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Le psychodrame PS / Verts sur le Traité budgétaire vu par le reste de l'Europe

Publié le 01 octobre 2012
Le Conseil fédéral d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) s'est prononcé par 77 voix contre 24 et 8 votes blancs contre la ratification du pacte budgétaire. Comment nos voisins européens perçoivent-ils les dissensions au sein de l'exécutif français ?
Juan Pedro Quiñonero est correspondant en France du journal conservateur espagnol ABC.Hugh Schofield est correspondant France pour la BBC.Michaela Wiegel est correspondante politique à Paris pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung.
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Le Conseil fédéral d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) s'est prononcé par 77 voix contre 24 et 8 votes blancs contre la ratification du pacte budgétaire. Comment nos voisins européens perçoivent-ils les dissensions au sein de l'exécutif français ?

Atlantico : Le Conseil fédéral d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), le parlement du parti écologiste, s'est prononcé samedi contre la ratification du traité budgétaire européen par la France. De plus, beaucoup de voix se sont élevées au sein même du PS contre ce traité. Chez vous, comment sont perçues les dissensions sur le traité européen au sein de la majorité ?

Juan Pedro Quiñonero : Tout le monde sait bien que la majorité de François Hollande est très fragile. C’est une fragilité qui peut s’aggraver au fur et à mesure que la crise s’aggrave elle aussi.

En réalité, la cote de François Hollande a commencé à se dégrader en Espagne au même rythme qu’en France et au même moment, au milieu du mois d’août. A partir de là, la conviction globale en Espagne est que la crise va s’aggraver petit à petit car la France vit depuis une trentaine d’années à crédit. Au fur et à mesure qu’il y aura des plans sociaux et des délocalisations, et que la dette continuera à monter, la crise continuera à s’aggraver. Les efforts que font la France ne sont pas à la hauteur de la gravité des problèmes.

Hugh Schofield : Les Anglais ont toujours eu un œil critique sur la politique française. Après l’élection de François Hollande, nous avions mis un peu de côté les critiques. Nous voulions laisser du temps au temps, ne pas juger trop vite des capacités de M. Hollande. Aujourd’hui, tout le monde se focalise de nouveau sur la France et les critiques ont redoublé d’intensité. Les dissensions avec les Verts et l’aile gauche du PS confirment ce que les Anglais pensaient déjà du président français : il est un homme sans autorité qui ne maitrise pas sa majorité.

Michaela Wiegel : Le gouvernement allemand ne peut pas se prononcer sur cette question. Même si la chancelière n’avait pas caché son souhait de voir Nicolas Sarkozy réélu, elle considère qu’elle n’a pas à émettre de critiques à l’égard de François Hollande. Elle reste très diplomate…

Cependant, cela n’empêche pas le débat en Allemagne sur ce qui apparait comme un manque d’autorité du président de la République française. Nous suivons de près la difficulté du gouvernement et du président pour unir sa majorité autour de la ratification du pacte budgétaire car, pour nous, l’objectif principal est que la France ratifie le paquet européen dans son ensemble.

Matignon a assuré ce lundi que Cécile Duflot et Pascal Canfin resteraient au gouvernement. Chez vous, deux ministres dans une telle situation auraient-ils démissionné ?

Juan Pedro Quiñonero : C’est une situation qui ne s’est pas posée les dix dernières années en Espagne. Je la trouve clairement irrationnelle. Mais la politique et le rationnel ne vont malheureusement pas toujours de pair…

Hugh Schofield : En Grande-Bretagne, des ministres dans une telle situation auraient démissionné ou seraient sur le point de le faire. La pression médiatique serait telle qu’ils ne pourraient pas faire autrement.

Les écologistes proches du gouvernement prétendent que le traité européen ne constitue pas un axe central de la politique de François Hollande et que, en tant que ministre, il est naturel de garder une certaine distance avec l’exécutif. Je crois que c’est du « bla bla »… Il serait naturel qu’ils démissionnent.

Michaela Wiegel : En Allemagne, nous sommes très à cheval sur tout ce qui est « pacte écrit » pour le gouvernement. Avant que le gouvernement arrive au pouvoir, nous prenons plusieurs semaines pour rédiger un pacte. Tout ce qui est écrit dedans doit être respecté. Si un des ministres ne respecte pas l’accord, il sera automatiquement poussé à la démission.

J’ai l’impression que le pacte de gouvernement entre le Parti socialiste et les Verts était beaucoup plus vague. Le système allemand marche car la tradition de l’écrit donne beaucoup plus de clarté aux différentes positions. Les observateurs français s’étonnent toujours du fait qu’on mette beaucoup de temps à constituer un gouvernement, c’est précisément pour éviter ce genre de choses.

François Hollande donne-t-il vraiment l'impression d'une réelle volonté de redressement des finances publiques ?

Juan Pedro Quiñonero : François Hollande promet la solution presque miraculeuse des problèmes budgétaires français. A croire que tout peut s’arranger avec le temps… Pour les optimistes, il fait preuve d’intelligence et de flexibilité. Pour les autres, il montre une mollesse extraordinaire. Jusqu’à quand les Français vont supporter la mollesse de François Hollande ? L’érosion actuelle des sondages montre qu’ils commencent à en être un peu fatigués…

Hugh Schofield : A priori, et on l’a vu lors de sa dernière intervention au 20h de TF1, il est assez ferme sur la volonté de diminuer le déficit budgétaire. Sa priorité semble être de rassurer les marchés dans ce domaine. Cependant, on ne peut pas dire qu’il a été très précis sur la manière dont il comptait arriver à ce résultat. Je pense que c’est ce qui a d’ailleurs provoqué l’ire d’une certaine partie de la majorité.

