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Lycées français

Impact du coronavirus : le terrible abandon des parents d'élèves français de l'étranger

Publié le 30 avril 2020
La révolte gronde chez les parents d’élèves des lycées français de l’étranger. Avec la crise, des milliers d’entre eux ont perdu une partie de leurs revenus et ne peuvent plus faire face aux frais de scolarité de leurs enfants. Leur crainte : être obligés de les déscolariser.
Francis Matéo
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Reporter, écrivain, acteur et grand voyageur... Francis Matéo est journaliste indépendant et auteur de nombreux récits de voyages à travers le monde sous forme de reportages ; il a également publié le livre « Mon associé Fidel Castro » (éd. Histoire d...
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La révolte gronde chez les parents d’élèves des lycées français de l’étranger. Avec la crise, des milliers d’entre eux ont perdu une partie de leurs revenus et ne peuvent plus faire face aux frais de scolarité de leurs enfants. Leur crainte : être obligés de les déscolariser.

Face à leurs préoccupations, l'AEFE (Agence pour l'Enseignement Français à l’Étranger) reste muette. Un manque de compréhension de la situation et d’empathie envers les familles dénoncé par nombre d´entre elles. Un mépris ressenti comme une injustice par une partie de ces deux millions de Français qui vivent à l’étranger mais restent profondément attachés à leur culture. Des Français souvent pourvoyeurs d’emplois et de stages pour leurs compatriotes, alors qu’ils ne bénéficient pour autant d’aucune aide sociale de l’État Français.

 

Les parents d’élèves du Lycée Français de Barcelone n'en peuvent plus du « silence assourdissant » de l'AEFE (Agence pour l'Enseignement Français à l’Étranger), gestionnaire direct de l’établissement qui compte parmi les 522 structures d’enseignement en français dans le monde.

Un silence d’autant plus étonnant que les parents ont plusieurs fois demandé une révision des frais de scolarité, certaines familles en difficulté, du fait de la crise sanitaire et économique, se retrouvant dans l’impossibilité de faire face (la scolarité s’élevant à environ 7.000 € par enfant et par an ).

La colère des parents du lycée de Barcelone n'était en fait, au départ, qu’une inquiétude bien légitime née de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques. Dans une ville dont l'économie est liée au tourisme, la paralysie du confinement a frappé de plein fouet de nombreuses familles françaises. Pour beaucoup, la chute du niveau de revenus a été immédiate, dès le mois de mars.

Les mesures de continuité pédagogique prises par la quasi-totalité des systèmes éducatifs imposent par ailleurs des contingences supplémentaires puisque les parents sont forcément parties prenantes de cette éducation à domicile. Cela d’autant plus que les conditions de confinement ont été particulièrement strictes en Espagne, où les enfants n'ont pas eu le droit de sortir avant le 26 avril.

À Barcelone comme ailleurs, les établissements internationaux d'enseignement ont presque immédiatement répercuté leurs économies (moindres coûts de fonctionnement et mise au chômage partiel d'une partie du personnel), à l'instar du groupe espagnol La Salle qui a baissé de 70% ses frais de scolarité en maternelle, ou du lycée allemand qui a limité les cotisations mensuelles à 150 €. Mais pour les établissements du réseau de l'AEFE, pas question du moindre geste !

Face cette intransigeance, l'Association des Parents d’Élèves (APE) du Lycée Français de Barcelone a appelé ses adhérents à suspendre collectivement le paiement des frais de scolarité « jusqu’à obtenir une solution, et l’ouverture d’un dialogue fondé sur la solidarité mutuelle avec l'AEFE ».

Il n'est sans doute pas inutile de rappeler que près de deux millions de Français vivent à l’étranger, qu’ils sont souvent pourvoyeurs d’emplois et de stages pour leurs compatriotes, et qu’ils ne bénéficient pour autant d’aucune aide sociale de l’État.

Solutions proposées inappropriées

Les parents du Lycée Français de Barcelone bénéficient, comme tous établissements dans le monde, de la procédure de « bourses élargies » permettant de réviser les dossiers des élèves boursiers ou d'analyser de nouveaux cas d'ici le mois de juin. Une procédure « largement insuffisante », selon Hélène Monard Leroy, vice-présidente de l'APE : « Il y a quelque chose d'un peu cynique et injuste à renvoyer uniquement au mécanisme des bourses, qui sont prévues pour gérer des difficultés structurelles alors que nous sommes ici face à une crise ». 

D'autant que les critères d'attribution des bourses, complexes, ne changent pas ; ce qui exclue les candidats possédant un patrimoine mobilier de plus de 100 000 € ou un patrimoine immobilier de plus de 240 000 €, même si la crise du Covid-19 les a laissés sans revenus !

De fait, même dans des conditions normales, nombre de familles renoncent au « parcours du combattant » que représente une simple demande de bourse. Pour preuve de ce découragement : un établissement comme le Lycée Français de Barcelone ne compte que 223 bousiers sur 3000 élèves. Et le volume de bourses mis à disposition via l'AEFE l'an dernier n'a même pas été attribué dans sa totalité. Sans compter que les bourses ne s’adressent qu'aux familles françaises (60% des effectifs).

