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© BERTRAND LANGLOIS / AFP
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Crise de l'Etat

La métamorphose du néobanditisme dans les cités

Publié le 03 février 2020
Maître Gérald Pandelon évoque l'évolution du banditisme dans certaines cités sensibles qui découle de la crise de l'Etat.
Gérald Pandelon
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Universitaire et avocat à la Cour d'appel de Paris, Gérald Pandelon est docteur en droit et docteur en science politique. Diplômé de Sciences-Po, il est également chargé d'enseignement. Il est également l'auteur de L'aveu en matière...
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Maître Gérald Pandelon évoque l'évolution du banditisme dans certaines cités sensibles qui découle de la crise de l'Etat.

La situation des cités est celle d’une guerre qui se prépare. Ce sont également les mêmes qui nous expliquent que tout va bien qui ont laissé quasiment à l’abandon des pans entiers de leurs communes, dans un état de délabrement absolu, dans une précarité que ne connaissent que les villes du Tiers-Monde… Prenons l’exemple, parmi d’autres, celui d’une ville comme Marseille. Au moment où j’écris ces quelques lignes, vient de se produire l’effondrement des immeubles de la fameuse rue d’Aubagne où de pauvres gens ont perdu la vie, alors même que leurs propriétaires, vendeurs de sommeils devant l’éternel, étaient parfaitement informés depuis des lustres de l’état de leurs logements donnés à bail. Marchands de sommeils avez-vous dit ? Plutôt un terme euphémisé pour ne pas les appeler par leurs noms : assassins. Car sait-on suffisamment que dans cette même ville ce sont près de 40000 logements qui sont vétustes ? Que 70 % des attributaires du RSA dans les Bouches-du-Rhône résident dans la cité phocéenne ? Qu’au surplus, 44 % des moins de 18 ans vivent sous le seuil de pauvreté et que le chômage touche 30,5 % des personnes âgées de moins de 25 ans et atteint le taux de 49,9 % dans certaines cités comme celles de Félix Pyat, La Castellane ou La Busserine ?

Le banditisme, ne le perdons pas de vue dans le cadre de cet ouvrage qui constitue un témoignage, prospère donc au sein de cette capitale du sud, sur une pauvreté relative, celle de gens qui souffrent au quotidien dans une indifférence quasi générale. Sur un plan quantitatif, la délinquance des cités induit en outre une recomposition qui se traduit par l’explosion des homicides entre gangs (un assassinat dans les quartiers Nord de Marseille coûte 200 euros, parfois moins) ou entre caïds locaux, de plus en plus jeunes et de plus en plus violents. Prolifèrent ainsi les vols à mains armées dont les enjeux financiers sont parfois assez minces, sans compter les jets de grenades et tirs d’armes de guerres visant les rivaux. Sur un plan axiologique, les valeurs qui structuraient le milieu insulaire des années 70, notamment le respect de la parole donnée, se sont délitées. Les bandits d’honneur ne sont pas légion parmi les voyous, je peux en témoigner en plusieurs années d’expérience. Ce qui compte c’est le court terme, le gain rapide obtenu de manière violente et non une vision reposant sur une stratégie rationnelle. La confiance a cédé le pas à la défiance. Ces bandes qui se substituent au banditisme organisé ne sont pas structurées car elles ne sont animées d’aucun sens du groupe ou d’une vision d’ensemble de leur action. Le passage à l’acte est instinctif  peu maîtrisé, plus dangereux car plus risqué pour les personnes innocentes. Le banditisme des cités s’est, d’une certaine manière, déprofessionnalisé.

