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La finance islamique est-elle vraiment si différente ?
Publié le 03 juillet 2012
Les stéréotypes sur la finance islamique sont légion. Pourtant, c’est une finance qui se veut ouverte à tous les acteurs. La doctrine musulmane, de même que la philosophie libérale, incite à l'entrepreneuriat, au commerce, et encourage le profit.
Kaouther Jouaber-Snoussi est Maître de conférences à l' Université Paris-Dauphine.Elle est docteur en sciences de gestion et dirige le diplôme Principes et Pratiques de la Finance Islamique.Elle est également responsable du Master principes et pratiques...
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Kaouther Jouaber-Snoussi est Maître de conférences à l' Université Paris-Dauphine.Elle est docteur en sciences de gestion et dirige le diplôme Principes et Pratiques de la Finance Islamique.Elle est également responsable du Master principes et pratiques...
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Les stéréotypes sur la finance islamique sont légion. Pourtant, c’est une finance qui se veut ouverte à tous les acteurs. La doctrine musulmane, de même que la philosophie libérale, incite à l'entrepreneuriat, au commerce, et encourage le profit.

1.     L'interdiction de l'usure :

L’interdiction de l’usure (riba) se traduit le plus souvent par une interdiction de l’intérêt. Aussi, la grande majorité des penseurs musulmans ne font aucune distinction entre l'usure et l'intérêt, étant tout deux le fruit de l'écoulement du temps et non de la rentabilité d’un projet sous-jacent. C’est la raison pour laquelle ils sont prohibés, considérés comme des sources  potentielles d'une mauvaise allocation des ressources au niveau de la société.

2.     Le partage des profits et des pertes :

Si la pratique de l’intérêt est interdite, le prêt en soi ne l'est pas. Toutefois, toute rémunération du prêteur, doit être fonction des résultats du projet qu'il finance. Ce principe implique que le pourvoyeur de fonds et celui qui les utilise doivent partager le risque économique de manière équitable. Pour une banque islamique, cela signifie que les dépositaires, la banque et les emprunteurs partagent tous les risques et les revenus des projets financés par les dépôts relevant de ce principe.

3.     L'interdiction de l'incertitude et de la spéculation :

La prise de risque n'est pas interdite en Islam, au contraire, elle est même encouragée car, en plus de la marge commerciale et en l’absence de taux d’intérêt, c’est la seule source reconnue de rentabilité.  L'incertitude (maysir) ou la dissymétrie dans les termes d'un contrat cependant le sont, ces derniers pouvant aboutir à la spéculation (gharar). Il est ainsi interdit d'acheter ou de vendre un bien dont le prix ou les caractéristiques seraient définis ultérieurement. C’est ainsi que les contrats d'assurance traditionnels et les produits dérivés par exemple sont considérés non conformes aux principes de la finance islamique.

4.     L’adossement à un actif tangible :

L'argent, instrument concourant à la création de valeur et à faciliter les échanges, ne peut en soi faire l'objet d'un échange. Le rôle attribué à l’argent en Islam est en effet bien explicité comme un capital potentiel ne pouvant devenir réel qu’après association avec une autre ressource, en l’occurrence le travail et l’effort, dans un objectif d’entreprendre une activité productive. Il ne représente qu’un simple moyen d’échange, sans aucune utilité intrinsèque. Il ne remplit donc pas ce rôle de transfert inter temporel de valeur qui lui est reconnu dans les économies occidentales. L’interdiction du commerce d’argent écarte par conséquent tout profit tiré d’une transaction purement financière.

Ainsi, toute opération financière nécessite d'être adossée à un actif tangible. C’est l’assurance qu’il existe un bien réel clairement identifié comme étant l’objet de la transaction, ce qui d’une part en garantit la traçabilité et d’autre part permet de raccrocher la sphère financière à la sphère réelle.

5.     L'interdiction de certaines activités et produits:

La finance islamique obéit non seulement à l’interdiction de l’intérêt et de toute spéculation, mais également  à une obligation de responsabilité sociale. Ainsi quelque soit la forme du mode de financement, certains secteurs d’activité, répréhensibles du point de vue éthique et religieux, sont exclus. C'est le cas des jeux de hasard, du tabac, de l’alcool, de l’élevage porcin, de l’armement, ou encore de la pornographie.

