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La crise actuelle pourrait bien être le prélude à des bouleversements plus ou moins radicaux.
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La crise actuelle pourrait bien être le prélude à des bouleversements plus ou moins radicaux.
Monolithique

L'Europe en guerre : centraliste, coercitif, oligarchique, le système européen est-il une nouvelle URSS ?

Publié le 28 septembre 2012
Epargnée par les conflits majeurs depuis 1945, l'Europe est-elle réellement à l'abri de troubles géopolitiques majeurs ? La crise actuelle pourrait bien être le prélude à des bouleversements plus ou moins radicaux. Cinquième et dernier épisode de notre série sur l'état de guerre en Europe.
Michel Ruch est diplômé de l'IEP de Strasbourg et de l’Institut des hautes études européennes. Il a publié L’Empire attaque : Essai sur Le système de domination américain, aux éditions Amalthée.
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Michel Ruch est diplômé de l'IEP de Strasbourg et de l’Institut des hautes études européennes. Il a publié L’Empire attaque : Essai sur Le système de domination américain, aux éditions Amalthée.
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Epargnée par les conflits majeurs depuis 1945, l'Europe est-elle réellement à l'abri de troubles géopolitiques majeurs ? La crise actuelle pourrait bien être le prélude à des bouleversements plus ou moins radicaux. Cinquième et dernier épisode de notre série sur l'état de guerre en Europe.

A (re)lire :
L'épisode 1 : L'Europe est en guerre, mais l'Union se refuse à ouvrir les yeux sur les conflits qui la rongent
L'épisode 2 : L'Europe en guerre : l'Union, dans la bataille commerciale mondiale, se déclare "ville ouverte"
L'épisode 3 : Etat de guerre : prendre les Etats-Unis comme modèle, le meilleur moyen de tuer l'Europe ?
L'épisode 4 : L'Europe en guerre : l'euro, un instrument de coercition politique contre tout pays rebelle à la discipline de l’Union Européenne

La naissance d’un nouvel empire germanique est la plus grande novation géostratégique en Europe dans l’ère post-soviétique. Cette désignation n’est choquante que pour qui croit l’Union Européenne harmonieusement lissée par l’écran juridique de ses institutions, c’est-à-dire présumée nivelée par l’égalité formelle des droits et devoirs de ses membres.

Ce constat de naissance est celui de la réalité et ne relève pas d’une posture accusatoire. Le nouveau Reich allemand est pacifique, démocratique, d’esprit anti-militariste et, pour longtemps, ne menacera personne d’aucune action guerrière. Pour autant, ce nouveau Reich est un mutant des précédents montrant la plus profonde transformation de l’Allemagne depuis son unification en 1871.

Pour s’ériger en empire du XXIème siècle, l’Allemagne a bénéficié de trois atouts stratégiques. Le premier est sa réunification en 1991 grâce à l’effondrement de la RDA. Le second est l’ouverture du marché unique à toute l’Europe de l’Est. Le troisième a été le taux avantageux de la conversion du deutschemark en euro. Doués en effet d’une perspicacité absente chez les dirigeants français de l’époque, les dirigeants allemands ont réussi un coup de maître en obtenant un taux correspondant à une dévaluation du deutsche mark, et donc à une réévaluation de toutes les autres monnaies de la zone. C’est notamment en fonction de ce taux que la France, principal partenaire de l’Allemagne y ayant consenti, a creusé sa perte de compétitivité déjà garantie par l’Euro lui-même.

Ce n’est pas simplement le volume de son PIB, premier d’Europe, quatrième du monde, qui conduit à formater l’Allemagne en empire. C’est d’abord une organisation globale de la puissance industrielle allemande qui déborde largement ses frontières nationales. La formule « made by Germany » complétant « made in Germany » illustre le système de sous-traitance très structuré que l’Allemagne a implanté en Europe de l’Est, en y profitant de bas coûts salariaux, et d’une main d’œuvre qualifiée habituée par son passé communiste à obéir. Le « Drang nach Osten » (poussée vers l’Est) militaire est devenu économique en assurant à l’Allemagne une profondeur de champ opérationnelle, un « hinterland » (arrière-pays) intégré sans équivalent.

Le nouveau Reich allemand reste, comme ceux du passé, géographiquement homogène, avec l’atout des frontières flexibles que lui procure le marché libre. Autour de son socle industriel, il agrège et articule une demie douzaine de pays du Nord et de l’Est qui sont à la fois ses partenaires et ses obligés, du Bénélux à l’Autriche avec des axes latéraux en Alsace, en Tchéquie / Slovaquie, dans l’ouest polonais et hongrois, le nord balkanique.