Le délinquant d’aujourd’hui ne respecte personne, même plus parfois sa propre famille, il frappe sa sœur, sa mère, quand ils ne les impliquent pas directement dans ses affaires, ce qui tranche singulièrement avec la mentalité des corses d’antan et encore d’aujourd’hui, pour lesquels la famille a toujours été sacrée. Pour employer une terminologie inspirée de la science politique, on pourrait dire que le banditisme des cités, qui concerne sociologiquement une population principalement d’origine extra européenne, repose désormais sur une vision individualiste, alors que le milieu corse était structuré sur un mode plus familial et “holiste”. Et les voyous qui se réclament de la religion chrétienne conservent encore des principes et des valeurs que d’autres ont décidé volontairement d’abandonner au nom de l’efficacité recherchée, fut-ce par la terreur, une terreur parfois sans limites, pour pas grand-chose… C’est un fait, objectif, en rien subjectif, tous les avocats le savent, et ceux qui diront le contraire se mentent à eux-mêmes.

De la même manière que ce sont les mêmes qui reconnaissent que c’est précisément parce que la démocratie française est faible car reposant sur les droits de l’homme qu’ils peuvent prospérer. A de multiples reprises ils m’ont révélé que : « (…) sous Poutine on ne bougerait pas une oreille (…) ». D’autre part, le banditisme des cités ne saurait concerner qu’une aire géographique bien précise dont la cité phocéenne aurait le monopole. Car, en réalité, le narcobanditisme, fils du néobanditisme, ne connaît pas les frontières, il ne connaît que les réseaux inter-frontaliers et transfrontaliers. Mon ouvrage, "La France des caïds", à paraître au mois d'avril prochain, révèle donc à la fois l’expérience de terrain, celle d’un avocat pénaliste immergé au sein de ces cités pour en défendre de nombreux caïds, mais également celle d’un universitaire soucieux de confronter ses analyses avec la réalité. En effet, quel fossé pourtant entre ce que nous pouvons voir sur le terrain et les discours politiques, un abîme même, les discours habituels rappelant, surtout à l’approche d’élections, le nécessaire pacte républicain au sein d’une nation réputée indivisible…

Car dans les cités sensibles, la violence ne réside plus véritablement et simplement dans l’usage de la force mais a désormais son siège dans l’absence ou l’oubli de ce qui devrait être intériorisé par le délinquant comme étant la règle, une règle qui aurait été impulsée par le politique. Et ce qui caractérise cette violence c’est précisément la négation de l’humain en l’homme en tant que cette négation est sa visée propre. Mais, par ailleurs, la transformation actuelle du banditisme suit la crise de l'Etat-nation dépassée par les flux internationaux. La criminalité organisée profite de la déliquescence de l'Etat, de sa perte de légitimité et d'autorité. Cette délinquance féodale est dans l'air d'un temps néo-libéral qui ne reconnaît plus aucune légitimité ni à l'Etat ni à une quelconque institution. Quant à la loi de l'Etat elle est persona non grata. Il y aurait beaucoup à dire sur l’effet nocif de la décentralisation et la fin du modèle autoritaire jacobin. Il y a une crise globale du politique et une crise de l'Etat et de sa légitimité, ce n'est pas un secret. Je me souviens que ce thème constituait déjà la tarte à la crème au cours de mes études de sciences po, il y a une vingtaine d’année déjà. Mais c’est la crise économique qui est l’allié objectif de la délinquance des cités. Une crise économique qui fait que les banques ne prêtent que difficilement de l'argent. Du coup le milieu criminel trouve une sorte de raison d'être en devenant une banque occulte ou parallèle dans un monde où les banques ne prêtent qu’avec parcimonie. Avez-vous entendu parler des critères prudentiels d’encadrement du crédit ? Ces mêmes critères créés par la commission européenne qui imposent des critères de prêts particulièrement drastiques. Tous ces facteurs nourrissent une économie informelle. D'une certaine manière, nous avons les criminels que nous méritons. Un monde sans crime ni pègre n'existe pas et ne peut pas exister à partir du moment où personne n’a intérêt à le juguler, au-delà des mots. Mais un monde où la pègre occupe une telle importance n'est pas concevable non plus.

