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Bonnes feuilles

Comment la violence a envahi l'espace public face à la faiblesse de ceux qui conservent le monopole de la force

Publié le 08 décembre 2019
Joseph Macé-Scaron publie "Eloge du libéralisme" aux éditions de L’Observatoire. Le libéralisme n'a pas, aujourd'hui, bonne presse. Or, il n'a jamais autant été une idée neuve. Jamais il n'est autant apparu comme le meilleur des remèdes au cynisme politique, aux passions extrémistes, au politiquement correct et aux folies identitaires. Extrait 2/2.
Essayiste et romancier, Joseph Macé-Scaron a dirigé des rédactions (Figaro Magazine, Magazine Littéraire, Marianne) et a collaboré à de nombreuses émissions audiovisuelles. Il a publié notamment La Tentation communautaire (Plon), Montaigne notre nouveau...
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Joseph Macé-Scaron publie "Eloge du libéralisme" aux éditions de L’Observatoire. Le libéralisme n'a pas, aujourd'hui, bonne presse. Or, il n'a jamais autant été une idée neuve. Jamais il n'est autant apparu comme le meilleur des remèdes au cynisme politique, aux passions extrémistes, au politiquement correct et aux folies identitaires. Extrait 2/2.

Violence partout, force nulle part. La violence a envahi depuis quelques années l’espace public au fur et à mesure que grandissait la faiblesse de ceux qui gardent – en théorie – le monopole de la force. Elle s’est même coiffée des lauriers de la légitimité, trouvant les arguties les plus illogiques pour justifier son existence et le recours systématique à ce mode d’expression. On a pu le mesurer avec ces épisodes paroxystiques de la crise des Gilets jaunes s’accompagnant de violences physiques, de dévastations et de dégradations. On a vu des citoyens obligés de porter le gilet jaune avec le même enthousiasme que Louis XVI coiffant le bonnet phrygien ou qu’Ambroise Paré épinglant à son chapeau la cocarde blanche, un fameux soir de Saint-Barthélemy. Sous la bonhomie apparente d’une foule tirant le courage de son nombre et empêchant la libre circulation des personnes sous l’air des lampions, la menace est là et ne demande qu’à trouver un prétexte pour ne pas sauter à la gorge du premier impétrant. À cet égard, on ne peut être que frappé par la similitude des situations dans ces périodes d’agitation révolutionnaire où la rue se déclare seule souveraine et que, d’emblée, elle opte pour des formes d’action illégales, refusant par principe d’obéir aux injonctions des forces de l’ordre. 

Cette fois encore, on a atteint des sommets de mauvaise foi pour justifier l’injustifiable. Le criminaliste Alain Bauer estime dans un entretien au Figaro du 12 septembre 2019 que « l’homicide devient un substitut à toute autre forme de discussion ou de négociation ». On se croirait presque revenu à la fin du XIXe siècle dans une logique du « tout ou rien », quand Georges Sorel justifiait la violence, la cajolait un peu comme l’enfant spartiate pressant contre sa poitrine le renard avant d’être dévoré par lui.

À quel moment intervient l’utilisation perverse de cette violence ? À partir de novembre 2018, au fur et à mesure que les actions en marge des cortèges devenaient de plus en plus agressives, on a entendu se développer le raisonnement suivant : la violence est de la colère et la colère se nourrit du désespoir. Donc, la manifestation de la violence est la preuve de la légitimité de la revendication portée par les Gilets jaunes.

Notons qu’il y a quelques années, le gouvernement aurait immédiatement dissous une organisation politique ou syndicale ayant recours aux mêmes exactions et aux mêmes menaces. Un Raymond Marcellin passe… 

Un des arguments présentés par les adeptes de cette violence afin de la relativiser est que cette dernière cessera pour peu que leurs ennemis arrêtent de s’opposer à leurs délires. Il est étonnant que cette grosse ficelle soit encore employée. L’Histoire montre à satiété que, même quand elle n’est pas réprimée, la violence, une fois qu’elle est apparue, s’intensifie avec le temps sans se soucier du contexte politique dans lequel elle évolue. 

Dans son livre, L’Essence du totalitarisme. À propos de Hannah Arendt, Raymond Aron a sérieusement réglé son compte à cet argument en traitant des régimes totalitaires. Parlant de l’URSS de Staline, il écrit : « C’est en 1937-1938 que la grande purge jeta en prison entre cinq et sept millions de citoyens, parmi lesquels une fraction importante des cadres techniques et militaires à un moment où la résistance paysanne avait été brisée et où l’édification industrielle avait surmonté les difficultés initiales. La terreur est l’essence du régime totalitaire, terreur d’un style encore inconnu. » 

La violence telle qu’elle est pratiquée, revendiquée, assumée, choyée même, par une partie de la gauche ou de la droite radicale a bien un air de famille comme les enfants de Vélasquez.

Extrait du livre de Joseph Macé-Scaron, "Eloge du libéralisme", publié aux éditions de L’Observatoire

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