Nonobstant cette sorte de résurgence historique, il n’est de puissance économique comme l’Allemagne, toute a-politique qu’elle se prétende, qui ne finisse par produire la forme de pulsion impériale qui lui corresponde. C’est la répétition des « crises de la dette » fabriquées, tournant en « crises de l’Euro », qui a mis fin au statut de « nain politique » de l’Allemagne.

Depuis 2010, l’Allemagne dicte ses solutions de « sauvetage de la zone Euro », ce qui la conduit à en (re)définir les règles de fonctionnement. Leur champ d’intervention ne saurait prétendument être limité aux affaires monétaires et financières communes, puisque chacune des exigences allemandes aboutit mécaniquement à une intervention dans la politique intérieure des autres Etats. Que ces exigences correspondent à l’intérêt bien compris de l’Allemagne n’implique en rien qu’il corresponde à celui des autres. Le nouveau « pacte budgétaire » signé en mars 2012 est l’expression de la seule volonté allemande. Il est aussi sans intérêt de dire que l’Allemagne n’agit qu’à son corps défendant puisque son pouvoir de décision est un état de fait. Ce pouvoir devient en Europe une source de conflits de préséance, de souveraineté, d’insubordination et de révolte. L’Allemagne a, dans l’Union européenne, pris la direction des « bons », schématiquement ceux « du nord », contre les « mauvais », schématiquement ceux « du sud ». Il est encore prématuré d’évaluer les conséquences de l’ouverture de cet autre front de guerre larvée en Europe qui s’enchevêtre aux précédents.

En termes opérationnels, il y a lieu de scruter attentivement l’intelligence de la stratégie allemande qui consiste triplement à ne jamais la théoriser, à user d’un juridisme respectueux de toutes les formes, enfin à instrumentaliser les organes européens (Commission, Banque Centrale, Cour de Justice) en s’y abritant pour faire accepter la conception de l’intégration européenne conforme à ses intérêts de grande puissance économique.

Au terme de cette description, tout examen d’états de guerre en cours oblige en principe à celui des hypothèses de pacification. Il convient donc d’estimer les chances de leur résorption ou les risques de leur prolongation.

La cause originelle des problèmes et des conflits actuels en Europe est l’absolue rigidité du système européen qui interdit toute transaction et même tout ajustement en son sein. Cet absolutisme empêche par exemple une sortie concertée et organisée de la zone Euro pour certains pays qui y sont entrés par erreur. L’Union européenne est au contraire atteinte du syndrome de l’Union soviétique dans sa phase finale. A cette époque, le discours officiel attribuait les ratés, les lacunes et les dysfonctions du socialisme à l’insuffisance de son approfondissement. Mimétiquement, le discours officiel européen attribue les crises et les problèmes de l’Union européenne à l’insuffisance de son intégration. Dans ce parallélisme de fond et de forme, le processus commun est une fossilisation du système.

L’Union européenne a choisi l’intégration forcée contre l’assouplissement négocié. Le dernier traité de mars 2012 (TSCG) appelé « pacte budgétaire » est conçu comme l’instrument décisif de cette intégration pour briser le dernier socle de la souveraineté des Etats qui est le droit de voter librement leurs budgets. En marge du recul magistral de la démocratie qu’il entraîne simultanément, ce traité poursuit l’objectif ultime de l’ultralibéralisme : asphyxier la capacité financière des Etats de mener des politiques publiques, en vue d’en privatiser le domaine, nouvelle source de profits offerte à tout « investisseur » de la planète.

Conjointement, le procès en non compétitivité ouvert depuis les crises est une opération stratégique dont l’objectif est de rabaisser en Europe « les coûts du travail », c’est-à-dire les salaires et revenus associés (pensions, prestations sociales), opération déjà aboutie dans certains pays (Grèce, Portugal, Espagne, Roumanie, Lettonie) et promise à d’autres, dont principalement la France.

A travers cet objectif à priori moralement et socialement condamnable, les organes dirigeants européens ont une visée plus longue : la reconstitution globale des marges du capital financier érodées par le recul de l’endettement et la fin de l’euphorie spéculative, sur l’économie réelle dont il est le prédateur. C’est dans ce cadre qu’est activée la double fonction exécutive de la Commission Européenne : courroie de transmission en amont des intérêts des firmes mondiales, transposition en aval de leurs exigences par coercition juridique exercée sur les Etats.