Michaela Wiegel : Sur ce point, il existe en Allemagne un souhait très affirmé que François Hollande réussisse à remplir son objectif de ramener le déficit à 3% en 2013. Maintenant, si les doutes ne sont pas exprimés officiellement pas le gouvernement, quand vous parlez aux observateurs chevronnés de la politique française, ils vous diront que la stratégie qui consiste à continuer la politique de la dépense publique et de l’augmentation des impôts (en d’autres termes, la continuité avec ce qui a creusé le déficit en France) pourrait montrer ses limites assez rapidement. L’inquiétude grandit, on ne voit pas comment la stratégie du gouvernement Hollande puisse marcher car elle contredit tous les choix que l’Allemagne a fait pour son propre redressement il  y a dix ans.

C’est d’ailleurs une perspective que ne satisfait personne en Allemagne.  Nous ne voulons pas d’une France affaiblie. Notre objectif principal est de pouvoir s’appuyer sur un partenaire fort et stable.

Cela peut-il conduire à une perte de crédibilité du président français sur la scène internationale ?

Juan Pedro Quiñonero : On attendait une sorte d’ « axe conservateur » François Hollande, Mariano Rajoy et Mario Monti (et je tiens à la dénomination « conservateur » en ce qui les concerne). Finalement, il y a de la résistance commune de ces conservateurs français, italien et espagnol. Nicolas Sarkozy c’était la « décadence gesticulante », aujourd’hui François Hollande nous donne un bel exemple de la « décadence tranquille »…

Hugh Schofield : François Hollande a surtout perdu de la crédibilité lors de la « renégociation » du traité européen. Même s’il ne cesse de clamer qu’il a renégocié le traité, tout le monde sait pertinemment qu’il n’a en fait pas fait grand-chose.

Michaela Wiegel : Le raisonnement du gouvernement allemand est un peu différent. Il souhaite sincèrement que le traité budgétaire européen soit ratifié, peu importe les problèmes que cela peut causer à François Hollande. Il y a aujourd’hui une forme de soulagement. Après les grandes promesses de renégociation pendant la campagne présidentielle, il semble que François Hollande ait retrouvé le chemin de la raison. Nous ne souhaitons donc pas nous immiscer dans le débat interne, l’intérêt du gouvernement allemand réside dans la pleine et rapide ratification du traité.

La question de la crédibilité du président français n’est donc pas posée dans les mêmes termes que sur le plan intérieur, en France. Une fois que François Hollande a donné son accord sur ce nouveau paquet européen, il doit maintenant aller jusqu’au bout de sa démarche. C’est sur plan que nous jugerons de sa crédibilité.

Aujourd’hui, quels types de dissensions le traité européen provoque-t-il chez vous ?

Juan Pedro Quiñonero : Les problèmes en Espagne sont beaucoup plus graves. La réalité politique et institutionnelle de l’Espagne est qu’il existe un chef de gouvernement et 17 présidents de communautés autonomes. Si la plupart sont d’accords avec Mariano Rajoy, la communauté autonome d’Andalousie veut toujours mener de son côté une politique de gauche des dépenses publiques.

Il y a également une partie des espagnols qui ne souhaitent pas être espagnol. Les Catalans veulent se déclarer indépendants. Cela pose des problèmes d’une gravité extrême.  Ils veulent une autonomie fiscale presque absolue mais sont dans le même temps extrêmement endettés.

Hugh Schofield : En Angleterre, c’est un débat qui appartient au passé. On suit d’assez près le déroulement des choses dans l’eurozone mais ce débat n’est vraiment plus d’actualité. La décision de David Cameron de ne pas ratifier le traité européen en janvier dernier est oubliée. Tout le monde a avalé ce refus. Nous nous faisons cependant beaucoup de soucis en ce qui concerne l’avenir de la zone euro, la réussite de l’économie européenne est primordiale pour l’avenir de la Grande-Bretagne.

Michaela Wiegel : Le traité budgétaire seul n’est pas la cause de dissensions en Allemagne.  En revanche, si on inclue dans ce paquet européen le nouveau Mécanisme européen de stabilité (MES) avec tout que cela implique comme garanties financières, il y a effectivement des dissensions. La cour de Karlsruhe a dût trancher car il existe une hostilité en Allemagne contre des nouveaux engagements financiers.

Ce n’est pas le nouveau volet croissance négocié par François Hollande dans le pacte budgétaire qui fait débat. Nous considérons de toute façon que tout ce qui est dans le « paquet croissance » était déjà prévu par la Commission européenne.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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bobocleaner
- 26/09/2012 - 01:56
on assure le spectacle !
plus droles que nous en europe y a pas

vigil
- 25/09/2012 - 20:46
Duflot nous dit
Qu'elle restera au gouvernement tant tant qu'elle sera utile (sans blague) au Président et au pays.
Pour Hollande, je sais pas, en qui concerne le citoyen que je suis, y pas photo, elle devrait déjà être partie.
vangog
- 25/09/2012 - 20:35
Et ce n'est que le début!
Nous prévenions avant les élections: on ne peut pas être élu sur la base de promesses démagogiques aux Français et à leurs alliés gauchistes, relance par la croissance, renégociation des traités, embauche de fonctionnaires, toutes promesses qui ne seront jamais tenues, sans risquer de compromettre gravement la cohésion gouvernementale! Les cocos ont été calmes par le maintien des privilèges aux corporations tenues par le PC, SNCF, ports, EDF , poste etc...
A part Fessenheim, Flamby n'a plus de cadeau post- électoral pour les écolos, qui deviendront de plus en plus nerveux, au fur et à mesure que le socialisme échouera . À l'image de Duflot, les écolos ont un petit cerveau et une grande gueule, et ils comptent bien s'en servir! L'impuissance de Flamby sera donc de plus en plus patente...