Or l'Etat en France n'est plus le plus fort. Ces voyous à leur manière illustrent le laisser faire d'une certaine dérégulation dite « néo libérale ». Mais peut-on comprendre les voyous et notamment ceux qui ont mis certaines cités sous coupe réglée ? La réponse est oui. Comprendre n'est pas excuser, les criminels demeurent des individus non recommandables car le profit et le gain par tous les moyens sont les seuls impératifs qui les animent. Mais ce sont aussi des hommes qui ressemblent au monde dans lequel ils vivent ; le nôtre. Les criminels que j'appelle ici du nom familier de Caïds, on le sait depuis toujours, n'aspirent pas qu'à rouler carrosse, ils aspirent aussi à la reconnaissance sociale, mais la voie qu'ils empruntent pour y parvenir est illicite, illégale et déviante. Une des affirmations de mon livre, j'y reviendrai, est que nous avons les criminels que nous méritons. Les criminels hédonistes et jouisseurs que je vais évoquer dans cet ouvrage sont à l'image d'une certaine société ambiante : utilitariste et hédoniste, clanique et communautaire. Une société où l'Etat ne fait plus la loi face à des groupes mafieux dont la puissance occulte est en réalité devenue une super puissance. On ne préfère pas connaitre l'implication du milieu criminel dans la vie des citoyens de peur d'être soi-même concerné. On fait mine de penser que les voyous vivent et s'exterminent entre eux pour des affaires marginales alors que les sommes d'argent colossales du trafic de drogue s'investissent partout dans la ville jusqu'à corrompre les hommes politiques. Tous les délinquants ne sont pas des criminels, l’immense majorité d’entre eux sont de simples revendeurs de produits stupéfiants, essentiellement de l’herbe, qui est la « drogue douce des cités ». Seuls 1 % d’entre eux sont poursuivis pénalement pour des faits graves (assassinats, vos à main armées, extorsions de fonds, Go Fast, etc) et, par conséquent, 99 % du reste de cette population pénale, pour acquisition, détention et cession de produits stupéfiants.

En même temps, le propos d’un avocat est nécessairement ambivalent. En tant que professionnel du droit, je fais le travail pour lequel je suis payé : réduire les peines des voyous et parfois les faire sortir de prison. Cela ne veut pas dire que je les juge innocents. Les voyous doivent être condamnés quand ils commettent des méfaits, mais ce n'est pas l'objet de mon livre. De surcroît, il ne vous aura pas échappé que je ne suis pas juge mais avocat, je défends, je n’accable pas. Il sera donc moins ici question de droit que d'anthropologie. Ce qui est étonnant c'est le discours toujours volontairement édulcoré de nos édiles lorsqu'il s'agit d'évoquer les cités sensibles au cœur de la République. En même temps on les comprend. Car reconnaître la réalité à la hauteur de ce qu'elle est véritablement conduirait inéluctablement, du même coup, à ce que fut implicitement reconnu par les mêmes acteurs politiques leur immense incompétence à résoudre les vrais problèmes qui se posent à notre pays, en termes d'intégration, d'insécurité, d'échec total du modèle républicain, de crise de l'Etat, d'immigration incontrôlée, cause essentielle desdits maux, même si, à l'évidence, nous n'opérons aucune confusion entre la grande majorité des français d'origine qui se sont parfaitement intégrés et ces sauvageons qui ne sont mus que par la haine. Ce qui est curieux c'est toutefois que les manques soient connus depuis des lustres en termes d'effectifs, donc de moyens, pourtant rien ne change et rien ne risque de changer, je crois même que les choses vont empirer. Car ce sont nos mentalités, trop dociles face à des personnes qui ont fait de la violence leur unique mode d'expression qu'il conviendrait, en urgence désormais, de modifier en profondeur, ce que nous appelons notre "logiciel", c'est dire une disposition de l'esprit propre à notre pays qui nous pousse constamment à ne pas vouloir accepter de dire ce qui est, à ne pas vouloir admettre ce qui est, bref à fuir nos responsabilités, par conformisme, égoïsme ou tout simplement par lâcheté. Et cette disposition de l'esprit, manifestement privé d'Esprit, ne concerne pas uniquement cet épineux problème, mais innerve également d'autres sujets ô combien essentiels, au premier rang desquels la question de la pression fiscale confiscatoire dans notre pays. Car subsiste encore une ironie doublée d'une illusion, celle de nous faire croire, comme un réflexe mental, que nous vivrions encore dans une République une et indivisible. En toutes hypothèses, la délinquance des cités est liée à un faisceau de motifs et non à une causalité unique.

