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© JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
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Pascal Salin : "Nombre de Français sont allergiques au libéralisme car ils ignorent l’amélioration de leur vie qu’apporterait un vrai libéralisme"

Publié le 17 novembre 2019
Pascal Salin, économiste et professeur honoraire à Paris-Dauphine, publie aux éditions Odile Jacob, Le Vrai Libéralisme - Droite et gauche unies dans l'erreur. L'occasion pour Atlantico de l'interroger sur les raisons qui président à l'absence de ce qu'il appelle le "vrai libéralisme" en politique.
Pascal Salin est Professeur émérite à l'Université Paris - Dauphine. Il est docteur et agrégé de sciences économiques, licencié de sociologie et lauréat de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.Ses ouvrages les plus récents sont  La...
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Pascal Salin, économiste et professeur honoraire à Paris-Dauphine, publie aux éditions Odile Jacob, Le Vrai Libéralisme - Droite et gauche unies dans l'erreur. L'occasion pour Atlantico de l'interroger sur les raisons qui président à l'absence de ce qu'il appelle le "vrai libéralisme" en politique.

Atlantico : Vous écrivez dans le premier chapitre de Le Vrai Libéralisme - Droite et gauche unies dans l'erreur (Odile Jacob): "il est frappant de constater que les politiques poursuivies ont malheureusement été à peu près les mêmes quels que soient les partis au pouvoir" sur les dernières décennies. Pourtant, certains estiment que le macronisme est une forme de libéralisme. Qu'est-ce qui n'est pas libéral dans la politique actuelle du Président selon vous ? 

Pascal Salin : Faire une politique libérale c’est minimiser le rôle de l’État et de toutes les organisations publiques. Cela impliquerait pour la France une diminution considérable des règlementations, des dépenses publiques et de la fiscalité, tous domaines dans lesquels la France a des records mondiaux. Or les réformes nécessaires n’ont pas été faites par Emmanuel Macron. Certes certaines réformes allaient dans le bon sens, par exemple celle qui a consisté à réintroduire un peu plus de liberté sur le marché du travail. Mais ces réformes ont été beaucoup trop limitées par rapport à ce qui aurait été nécessaire et le plus souvent elles sont compensées par une augmentation de l’interventionnisme étatique. C’est ainsi qu’il y a eu quelques baisses d’impôts, mais celles-ci n’étaient pas prioritaires, elles étaient très limitées, et par ailleurs elles étaient compensées par des augmentations d’autres impôts. Par ailleurs les dépenses publiques ont augmenté et doivent encore augmenter en 2020. Les réformes de l’assurance-chômage et des retraites sont caractéristiques du caractère non-libéral de la politique actuelle. Une vraie politique libérale aurait consisté à permette une concurrence sans limites d’entreprises privées dans ces domaines. Or le système de retraite universel, par exemple, est un exemple évident de la création d’un monopole étatique, donc d’une politique profondément non-libérale. Cela est très regrettable car la concurrence est toujours désirable. Elle permet en effet d’adapter le mieux possible les activités à la diversité des besoins des individus. Et par ailleurs elle constitue une importante incitation à innover (pour faire mieux que les autres), de telle sorte qu’elle est un facteur de croissance économique fondamental.

L'échec de la candidature de François Fillon en 2017 a été interprété par certains comme le signe d'une incapacité du libéralisme à réunir les Français. Et en lisant vos multiples articles, on comprend que vous reprochez à la droite de s'être convertie depuis longtemps à la social-démocratie et à ce que vous estimez être ses défauts. La droite a-t-elle vraiment eu la possibilité d'être libérale ? Ne sont-ce pas les Français qui sont allergiques au libéralisme ?

L’échec de la candidature de François Fillon a été dû davantage aux évènements qu’on lui a reproché plutôt qu’à son libéralisme. Bien au contraire il est intéressant de constater que les électeurs du parti Les Républicains avaient choisi comme candidat celui qui était le plus libéral et l’on pouvait donc espérer qu’il y avait enfin en France un nombre important de libéraux. Et si François Fillon avait été élu à la présidence, comme cela aurait probablement été le cas en l’absence des évènements qui ont détruit sa candidature, les politiques menées par la droite auraient pu être nettement plus libérales que précédemment. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’au début des années 1980, les mauvaises conséquences de la politique de François Mitterrand avaient rendu le libéralisme beaucoup plus désirable de telle sorte qu’il y a eu un grand nombre de ministres libéraux de 1986 à 1988 (mais malheureusement Jacques Chirac a été trop timide dans l’adoption de politiques libérales). Mais il reste certes vrai que, malheureusement, un nombre considérable de français sont allergiques au libéralisme, essentiellement parce qu’ils ignorent ce qu’est le vrai libéralisme et l’amélioration de leurs conditions de vie que leur apporterait un vrai libéralisme.

De Xavier Bertrand à Guillaume Peltier, la droite semble en tout cas aujourd'hui peu libérale. Comment expliquer que le libéralisme soit si peu représenté par les élites politiques ? Est-ce un problème de formation intellectuelle ?