La solution face à la crise du coronavirus passerait donc par des aides directes, qui pourraient être puisées à Barcelone dans le fonds de solidarité entièrement alimenté par les familles ; « Mais les 132.000 € disponibles seraient également insuffisants », déplore l'APE. Même si l'établissement abondait en y ajoutant les économies réalisées pendant la période de fermeture du lycée, il faudrait encore l'aval de l'AEFE. Et ici, contrairement à l'adage, le silence de son directeur Olivier Brochet ne vaut pas consentement !

Volonté de céder à terme la gestion de l’enseignement français à des fonds privés ?

Car c'est un paradoxe des EGD (Établissements en Gestion Directe) de l'AEFE : ils sont financés à 60% par les parents, sans possibilité de contrôle pour les familles. « Nous disposons d´un conseil d'établissement et non d´un conseil d’administration », rappelle le proviseur du Lycée Français de Barcelone, Dominique Duthel : « Nous ne sommes pas décisionnaires s'agissant des tarifications ou des remises... Une réduction concernant toutes les familles relève donc de l'AEFE et d’elle seule ». Autrement dit : malgré toute la bonne volonté mise en œuvre par le proviseur et ses équipes dans cette affaire, la marge de manœuvre pour la direction reste extrêmement mince.

D'où le sentiment de mépris ressenti, exprimé par  Marta Climent, présidente de l'APE dans sa lettre adressée à Olivier Brochet le 26 avril : « L'AEFE fait preuve d’un manque évident de compréhension de la situation et d’empathie envers les familles, se bornant à donner pour instruction l’envoi de la facture pour le troisième trimestre sans répondre aux propositions formulées ». 

À cela s'ajoutent des éléments de confusion sur les moyens de l'agence, qui a gelé - pour cause de crise - les 6 M€ d'investissements immobiliers prévus à Barcelone pour les six prochaines années.

Olivier Brochet ne répondant pas plus aux journalistes qu'aux enseignants, nous avons dû nous contenter des réponses du service de communication de l'AEFE sur ses possibilités de transferts des crédits face à la crise. Mais la réponse tourne en boucle : « Nous dépendons du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et nous ne pouvons rien annoncer tant que les décisions ministérielles ne seront pas prises ».

Une décision annoncée par le Ministère des Affaires Etrangères le 30 avril indique qu´une avance France Trésor (donc un prêt) de 100 M€ devrait être débloquée pour permettre à l'AEFE de faire face à des besoins de trésorerie, et une enveloppe « estimée à ce stade à 50 M€ » (afin de consolider les bourses), selon le communiqué ... dont la majorité parlementaire avait annulé il y a quelques jours des amendements du Sénat demandant une rallonge de 45 M€ pour venir en aide aux parents français de l'étranger ! Ce qui ne rassure pas la sénatrice (LR) Jacky Deromédi sur la stratégie gouvernementale : « On a surtout l'impression que le gouvernement veut se débarrasser de toute dépense concernant les Français de l’Étranger ». Rappelons que l’État débourse, dans le même temps, 7 milliards d'euros pour soutenir Air France, et que plusieurs sources font état de la volonté d’Emmanuel Macron de permettre à des fonds d’investissements privés de prendre en charge la gestion de l’enseignement français à l’étranger.

Des conséquences graves pour les familles

Il y a confusion jusque dans la façon dont l'AEFE se défausse sur son ministère de tutelle pour justifier l'absence de geste sur les frais de scolarité. Sinon comment expliquer les interventions directes dans certains établissements ? Un exemple : l’AEFE s’est impliquée financièrement au Lycée français de Moscou (également un EGD)  ces dernières semaines pour diminuer d'un tiers les frais de scolarité en raison de la dévaluation du rouble et de la chute des prix du pétrole. Depuis Barcelone, l'APE rappelle que « l’Espagne perdra jusqu’à 8% de son PIB à cause de la crise du coronavirus, ce qui correspond à 3% de pertes supplémentaires par rapport à la Russie ». Étrange « deux poids deux mesures ».

Pendant ce temps, au Lycée Français de Barcelone, la situation s'aggrave : « Il faut savoir qu'il y a aujourd'hui des familles qui nous ont envoyé en copie les lettres de désinscription de leurs enfants à cause de cette absence de dialogue », ajoute Hélène Monard Leroy. La direction l'établissement prévoit d’ailleurs déjà des baisses d'effectifs pour la rentrée prochaine. Et le directeur de l'AEFE est toujours aux abonnés absents.

« Si le directeur ne répond pas, c'est parce qu'il n'a rien à annoncer de concret pour l’instant, mais on ne voudrait pas donner l'impression que l'on a quelque chose à cacher », justifie le service de communication de l'AEFE. C'est pourtant bien le risque pour une agence qui a déjà du faire face, par le passé, aux remontrances de la Cour des comptes concernant l’opacité de sa gestion, ainsi au’à des plaintes…

Une enquête de Francis Matéo pour GlobalGeoNews et Atlantico

 

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