En direct
Best of
Best of du 27 juin au 3 juillet
En direct
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Ophélie Winter médite à la Réunion; Brigitte Macron se promène lugubre en baskets, Edith Philippe souriante en tongs, Catherine Deneuve cheveux au vent et souliers vernis; Melania Trump abuse de l’auto-bronzant; Benjamin Biolay a une fille cachée

02.

Sauver la planète ? Le faux-nez de ces "écologistes" qui détestent l'Homme. Et la liberté

03.

Jean Castex, une menace bien plus grande pour LR qu’Edouard Philippe ?

04.

Consommation de drogue : ces effets secondaires jamais vus auparavant provoqués par la crise du Coronavirus

05.

Non, Mélenchon n'en veut pas qu'aux Juifs : il ne supporte pas non plus les "blonds aux yeux bleus" !

06.

Nouvel espoir dans le traitement du cancer : un nouveau traitement stoppe le développement des tumeurs

07.

Villes vertes : mais que se passe-t-il dans la tête de ces cadres qui votent contre leurs propres modes de vie ?

01.

Les Vikings nous ont envahis et colonisés au IXe siècle ! Nous exigeons donc que le Danemark, la Norvège, la Suède et l’Islande se repentent

02.

Sauver la planète ? Le faux-nez de ces "écologistes" qui détestent l'Homme. Et la liberté

03.

Pas de démocratie sans droit à offenser : ce capitalisme qui prend le risque de précipiter la guerre civile à trop vouloir montrer patte progressiste

04.

L'éolien peut-il être une alternative verte crédible au nucléaire ?

05.

Cet espoir dans la lutte contre la Covid-19 qui se cache dans des études soviétiques vieilles de plusieurs décennies

06.

Pire que le coup d’Etat permanent, la campagne électorale permanente ? Emmanuel Macron, le président cynique

01.

Municipales : mais que cache donc l’étonnante schizophrénie des Français entre élections locales et nationales ?

02.

Arsène Lupin était noir ! La preuve : il va être joué par Omar Sy

03.

Le parti EELV va alerter le CSA après les propos d'Eric Zemmour sur CNEWS dans "Face à l'Info" sur la vague verte et l'islam

04.

Affaire Fillon : François Fillon est condamné à 5 ans de prison, dont 3 avec sursis, et Penelope Fillon à 3 ans de prison avec sursis

05.

L’Oréal a décidé de supprimer les mots "clair" et "blancheur" de ses produits cosmétiques !

06.

Nouvelle explosion des cas de Coronavirus : mais que se passe-t-il aux Etats-Unis ?

ça vient d'être publié
décryptage > Politique
Choix stratégique

Le juppéisme, cette obsession gestionnaire des élites françaises tuée par Emmanuel Macron

il y a 1 heure 55 min
décryptage > Politique
Campagne électorale

Donald Trump pourra-t-il survivre à la perte de l’électorat blanc qui l’avait pourtant soutenu jusque là contre vents et marées ?

il y a 2 heures 55 min
rendez-vous > Media
Revue de presse people
Ophélie Winter médite à la Réunion; Brigitte Macron se promène lugubre en baskets, Edith Philippe souriante en tongs, Catherine Deneuve cheveux au vent et souliers vernis; Melania Trump abuse de l’auto-bronzant; Benjamin Biolay a une fille cachée
il y a 3 heures 46 min
décryptage > Culture
Atlanti Culture

"Les records de l'histoire" de Stéphane Bern : récréation idéale pour l'été, pour parcourir l'histoire en s'amusant

il y a 14 heures 5 min
pépite vidéo > Politique
Emotion à Matignon
Retrouvez l'intégralité de la passation de pouvoir entre Edouard Philippe et Jean Castex
il y a 17 heures 15 min
pépites > Justice
Plaintes
Covid-19 : une enquête judiciaire va être ouverte contre Edouard Philippe, Agnès Buzyn et Olivier Véran
il y a 18 heures 17 min
décryptage > Politique
Nouveau chemin cherche destination

Jean Castex Premier ministre : une nomination très habile... Mais l’habileté peut-elle suffire ?

il y a 20 heures 31 min
décryptage > Environnement
"Vague verte"

Tous écolos… ou soumis à lavage de cerveau intensif ?

il y a 23 heures 3 min
pépites > Politique
"Monsieur déconfinement"
Remaniement : Jean Castex est le nouveau Premier ministre et remplace Edouard Philippe à Matignon
il y a 1 jour 5 min
décryptage > Société
Addicts

Consommation de drogue : ces effets secondaires jamais vus auparavant provoqués par la crise du Coronavirus

il y a 1 jour 1 heure
décryptage > Politique
Suite de "Passions"