La droite française semble effectivement peu libérale actuellement et la formation intellectuelle joue certainement un rôle important. En effet, d’une part, elle détermine leur façon de penser et, d’autre part, elle contribue au fait que la pensée dominante dans l’opinion publique – donc chez les électeurs – n’est pas libérale. Or, bien évidemment, pour être élus et réélus, les politiciens sont incités à adopter les idées qui leur paraissent dominantes. Le fait qu’il y ait en France – contrairement à ce qui se passe dans beaucoup de pays - un monopole public dans l’enseignement scolaire et universitaire contribue à cette situation regrettable. Par ailleurs l’importance donnée à l’ENA dans la formation d’une grande partie de l’administration publique et même du monde politique contribue aussi à l’ignorance des idées libérales.

Votre troisième chapitre est tout entier consacré à ce que vous appelez le "mythe inégalitaire". Dans un livre récemment paru, Thomas Piketty a défendu l'idée selon laquelle c'est la recherche de l'égalité qui a participé le plus au progrès humain. Que lui répondez-vous sur le terrain des faits ? 

Il y a une évidence que l’on devrait admettre unanimement, à savoir que, partout dans le monde, c’est le capitalisme qui a sorti les populations de la misère. C’est ainsi que le décollage économique s’est fait en France au XIXème siècle, période où l’interventionnisme étatique était très inférieur à ce qu’il est maintenant. Ce qui est important pour les pauvres c’est de sortir de la pauvreté et non de diminuer ce qu’on appelle l’inégalité, en spoliant les plus riches. Ces derniers tirent leur richesse, dans un monde de liberté, de leur contribution au progrès économique. En détruisant leurs incitations à produire et à innover, par exemple par une fiscalité redistributive, on réduit le progrès économique, ce qui nuit à tout le monde.

Alors que les Gilets jaunes célèbrent leur premier anniversaire, la perception des inégalités semble être fondamentale pour comprendre les mouvements politiques dans toute l'Europe et aux Etats-Unis. Comment, dans un moment d'hypersensibilité à ces questions, peut-on proposer des réformes défendant l'inégalité économique ?

L’accroissement de l’interventionnisme étatique conduit les individus à penser que leur sort dépend plus des décisions étatiques que de leurs propres initiatives. Il y a donc ainsi des revendications croissante pour obtenir des privilèges étatiques et il en résulte un cercle vicieux entre l’importance des organisations publiques, la pensée dominante et les revendications politiques. Dans ce monde politisé on peut toujours trouver des majorités pour spolier des minorités, ce qui est bien le cas en France. Ce qu’il faudrait souhaiter c’est que des politiciens, sensibles au véritable bien-être des populations, animés par une vraie morale libérale et capables de dépasser l’horizon à court terme des élections, aient la conviction et le courage d’adopter les politiques nécessaires pour sortir de ce cercle vicieux.

Ajoutons enfin qu’au lieu de parler d’inégalités, il conviendrait de parler de diversité. Or c’est la diversité des compétences et des objectifs de tous les individus qui permet, grâce aux gains dus à l’échange, l’amélioration du niveau de vie de tous. Si des parents distribuent des ressources différentes à chacun de leurs enfants, il y a effectivement des inégalités. Mais quand on parle des inégalités dans un pays on suppose implicitement que toutes les ressources appartiennent à l’État et que c’est lui qui les répartit, ce qui est évidemment faux. Au demeurant, en accaparant de manière inégale des ressources produites par autrui et en les redistribuant aussi de manière inégale, l’État est à l’origine d’inégalités injustes.

Le dernier livre de Pascal Salin, "Le vrai Libéralisme: droite et gauche unies dans l'erreur", est publié chez Odile Jacob. 

Lien vers la boutique Amazon : ICI

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hoche38
- 18/11/2019 - 11:19
Enterrement?
Si l'avenir du libéralisme en France se situe entre Xavier Bertrand à Guillaume Peltier, alors son avenir politique est assuré... pour au moins mille ans!
ajm
- 17/11/2019 - 15:44
Décalage depuis la guerre.
Pour beaucoup de Français, nourris par le communisme syndical et médiatique mis en place après la deuxième GM, les sociaux-démocrates suédois, allemands ou danois sont des ultra libéraux. Macron, petit inspecteur des finances surdoué en politique, avec son étatisme hyper centralisateur dans tous les domaines ( SC, retraite, impôt locaux, santé Assedic....) est pourtant perçu par beaucoup comme un diable, incarnation des puissances infernales et maléfiques du grand capital , de Wall Street, de la finance qu'on n'ose plus ( mais on le sous- entend) nommer " juive" etc...
zelectron
- 17/11/2019 - 12:43
il ne faut pas y aller par 4 chemins
virer 1 à 2 millions de fonctionnaire voire 3 serait la première décision correcte pour réduire drastiquement les dépenses (inutiles) de l'état ! Les hauts cadres perdront un peu de pouvoir, la belle affaire.