Cette articulation particulière entre finance et religion qui caractérise la fiance islamique est à l’origine du développement de produits spécifiques. La finance islamique est ainsi dotée de ses propres instruments financiers dans les domaines de la banque commerciale, du financement de projets, de la banque de marché, de la gestion d’actifs par exemple. Il s’agit pour la plupart d’engagements de gré à gré à l’instar des contrats Murabaha, Ijara, Mudharaba, Mucharaka ou Takaful. La majorité de ces opérations sont encore très peu standardisées et souvent élaborées sur mesure. Il existe également des produits financiers islamiques cotés tels que des fonds, des indices boursiers et des trackers sur indices. Toutefois, ces marchés sont encore assez peu profonds et faiblement liquides, comparés à leurs équivalents conventionnels. Le caractère islamique d’un produit financier est validé par un conseil de conformité au droit musulman (Sharia Board) composé de jurisconsultes musulmans (Sharia scholars).

La spécificité de la finance islamique provient donc du fait qu’elle veille au respect d’un ensemble de règles et de principes dictés par l’éthique musulmane. Elle impose ainsi des contraintes spécifiques en matière notamment de traçabilité des investissements et des risques. A la différence de la finance conventionnelle qui autorise le taux d’intérêt et la spéculation, la finance islamique les interdit et propose la prise de risque et la marge commerciale comme seules sources de rentabilité. Tout en intégrant des objectifs de rentabilité, la finance islamique se doit de respecter l’ensemble des principes éthiques musulmans. C’est cette contrainte majeure qui induit la nécessité d’innover et de développer de nouveaux produits structurés.

Par ailleurs, le fait que la philosophie de la Finance Islamique repose à la fois sur un investissement dans la durée et sur le partage du risque financier fait d’elle un modèle économique particulièrement adapté à la période que nous traversons pour financer l’activité productive loin des dérives spéculatives. Cela étant, elle demeure pour l’heure une niche peu exploitée.

Avec un recul de seulement trente ans, l’industrie contemporaine de la finance islamique reste jeune et fragile. Elle présente encore des limites, notamment dans sa mise en pratique, et doit aussi surmonter un certain nombre de défis. Force est de constater que le secteur de la finance islamique n’a pas à ce jour su tirer tous les bénéfices des solutions offertes par la théorie financière islamique. La complexité de certains instruments financiers, le niveau de prise de risque qu’ils impliquent en l’absence de produits de couverture et de gestion des risques, couplés avec la lourdeur et le manque d’harmonisation des procédures juridiques font que des produits tels que la murabaha, opérations d’achat-vente avec marge, sont privilégiés par les praticiens au détriment des produits de partage de pertes et de profits. En outre, l’offre de formation aux principes et pratiques de la finance islamique est encore insuffisante. Des praticiens, souvent formés exclusivement aux techniques de la finance conventionnelle, ont du mal à se détacher des modèles classiques pour explorer des modèles propres à la finance islamique. Le développement de la finance islamique se heurte parfois aussi à des barrières socioculturelles. Dans certains cas, un effort d’information et de pédagogie est à fournir.

D’autres innovations financières devraient voir le jour une fois que la formation et la recherche auront atteint une masse critique capable d’alimenter la théorie et la pratique financières et bancaires en produits nouveaux répondant mieux à la fois aux exigences de l’éthique musulmane et aux besoins du marché, notamment en matière de couverture et de gestion des risques.

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Francis__
- 06/07/2012 - 01:23
@Sam,
Disons alors que vous n'êtes pas bien renseigné..: ), ça peut arriver. Voyez ce document :
"Drugs finance Taliban war machine, says UN drug tsar"
http://www.unodc.org/unodc/en/press/releases/2008-11-27.html
Ce n'est pas le rapport d'une quelconque organisation partisane, mais un rapport des Nations Unies .
Quand à la Somalie, oui, pas de gouvernement réel en place, pas de justice en place, mais un gouvernement fantôme. Et c'est bien pour cela que les islamistes avaient pris possession des lieux en bien des endroits, pour "nettoyer" , imposer leur charia etc.. mais, là ou c'était le plus facile à faire, car absence totale de gouvernement, de police, de justice, les endroits ou vivent les pirates, bizarrement, les islamistes n'ont même pas cherché à s'imposer, simplement parce que une partie du butin leur revenait...
Bonne soirée
sam06
- 05/07/2012 - 23:05
finance juste
Oui Francis je me suis renseignée je vous demande de vous renseigner, car les talibans avaient éradiqués la culture du pavot, le chiffre de l'ONU parle des agriculteurs afghans et pas directement les talibans .http://jibal-khurassan.over-blog.com/article-19484672.html. Pour ce qui est de la Somalie oui c'est clair que les pirates ne peuvent pas être inquiétés avec un budget justice avoisinant les 0 dollar. La finance Islamique permet je trouve de mettre une éthique sur ce secteur bancaire qui ne cesse d'abuser de ses clients.
Francis__
- 04/07/2012 - 14:23
Correction,
Je voulais bien entendu dire cote Est et non cote Ouest.. Excuses..