Exclu Atlantico : Nicolas Sarkozy devrait publier le tome 2 de ses mémoires dès ce mois de juillet

il y a 2 heures 24 min
décryptage > Economie
Atlantico Business

Tesla à 200 milliards de dollars, c’est le casse du siècle digital ou la promesse du monde d’après...

il y a 3 heures 28 min
décryptage > Politique
Premier ministre

Jean Castex, une menace bien plus grande pour LR qu’Edouard Philippe ?

il y a 4 heures 4 min
décryptage > Culture
Atlanti Culture

"La sentence" de John Grisham : un thriller qui maintient sous pression

il y a 14 heures 20 min
pépites > Politique
Equipe renforcée
Mairie de Paris : Anne Hidalgo décide de s’entourer d’une équipe de 37 adjoints
il y a 17 heures 42 min
pépites > Politique
Premier ministre
Jean Castex "mesure l'immensité de la tâche" qui l'attend à Matignon
il y a 19 heures 39 min
rendez-vous > Consommation
Atlantic-tac
Quand la lumière anime les heures et quand le bleu se veut marine : c’est l’actualité estivale des montres
il y a 21 heures 50 min
décryptage > Science
Sondage

93% des Français gardent leur confiance pour les scientifiques après le Coronavirus

il y a 23 heures 43 min
décryptage > Environnement
Macron veut un référendum sur le climat

La question sera sans doute : "Voulez-vous qu’on mette les villes à la campagne car l’air y est plus pur ?"

il y a 1 jour 1 heure
décryptage > Société
épanouissement

Une nouvelle étude montre que si, l'argent fait bien le bonheur...(et de plus en plus)

il y a 1 jour 1 heure
© Reuters
© Reuters
SOS

SOS régalien à la dérive : comment l’Etat a abandonné maires, professeurs, médecins et autres « soldats » publics sur le front des fractures françaises

Publié le 10 août 2019
D'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, cette année plus de 350 maires ou maires-adjoints ont été victimes d'atteintes volontaires à leur intégrité physique : le dernier en date est le maire de Signes, Jean-Mathieu Michel. Les violences commises contre les professeurs et les policiers ont également fortement augmenté ces derniers mois.
Edouard Husson
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
Voir la bio
Maxime Tandonnet
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Maxime Tandonnet est historien, auteur de nombreux ouvrages dont Histoire des présidents de la République (2013) et André Tardieu, l'incompris (2019) aux éditions Perrin.
Voir la bio
Yves Michaud
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
D'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, cette année plus de 350 maires ou maires-adjoints ont été victimes d'atteintes volontaires à leur intégrité physique : le dernier en date est le maire de Signes, Jean-Mathieu Michel. Les violences commises contre les professeurs et les policiers ont également fortement augmenté ces derniers mois.

Atlantico : Pris en étaux entre l’État qui les abandonne et leur impose de lourdes contraintes et une partie de la population qui semble les haïr, les représentants de l’État sont de plus en plus malmenés ces derniers temps. Quels sont les mécanismes d'abandon qui expliquent la fracture entre l’État et ses représentants publics ?

Edouard Husson : Un peuple est une réalité socio-politique. Il n’y a pas d’Etat sans société dont il est l’émanation. C’est ce que notre pays a beaucoup de mal à accepter depuis la Révolution française. La formule de Maurras, « politique d’abord » montre bien comment c’est tout le spectre politique, des monarchistes aux jacobins, qui s’est épris du mythe de l’Etat tout puissant, pouvant tout, capable de tout résoudre. Or l’Etat n’est fort que de la force de la société qu’il contribue à structurer et qu’il a pour mission de défendre des désordres intérieurs et des menaces extérieures. Jamais nous n’avons eu un Etat aussi obèse et impuissant à la fois. 57% du PIB français passe entre les mains de l’Etat. Les régions ont reproduit l’inflation de la fonction publique déjà pratiquée au niveau central. Et pourtant, jamais notre Etat n’a semblé plus impuissant à remplir ses missions fondamentales: sécurité, défense, éducation, santé, administration territoriale. Ceci vient en partie de la dérive étatiste qui nous caractérise depuis les années 1970. Cela vient aussi de ce paradoxe: quand les représentants de l’Etat ne croient plus dans les missions qui sont les leurs, on a affaire à un Etat tyrannique qui enjoint à la société de le détester. La police est à la fois brutale et cible de violences, qu’il s’agisse des banlieues ou des Gilets Jaunes; les instituteurs et les professeurs du secondaire ont souvent accompagné l’idéologie gauchisante de programmes scolaires où il est devenu détestable que la France soit connue et aimée. D’une manière générale, c’est la combinaison du vichysme non surmonté - le fameux « En 1940 j’ai cru voir la France mourir » de François Mitterrand et l’individualisme absolu de 1968 qui se sont prêté main forte pour défaire le sentiment national. Comme on est dans la France d’après 1789, tout est passé par la conquête du pouvoir d’Etat, une longue marche à travers les institutions  des maoïstes, une révolution permanente des trotskistes, un coup d’Etat permanent des européistes: telle est l’origine de la lente décomposition du tissu national auquel nous assistons. 350 maires ou maires adjoints victimes de violence en 2019! 1 commune sur 100 touchées. Ce n’est pas rien ! 

