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Faut-il laisser couler les États endettés ?

Publié le 10 mars 2011
Autoriser un État surendetté à se déclarer en faillite pour pouvoir restructurer sa dette : voilà une mesure qui en période de crise économique provoque le débat ! Il s'agit d'une des propositions phares - dont Atlantico s'était fait récemment l'écho - du manifeste de 189 économistes allemands opposés à l'augmentation et au caractère permanent du Fond européen de soutien financier, un fond de sauvetage créé en mai 2010. L'économiste Karine Berger a lu les propositions de ses camarades d'Outre-Rhin et se montre sceptique...
Karine Berger est économiste et ingénieur.Elle vient de publier avec Valérie Rabault Les Trente Glorieuses sont devant nous.
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Autoriser un État surendetté à se déclarer en faillite pour pouvoir restructurer sa dette : voilà une mesure qui en période de crise économique provoque le débat ! Il s'agit d'une des propositions phares - dont Atlantico s'était fait récemment l'écho - du manifeste de 189 économistes allemands opposés à l'augmentation et au caractère permanent du Fond européen de soutien financier, un fond de sauvetage créé en mai 2010. L'économiste Karine Berger a lu les propositions de ses camarades d'Outre-Rhin et se montre sceptique...

Le manifeste des économistes allemands a un avantage majeur. Il rappelle que quelqu’un qui prête de l’argent court le risque de ne jamais être remboursé. Et que même une note AAA ne garantit pas le risque zéro. Depuis deux ans, les marchés financiers l’avaient un peu (trop) oublié, à force de voir leurs créances douteuses rachetées quasi gratuitement par les banques centrales ou les gouvernements.

Manifeste allemand : quelques rappels utiles en temps de crise...

Dans le contexte de l’après crise financière, cette règle de base est cruciale. Car si Lehman Brothers a été abandonné, nombre de banques ont dû être sauvées par l’argent public afin d’éviter l’effondrement général du système de financement.

A l’origine de la crise financière et économique mondiale de 2009 se trouvent les placements réalisés par le système financier gavés des liquidités générées par la Réserve fédéral américaine depuis 2002, avec la promesse de risque quasi zéro et de rendements faramineux. Placements qui sont économiquement bien évidemment impossibles, et que l’on nomme  « bulles ».

Le manifeste rappelle donc que des créanciers privés, même lorsqu’ils prêtent à des Etats, ne peuvent pas espérer « gagner à tous les coups », et courent le risque de perdre leur argent (c’est l’hypothèse de restructuration des dettes souveraines). Ce simple rappel est utile dans un contexte de niveau de taux d’intérêt particulièrement bas de nature à générer de nouveau des bulles, notamment sur les marchés obligataires.

... mais plusieurs éléments majeurs oubliés

Toutefois, le manifeste passe sous silence deux réalités. Les économistes allemands partent de l’hypothèse que les marchés financiers sont rationnels et « complets ». Ils supposent qu’une information est toujours disponible est qu’elle est correctement « pricée » par les marchés financiers. Cette hypothèse est tout simplement fausse. Il peut se produire des situations dans lesquelles les marchés ne mettent pas toujours le « vrai » prix sur les produits financiers. Dans ce cas, le prix ne reflète pas le risque qu’ils doivent prendre.

Le manifeste fait notamment l’hypothèse que les marchés sont en mesure de distinguer entre crise de liquidité et crise d’insolvabilité. Et que grosso modo, un Etat en crise de liquidité sera toujours en mesure de trouver des prêteurs à un prix qui reste raisonnable car sa crise est par définition temporaire. S’il est une évidence aujourd’hui, c’est bien que cette hypothèse est fausse : la panique créée par l’incapacité d’un Etat d’assurer temporairement le remboursement de sa dette lui couperait tout recours aux marchés financiers immédiatement.

Autrement dit il n’y a pas d’échelle de gradation rationnelle dans l’appréciation que les marchés ont de la situation de la dette d’un Etat attaqué. Notamment parce que ceux qui attaquent gagnent beaucoup d’argent à convaincre les autres investisseurs qu’ils ont raison… cela s’appelle de la spéculation.

Le risque de faillite dépasse le simple cadre étatique

La seconde réalité passée sous silence par le texte est encore plus grave. S’il n’y a pas de demi-mesure lors d'attaques spéculatives, alors les banques privées de la zone euro qui détiennent la dette des Etats attaqués seront ruinées. Car la partie de leur actif lié à cette dette sera considérée comme ne valant plus rien.

Autrement dit, en cas de restructuration annoncée de la dette d’un Etat de la zone euro, sans possibilité de dévaluation de la monnaie, les banques européennes qui détiennent la dette en question seront automatiquement exclues du marché interbancaire : c'est ce qui a suivi la faillite de Lehman Brothers , mais puissance 10 avec des conséquences systémiques pour les banques allemandes, françaises, italiennes etc. Ce cataclysme annoncé rend obligatoire l'utilisation de la solidarité européenne et interdit de fait la restructuration des dettes d'aucun Etat de la zone euro.

En résumé, les économistes allemands ont économiquement tort car ils sont politiquement minoritaires. En tout cas du point de vue des marchés financiers.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Commentaires (8)
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Gilles
- 11/03/2011 - 10:33
Toujours la fable
Les cigales continuent de dépenser pendant que les fourmis économisent. Mais les secondes ne veulent plus venir au secour des premières.
texarkana
- 11/03/2011 - 09:56
Il y a taxes utiles et taxes néfastes
Je suis aussi libéral que n'importe qui sur ce forum (je suis même partisan de la "flat tax", c'est dire) mais , en bon lecteur de Max Weber, je crois en une éthique du capitalisme. Et je suis désolé , les usuriers
qui louent des chambres de bonne de 10 m2 600 euros (si l'eplottation de l'homme par l'homme de Marx trouve son illustration, c'est bien dans ce cas là) sont indéfendables !
FIGAROCB
- 10/03/2011 - 18:55
LA SPECULATION A BON DOS
Formidable, beaucoup d'économistes mettent les problèmes financiers des états sur le dos des spéculateurs. Si les états européens, dont le nôtre d'ailleurs, ne cherchent pas à équilibrer leurs comptes, il est évident que les spéculateurs en profitent !
Quant aux trente glorieuses à venir, il est préférable d'en sourire, il serait trop long, ici, de tenter d'expliquer le contraire.