliation" en Afrique du Sud manifestait un pardon accordé aux ennemis, sous certaines conditions – notamment, que les ennemis soient eux aussi dans la vérité. 

Mais tout cela reste très sélectif. Les Occidentaux demandent pardon pour leurs fautes historiques, mais aucun autre groupe, aucune autre culture ne le fait. Par ailleurs les groupes auxquels nous demandons pardon n’accordent aucun pardon : ils se moquent plutôt de ce qui leur apparaît comme des postures. Croyez-vous que les musulmans nous accordent le pardon que nous leur demandons pour les massacres au cours des croisades ? Je pense que ça les fait rire. Pourquoi ? parce qu’il n’y a pas de vérité dans nos discours de pardon. On serait dans la vérité si nous étions vraiment capables de pardonner ouvertement à ceux qui nous ont fait le plus de mal : par exemple, aux nazis. Mais il n’est pas question de cela. les Français ne sont pas dans le pardon, mais toujours dans la revanche et la vengeance – il suffit de voir l’épuration ou le procès Papon, ou l’impossibilité qu’il y a ici à faire carrière quand on a eu un père vichyssois… Nous ne sommes donc pas crédibles.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

 

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Skagerrak
- 20/01/2013 - 06:51
Quel rapport
entre ces 3 hommes , de quelles fautes est-il question ?
al1c
- 19/01/2013 - 10:48
Ne pas tout mélanger
L'évocation du nom de Loik Le Floch-Prigent en titre, alors qu'aucun renseignement n'est fourni dans le corps de l'article sur sa situation actuelle, me semble particulièrement malvenue.

En effet, quels que soient les faits qui ont pu être reprochés à M. le Floch-Prigent dans le passé, il en a répondu devant les tribunaux. Ces faits n'avaient du reste rien à voir avec les situations des autres personnes évoquées, et qui défraient la chronique.

Aujourd'hui, c'est au contraire M Le Floch-Prigent qui est victime d'une plainte abusive dont le résultat a pour effet de porter très gravement atteinte à sa santé. Ce n'est pas une question de pardon collectif, mais d'atteinte aux droits de l'homme.

Pour en savoir plus sur la situation actuelle de M. Le Floch-Prigent : http://www.leflochprigent.com/index.php/l-affaire-togolaise
carredas
- 17/01/2013 - 17:37
Le pardon...
1) Pourquoi faudrait-il pardonner à ses bourreaux ? ne pas les haïr permet de passer à autre chose mais pardonner...?
2) Pourquoi faudrait-il demander pardon pour des crimes commis par des morts sur des morts, cela n'a ni sens ni effet
3) Le mensonge sous serment est une faute grave aux Etats-Unis et demander pardon publiquement permet d'être réintégré dans le groupe.
Cela n'est pas une habitude culturelle en France où une personne peut faire part de ses regrets mais sans évoquer le pardon qui a une dimension religieuse.
4) Qui, à part les ministres de gauche qui n'ont pas compris qu'ils n'étaient plus militants au PS, a décidé que Gérard Depardieu avait quelque chose à se faire pardonner ?