Il ne faut pas négliger la dimension culturelle et cultuelle de cette délinquance. Pour beaucoup, les déviants ne se sentiraient pas fautifs puisque nos valeurs ne seraient pas les leurs. De plus, et pour une minorité d'entre eux, le goût de la transgression est plus fort que le risque encouru à braver l’interdit. Ils éprouvent tout simplement de la jouissance à défier la loi et lorsqu’ils incorporent le plaisir dans l’étiologie criminelle, ils s’avèrent être particulièrement dangereux. Ce faisant, le banditisme moderne interroge notre capacité à lutter efficacement avec des moyens légaux. En pratique, les voyous sont tout simplement plus forts que ceux qui sont chargés de les pourchasser. Ils ne sont pas limités dans leurs moyens financiers alors que les moyens de nos États sont loin d'être élastiques ; ils ne sont pas limités dans leur sphère d'influence alors qu'à chaque État correspond une loi particulière et que l'instauration d'une réelle coopération judiciaire au sein de l'union européenne soulève des difficultés techniques, a fortiori lorsque la personne concernée n'est pas une ressortissante européenne ; ils ne sont surtout pas limités par des considérations éthiques ou "humanisto-irresponsables” qui entraveraient toute efficacité des nations les mieux établies. Les voyous sont non seulement plus forts que les Etats, mais ils ne conçoivent pas l'espace-temps de la même façon que les autorités constituées. Car les personnes fichées au grand banditisme passent le plus clair de leur temps à réfléchir à ce qu'ils pourraient faire ou dire dans l'hypothèse d'une interpellation. Tout est déjà largement organisé bien en amont de leur arrestation éventuelle, les alibis sont constitués, les avocats déjà préparés sur la stratégie de défense à adopter, les complices sont déjà à l'étranger, les voitures, les gants, cagoules et armes déjà brûlés, etc. Autrement dit, les voyous chevronnés ont toujours un temps d'avance sur ceux qui les poursuivent. Ceux qui sont d'ailleurs censés les interpeller disposent d'un statut de fonctionnaires, lesquels sont souvent astreints à la semaine de 35 h, alors que les voyous effectuent les 35 h en deux jours...

Il existe donc une dissymétrie entre les dépositaires de la loi et ceux qui l'enfreignent et, surtout, les seules dispositions qui pourraient utilement être mises en place ne le seront jamais car elles sont totalement inconcevables dans notre pays, attachés que nous sommes, à juste titre, à notre tradition juridique humaniste fondé sur les droits de l’homme. Je crois aussi que nous assistons à une mutation du banditisme, qui est moins une voyoucratie de nécessité qu’une délinquance choisie. Mais, à l'épreuve des faits, cette violence est de moins en moins motivée par quelque ambition, de quelque nature que ce soit. Elle est donc une pure tautologie, une violence pour la violence. D'ailleurs, les auteurs de cette violence post-moderne ne respectent plus grand-chose à partir du moment où ils l'orientent aisément contre les membres de leur propre famille (la mère, le père, la sœur, etc.) ou encore des institutions constitutives du lieu de résidence. A telle enseigne qu'elle est non seulement brutale, absurde et dénuée de finalité, ce qui constitue un changement radical dans les motivations qui présidaient antérieurement au passage à l'acte, lequel était peu ou prou toujours causé. Car auparavant, et pour le dire encore plus simplement, on ne frappait pas sans motifs, on ne cassait pas sans motifs, qu'ils soient justifiés ou non, le passage à l'acte reposait toujours sur une raison d'ordre idéologique et/ou politique. L'exercice de la violence avait, en d'autres termes, un fondement, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, et c'est en cela que la violence aujourd'hui a muté.