Monolithique, centraliste, coercitif, oligarchique, faiblement démocratique, non coopératif et anti transactionnel, le système européen est comparable à l’ancien système soviétique dont un de leurs syndromes communs est l’inaptitude au changement dans un environnement mouvant. Ce système est donc objectivement incapable d’emprunter une autre voie que son durcissement. Pendant 40 ans, l’Union soviétique n’avait guère d’autre moyen que d’envoyer l’Armée rouge pour empêcher les pays satellites de sortir du « camp socialiste ». Le système de l’Union européenne possède un moyen d’empêchement plus élaboré qui est l’instrument monétaire, à savoir l’Euro, « nerf de la guerre » conçu selon le triptyque contrôle-dissuasion-répression. Il est évident que l’asphyxie financière des pays rebelles que permet l’Euro est le meilleur moyen de les maintenir dans sa zone, comme le vérifie l’expérience grecque, portugaise, irlandaise, chypriote, espagnole, et potentiellement d’autres.

Cette puissance de coercition doit être interprétée à la fois comme un facteur temporaire de stabilisation forcée des conflits intra européens, et la source d’un état de guerre larvée prolongé. Cependant, le « traité budgétaire » (TSCG) de 2012 a ouvert un nouveau front par l’abandon de la souveraineté budgétaire des Etats dont les conséquences à terme seront d’ampleur tectonique. Il faut rappeler en particulier que ce traité instaure un principe de délation réciproque judiciarisée entre les signataires (25) qui n’en respecteraient pas les règles, ce qui est un germe porteur de conflits.

La fin de la souveraineté budgétaire des Etats signifie aussi la fin de leur fonction d’intermédiation entre le système européen et les peuples d’Europe. Dans un environnement de récession contagieuse et de chômage de masse sans perspective sérieuse de résorption, un volume croissant de populations en déshérence va se retrouver désarmée face à l’oligarchie européenne et ses partenaires de la finance internationale. L’état de guerre sociale risquant d’en résulter pourrait s’aiguiser d’autant plus que la récession et le chômage sont pour le système européen non une calamité, mais une opportunité : celle de faire s’écrouler l’échelle des salaires en Europe occidentale, exigence de « compétitivité » au profit des firmes de la planète.
S’il y a encore des dirigeants de certains grands pays d’Europe conscients des états de guerre menaçant de ruine les intérêts vitaux dont ils ont la charge, il ne leur resterait théoriquement, dans ce cadre, qu’à proclamer une loi martiale économique souveraine pour tenter d’échapper à la spirale d’autodestruction en cours.

Cette série a été publiée initialement sur le site de l'association Alliance géostratégique

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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HR
- 01/10/2012 - 11:48
@ Atlante du S.I.E.L
Votre argument présentant les forces américaines, principalement basées en Allemagne, comme de simples touristes, comme des sortes de camps de vacances sans la moindre signification politique pour ce qui est de l'Europe et du rôle qui joue l'Allemagne, surtout en ce moment, témoigne d'une lâcheté qui fait presque plaisir à voir.
Votre politique de l'autruche, elle, n'est par contre vraiment pas difficile à comprendre.
Atlante du S.I.E.L.
- 30/09/2012 - 18:21
@HR - dernière perte de temps à vous répondre
Vos répétitions de "ridicule" etc..décrédibilisent votre réponse.
Vous n'avez absolument rien compris au contenu du texte, tant pis pour vous, après tout. Personne n'a de compte à vous rendre. Apparemment votre malhonnêteté tient plus d'un manque de culture et d'un certain dogmatisme suiviste, que d'autre chose.
HR
- 29/09/2012 - 13:10
@ Atlante du S.I.E.L
- "réponse à HR L'auteur parle bien ici de soft power et pas de hard power. Vous n'avez pas compris la teneur des propos."
Réponse: L'auteur parle d'empire, qui ne relève que du pouvoir, Votre distinction entre deux mots anglais, ou plutôt américains, à propos du pouvoir est ridicule.
- "Comme précisé dans le texte, l'Allemagne exerce un magistère..."
Réponse. L'Allemagne est un Etat qui exerce les fonctions régaliennes d'un Etat. Ce dont il est question, dans cet article. Question mal posé par ailleurs. Alors "magistère"... On ne parle pas de l'Université Humbolt. Ridicule.
- "Quant aux bases militaires ..., elles ne sont pas sous commandement allemand, n'appartiennent pas à l'Etat ... aucune utilité pour la défense et la sécurité communes de l'Union Européenne.
Ramstein est une base américaine."
Réponse: ces bases sont les seules forces militaires véritablement opérationnelles en Europe. Tout l'OTAN en dépend, comme on l'a vu dans les Balkans et en Libye.
Elles sont bien sur le territoire allemand, et, de fait, même sous commandement américais, elles dépendent aussi, évidemment, de l'Etat allemand. Routes, infrastructures.
Quel aveuglement! Volontaire, en plus!