Que les gros salaires...

Le prix du patron

Publié le 02 mars 2011
La crise économique a beau trainer en longueur, le CAC 40 affiche des bénéfices insolents. Les salaires mirobolants de (certains) patrons et des traders posent question : indécents en temps de crise ? Et si ce n'était pas ça le problème ?
Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)
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La crise économique a beau trainer en longueur, le CAC 40 affiche des bénéfices insolents. Les salaires mirobolants de (certains) patrons et des traders posent question : indécents en temps de crise ? Et si ce n'était pas ça le problème ?

En France plus qu’ailleurs, on veut une « justice ». Notre pays a du mal à sortir de son principe égalitariste, et la justice c’est que le voisin ne gagne pas beaucoup plus que soi. La France n’aime pas les riches, pas plus qu’elle n’aimait les aristos en 1789. Elle supporte mal les nouvelles composantes économiques, accepte l’entreprise quand elle est petite et apprécie le patron quand celui ci « a du mal ». Elle veut garder ses emplois pour elle et le protectionnisme devient une valeur en tant que tel. Les politiques ont caressé l’opinion publique dans le sens du poil : nos propres difficultés ont été attribuées successivement à Bruxelles, aux Allemands, aux Chinois, au reste du monde... qui n’adoptent pas notre code du travail, nos 35h et nos RTT.

Que les gros salaires lèvent le doigt…

Malgré tout, le principe de réalité prend le dessus, et pour venger les turpitudes financières et désigner quelques fautifs, il nous reste les banquiers - qu’on ne peut toutefois que conspuer parce que sans eux la vie est impossible - et (ouf !) les salaires des grands patrons.

Les grosses rémunérations et les hauts salaires sont donc le seul os qui nous reste à ronger. Tout y passe : les stock-options qui font office de gros mots (impossible de prétendre que c’est un mode de partage de la richesse créé par l’entreprise pour beaucoup de petites et moyennes entreprises – les gentilles !). Les avantageuses retraites chapeaux (d’accord sur ce point, mais c’est dérisoire par rapport à l’enjeu) et puis enfin, le salaire lui-même qui peut certes atteindre des multiples scandaleux par rapport au salaire moyen... Mais une fois qu’on a dit qu’il y avait une centaine de salaires beaucoup trop élevés, il faut quand même bien comprendre que c’est une goutte d’eau et que la partager ne désaltèrera personne. Malheureusement, en France, on se sent moins pauvre quand le voisin est moins riche !

Une loi pour limiter les salaires ? Stupide !

Pour satisfaire cette soif, un peu revancharde il faut bien l’avouer, nous avons la loi. La solution viendrait donc, selon de nombreux débateurs de plateaux TV, d’une loi qui par exemple limiterait les salaires à 20 fois le salaire les plus bas de l’entreprise. Soit, pourquoi pas ? Mais la bêtise de la proposition vient de ce qu’elle ne résolve rien, et surtout qu’elle accentue le fossé d’incompréhension qui sépare la France de la réalité du principe d’une économie mondialisée ; céder à cette facilité c’est dire aux Français « vous avez raison, les riches sont des salauds, les patrons volent l’argent des travailleurs et en limitant les salaires de quelques uns, vous allez gagner plus ». Tout le monde sait avec le simple bon sens que c’est faux, mais les objections qui s’élèvent contre cette envie de loi ne sont souvent pas meilleures ! Car prétexter que les patrons iront ailleurs est faux : personne dans le monde ne se bat pour faire venir un patron français ! Les patrons (managers) très bien payés ne sont pas tellement meilleurs que les autres et on ne peut pas vraiment objecter que leur talent est si rare qu’il faut à tout prix les garder. En revanche, ce pourrait être vrai pour un responsable commercial, un technicien génial, un créatif hors pair etc, comme pour les joueurs de foot ou les acteurs de cinéma... non, la seule vraie raison pour laquelle cela ne servirait à rien « d’interdire » c’est qu’ils pourront se faire payer autant ailleurs sans beaucoup de problèmes ; et légalement, toutes les grandes entreprise ayant des filiales et le CAC 40 français faisant 90% de ses bénéfices à l’étranger.

Miser sur la fiscalité ?

Pour limiter ces salaires il y a une arme c’est la fiscalité. Et il est très vrai en revanche, que les très très riches ne paient que très peu d’impôts et que les PME paient en moyenne 15 à 20% d’impôts de plus que les grands groupes ! Or, pour résoudre ce problème facile nous tournons en rond en inventant des taxes au fur et à mesure que nous en supprimons d’autres créant ainsi une fiscalité de Shadocks.

Alors se focaliser sur ces salaires vraiment trop élevés ne donnera qu’une satisfaction très momentanée à ceux qui souhaitent la mort du riche, sans compter qu’on ne les tuera pas tous : ils seront seulement riches ailleurs... Faut-il au passage se féliciter qu’il n’y ait en France pratiquement plus un yacht qui batte pavillon français ? Que les équipages soient britanniques ou plus exotiques ? Est-ce bon pour notre économie ? Sachant que de toutes façons nous devons subir l’outrage de ces « sales riches » qui naviguent sur nos mers et qui font vivre quand même un peu notre tourisme. Va-t-on infliger aux ports de plaisance ce que nous avons fait au port de Marseille qui vient encore de voir son rang dégradé ?

Même si les sujets sont apparemment différents, la problématique reste la même : nous ne sortirons pas d’une régression économique en punissant ceux qui « profitent ». Indignons-nous plutôt que 2 millions d’entrepreneurs ne gagnent en moyenne que 4 000 euros par mois ! Vite : qu’ils s’enrichissent ! Cela voudra dire que leur boîte marche bien, qu’ils sont bons, qu’ils emploient donc des salariés et qu’ils pourront investir... et dépenser pour eux-mêmes, pour le plus grand bien de la consommation et de notre industrie du luxe. Mais au fait qu’est ce qu’un riche.

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