C'est ainsi qu'il est inexact de considérer, comme la plupart des sociologues manifestement en mal de réflexion (ils répètent toujours la même chose avec plus ou moins de bonheur), que cette violence puisse être interprétée comme une réaction des jeunes face à l'exclusion. Car, en réalité, non seulement elle se manifeste par une grande diversité de formes : Razzia dans les commerces, rodéo de voitures volées, racket, rixes entre bandes, provocation et injures verbales ou gestuelles contre les adultes du voisinage et les agents des institutions, agressions physiques, trafics divers ( dont la drogue ), saccages et pillages ; mais également, sur le fond, elle incorpore le plaisir dans l'étiologie criminelle, donc l'acte gratuit. Certes, la police a pu mettre en place, en 2010, un plan de riposte spécifique à ces violences entre bandes. Mais alors me direz-vous comment évaluer l'action de ce plan de riposte ? Quels en sont les manques ?

Mon hypothèse c’est que la police, en France, effectue un travail remarquable ; la difficulté c'est qu'elle est dépassée en raison, à mon sens, d'une hiérarchie souvent frileuse. En effet, si nos forces d'élite avaient véritablement les coudées franches pour ramener l'ordre, elles le feraient. Mais ce n'est pas possible. C'est d'ailleurs le motif essentiel pour lequel, nous sommes contraints, de Paris à Marseille, mais pas uniquement, de se cantonner à des « mesurettes ». Mais invariablement une question revient et me taraude : pourquoi les gros voyous n'arrêtent-ils pas leurs divers trafics lorsqu’ils ont suffisamment d'argent ? Et ce, afin de se mettre définitivement à l'abri, eux et leurs enfants ?

La réponse est qu'ils ont pris des engagements dont ils ne peuvent plus se départir. Ils ont créé un lien social endogame. C'est un système, une sorte d'infrastructure du crime, avec tous ces rouages, dont ils occupent les fonctions, inférieures, médianes puis, un jour, si le temps ne l’emporte pas sur l’espace, supérieures. On ne  sort pas comme cela du monde du crime, qui a ses lois contraignantes, ses codes, ses risques. La liberté y est une illusion. Or, le réseau ressemble à une féodalité déviante avec ses suzerains et ses vassaux. Sa seule loi est le profit. Mais aujourd’hui on assiste à un autre phénomène qui vient d’une certaine manière se rajouter à ce système pyramidal, c’est ce que j’appellerais le système horizontal concurrentiel.

Pour le dire simplement, vous avez un gros trafiquant qui repère dans un premier temps un toxicomane dans la rue, souvent un fumeur de shit, puis va l’aborder en lui demandant s’il serait d’accord de vendre des produits stupéfiants, qu’il lui fournit, en contrepartie du paiement de sa consommation personnelle de cannabis ou de « beu ». Or, 9 fois sur 10, le jeune désœuvré, bien évidemment, accepte… Ce que ne sait pas le malheureux c’est qu’il vient de se faire piéger ; en effet, le gros trafiquant s’arrangera toujours pour lui reprocher d’avoir subtilisé une partie des produits, pour ensuite, tôt ou tard, lui loger ou lui faire loger une balle dans la tête, afin de s’assurer de son silence. C’est vrai qu’un jeune primodélinquant est plus facilement influençable lors de son placement en garde à vue, qu’un voyou chevronné, quoi que parfois nous ayons des surprises…, qui limitent la légende de « la loi du silence »… Car l’embourgeoisement du grand banditisme est parfois antinomique avec la continuation de la préservation des codes…  Pour  le  dire  encore  différemment, j’ai  rencontré et rencontre encore beaucoup de bandits, mais infiniment moins de bandits d’honneur et ceux qui effectivement répondraient à cette définition sont soit morts soit incarcérés à perpétuité. Au fond, la rançon d’une certaine morale, dans le milieu…

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