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La marque Anonymous récupérée : toute critique du capitalisme est-elle inévitablement digérée par celui-ci ?
Publié le 03 août 2012
Avec Guy Sorman
Une société parisienne a déposé le logo et le slogan du groupe Anonymous. Un détournement commercial difficile à avaler pour les cyber-militants.
Auteur d'une trentaine d'ouvrages traduits du Japon à l'Amérique latine, de la Corée à la Turquie et la Russie, élu en France et entrepreneur aux Etats-Unis, chroniqueur pour Le Point, Le Monde et de nombreux journaux étrangers, Guy Sorman...
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Une société parisienne a déposé le logo et le slogan du groupe Anonymous. Un détournement commercial difficile à avaler pour les cyber-militants.
Avec Guy Sorman

Atlantico : La société parisienne Early Flicker, qui commercialise des tee-shirts et des services de création de sites Internet, a déposé le logo et le slogan du groupe Anonymous, ce mouvement d'hacktivistes anticapitalistes connu pour ses actions coup de poing sur Internet. Cette initiative est considérée comme "une agression commerciale" par le collectif. Toute critique du capitalisme est-elle condamnée à être récupérée par le capitalisme lui-même ?

Guy Sorman : La réponse est "oui" car le capitalisme est "la nature de l'homme" et "le miroir de la société". Tout ce que la société produit devient nécessairement marchandisé et capitaliste. Le capitalisme "récupère" par définition : c'est une éponge. Tout ce qui se passe dans la société a vocation à être absorbé par le capitalisme. Le fonctionnement même du capitalisme est basé sur cet effet miroir et ce rôle de récupération.

Où le capitalisme irait-il trouver ses idées si ce n'est dans la société ? Il en est de même, pour la publicité. Il n'y a que les marxistes qui pensent que le capitalisme et la publicité imposent des produits, des services, des pulsions, des sentiments. C'est l'inverse : le capitalisme est le reflet des désirs de la société. 

L’image du « Che » elle-même a été récupérée par le passé, la photo de l’icône de la Révolution ayant connu de multiples déclinaisons commerciales…

Encore une fois, il faudrait presque inverser la question. Le "Che" était l'expression d'un sentiment populaire très fortement répandu dans le monde : la recherche du héros, avec une dimension quasi divine. Le capitalisme ne le "récupère" pas, il exprime ce qui existe déjà.

De même, aujourd'hui, toute la publicité pour l'alimentation est "bio", "écologique". Est-ce que c'est de la récupération ? Il existe dans la société une aspiration quasi religieuse à une nature "pure" et "intouchable". Le capitalisme joue son "effet de miroir" et dit : "voilà ce que vous voulez !" La publicité n'impose rien. Elle met en forme, en musique, en valeur des aspirations collectives déjà présentes. Pour utiliser un vocabulaire marxiste, le capitalisme n'est pas "la superstructure" de la société, mais son "infrastructure". 

Pour défendre leur mouvement, les pirates ont réagi en lançant le slogan "on ne peut pas vendre une idée". Est-ce que même les idées se vendent et s’achètent ?

L'idée est la chose la plus difficile à commercialiser. C'est l'un des rares concepts sur lequel on n'arrive pas à mettre un prix. Il n' y a pas de "copyright" sur les idées, c'est le drame des écrivains et des philosophes.

On n'arrive pas à labelliser les idées. Mais, on peut tout de même les mettre en forme : leur donner une couleur, un slogan. L'idée ne peut pas être protégée, mais la forme dans laquelle on l'exprime finit pas être l'objet d'une propriété commerciale.

Le masque porté par les Anonymous s’inspire de la célèbre bande dessinée "V pour Vendetta", qui a donné lieu en 2006 à une superproduction hollywoodienne. En choisissant un tel symbole, le mouvement ne s’exposait-il pas d’emblée à être récupéré commercialement ?

Tout est circulaire. La protestation va puiser dans le stock d'icônes disponibles sur le marché. Il y a "une circulation des objets". Le même objet ou la même image va circuler et avoir des fonctions et des significations multiples. La contestation, le masque, étaient déjà en stock. Les Anonymous ne peuvent pas se plaindre de récupération car ils sont eux-mêmes allés puiser dans le stock.

On peut dire la même chose de l'écologie. Le goût de la nature était déjà dans la poésie romantique. Les écologistes lui donnent une nouvelle signification. Nous sommes dans un système de circulation infini des objets et il est difficile, voire impossible, d'inventer une passion qui soit véritablement nouvelle. Le nombre des passions humaines est assez limité. Il y a l'amour, la révolte, la violence... L'Homme va sans cesse puiser dans ce magasin et fait circuler des idées qui sont déjà là. Il leur donne, néanmoins, une forme nouvelle. 

Cette faculté du capitalisme à intégrer en son sein ses propres contestation le rend-il indépassable ?

La question est de savoir si la nature humaine est "dépassable". Le capitalisme n'a été inventé par personne. Le  capitalisme est le nom que Marx a donné à "l'existant", au fonctionnement de la société. Marx a labellisé quelque chose qui existait et qui n'avait été inventé par personne. Pour les défenseurs du capitalisme, la société libérale est le reflet de la nature humaine, ce qui le rend effectivement insubmersible. La nature humaine ne peut pas disparaître.

A l'inverse, le socialisme, que nous opposons au capitalisme, a été inventé, ce qui le rend dépassable. On peut essayer de le mettre en œuvre, de l'améliorer. Tout ce qui a été inventé comme théorie abstraite est dépassable. Tout ce qui est l'expression de la nature humaine est indépassable. Le capitalisme est indépassable, mais il est destructible par la violence. Il pourrait également être dépassé par un système supérieur. Mais, jusqu'à présent, on n'a pas trouvé de système supérieur à la nature humaine, même si celle-ci est imparfaite.

Si le capitalisme est simplement l'expression de la nature humaine comme vous l'affirmez, pourquoi est-il aussi décrié ? 

Parce que nous n'arrivons pas à accepter notre propre imperfection. Nous n'arrivons pas à accepter que notre nature est imparfaite et que nous vivons dans des sociétés imparfaites. Anthropologiquement, il est impossible de dépasser notre propre nature. Mais nous pouvons essayer de nous améliorer.  

La nature humaine, en occident, est fondée sur l'autocritique. L'occident, c'est la capacité à se critiquer. Si nous ne critiquions pas le capitalisme, nous ne serions pas occidentaux. 

La nature humaine c'est aussi le règne du plus fort. Cela ne pose-t-il pas un problème moral ? 

Je dirais plutôt que le capitalisme est en dehors de la morale. Le capitalisme est "la plomberie" de la société. Les sociétés aspirent à un mieux être matériel et spirituel. Pour le mieux être spirituel ou le progrès moral, le capitalisme est tout simplement incompétent. Si vous avez l’appendicite et que vous appelez le plombier, celui-ci vous dira qu'il n'est pas compétent pour guérir l'appendicite, mais qu'il peut vous mettre l'eau chaude. Le capitalisme est le fournisseur de l'eau chaude, c'est le plombier.

Le capitalisme est le meilleur système existant pour produire des biens matériels, mais sa fonction s'arrête là. Dire qu'il n'est pas moral ou pas juste, c'est critiquer votre plombier parce qu'il ne guérit pas l’appendicite. Le capitalisme n'est pas moral. Il est efficace. Il produit des biens matériels. Ensuite, dans une société démocratique, on peut bien sûr discuter du meilleur usage que l'on peut faire de ces biens matériels et de leur répartition.  

 Propos recueillis par Alexandre Devecchio
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Epsilon
- 03/08/2012 - 20:39
Bizarre
"Il n' y a pas de "copyright" sur les idées, c'est le drame des écrivains et des philosophes."
Le drame serait qu'ils ne puissent pas utiliser d'anciennes idées parce qu'un pauvre type qui voulait se faire du fric sans rien faire a posé un copyright sur l'idée de quelqu'un d'autre...
Quand au reste de l'interview, je ne commenterai pas ligne par ligne, mais je la trouve superficielle...Et partiale! Notamment quant à la nature humaine, et au rôle de la publicité. Parlez donc à ceux qui la connaissent le mieux, ils vous détromperont.
Sinon, pour en revenir au sujet, je ne me serais pas risqué à me mettre à dos une bande de pirates informatiques. J'espère qu'ils ont un bon antivirus et un pare-feu efficace!
Vinas Veritas
- 03/08/2012 - 11:42
suite
Bien sûr, le capitalisme qui amasse, regroupe et différencie s’oppose au socialisme qui partage disperse et égalise mais le second ne va pas sans le premier car le socialisme ne cherche pas les richesses, il s’empare de l’existant au risque de tout consommer. Le capitalisme produit crée accumule la valeur, la richesse mais ne se préoccupe pas de la ressource et peut détruire aussi bien l’avenir au profit du présent. Le capitalisme s’empare de tout ce qui lui plait et délaisse le reste.
Vinas Veritas
- 03/08/2012 - 11:42
capitalisme / socialisme
Que le capitalisme absorbe comme une éponge oui mais le capitalisme n'est pas l'ultime et tout comme le socialisme, il est dépassable. La notion de capitalisme se fonde sur le concept de possession de valeur et d'accroissement de la valeur possédée.
Le socialisme pur, le vrai, s'appuie sur une dimension humaine de partage. Les richesses ne sont qu'un des éléments de la vie et tous doivent pouvoir en profiter.
Selon, le capitalisme découle du 2e étage de la pyramide de Maslow lorsque l'environnement fournit un 1er étage satisfaisant tandis que le socialisme se développe quand ce 1er étage présente de nombreuses insatisfactions pour l'individu : l'union fait la force.
De nos jours, le politique socialiste ou communiste sert plutôt à combler le 4e étage des impétrants sous couvert d’altruisme. Certains des arrivés réussissent avec plus ou moins de bonheur malgré tout à partager les richesses dans l’anticapitalisme d’aloi.