Maxime Tandonnet : Le phénomène se rattache à l’anomie qui caractérise la société moderne. La perte des repères moraux, des valeurs de respect se traduit par une montée de la violence au quotidien. Le rapport d’autorité est bafoué. On assiste à une inversion des valeurs : dans une société d’extrême individualisme, ou chacun est son propre roi, celui qui incarne l’autorité n’a pas vocation à être écouté et respecté mais au contraire, à servir de défouloir ou de bouc émissaire à toutes les frustrations du corps social. L’Etat, ou plutôt le politique, est dépassé par rapport à cette situation. Que faire alors que les catégories chargées de faire respecter la loi ont-elles mêmes perdu le contrôle des événements ? En outre ce climat d’hostilité et de violence envers tout ce qui incarne l’autorité n’intéresse pas les médias à l’exception des drames comme le décès d’un maire. Qui parle des agressions quotidiennes contre les professeurs, les policiers, les maires ? Dès lors que ce sujet est ignoré par l’actualité, il ne représente pas un enjeu politique ou électoral et il est laissé au second plan. 

Yves Michaud : Je vois deux raisons à cette situation.

De manière générale, il s’est produit une fantastique dérive de l’État de droit qui s’est hypertrophié. Nous avons  multiplié les droits catégoriels au nom des « droits de l’homme » en ne voulant pas nous rendre compte qu’en réalité, c’était les droits du citoyen qui en feraient les frais. L’État de droit, dans sa complexité galopante, est fait soit pour les très riches qui ont les moyens de multiplier les procédures coûteuses avec leurs avocats, soit pour les racailles dont les méfaits à répétition saturent le système et qui bénéficient de toutes les circonstances atténuantes de la création. Voyez l’affaire de Signes ! Voyez comment on essaie maintenant de nous faire pleurer sur deux malheureux innocents qui ne pouvaient pas voir qu’ils écrasaient quelqu’un ! Voyez comment les délits fiscaux du baron Seillières et de ses acolytes, datant de 2007, ne sont toujours pas venus à procès !

La seconde raison est plus concrète : les petits délits, y compris quand ils ont des conséquences dramatiques, échappent aux sanctions ou sont traités avec une mansuétude effarante. D’abord il faut arriver à prouver le délit et il est quasiment impossible de prouver quoi que ce soit au-delà de tout doute possible, y compris le plus évident. Vous vous mettez en infraction, vous voulez fuir, vous écrasez un responsable public : qui prouvera que vous l’avez fait volontairement ? Ensuite, il y a tellement de délits que la justice est au bord de la paralysie aussi bien pour juger que pour faire exécuter les peines. Et pour couronner le tout, il y a la dégoulinade de « bienveillance » sur la politique comme sur la justice et l’enseignement. Même les pires assassins sont bons et gentils et rien n’est de leur faute.

Alors que ceux qui sont sur le terrain se débrouillent ! Et en plus qu’ils respectent à la lettre toutes les règles ! Sinon gare à eux ! Les profs ne doivent pas faire de vagues, les policiers pas de bavures et les maires se contenter de donner des vins d’honneur.

L'abandon par l’État de certaines catégories sociales et économiques est allé de pair avec la chute de popularité de ces mêmes catégories dans la population. A quand remonte cette fracture entre l'autorité gouvernementale et ses représentants dans l'ordre public ? Par quels événements et facteurs politiques a-t-elle été entretenue ?

Edouard Husson : Les fonctionnaires, à part la frange supérieure des grands commis de l’Etat, sont mal rémunérés. Mais ils ont un emploi stable. On a donc eu affaire à un ressentiment multiple, dans un pays caractérisé par la montée du chômage, l’absence d’assimilation des étrangers et la montée des inégalités sociales. Policiers, professeurs, médecins, infirmiers, souffrent, mais s’en ouvrent rarement, du décalage entre leur rémunération, le temps de travail qui est effectivement le leur et leur pouvoir d’achat. Il y a cinquante ans, un professeur d’université français gagnait autant qu’un professeur d’université allemand.  Et puis est venue la forte dévaluation du franc par rapport au mark. Au moment du passage à l’euro, en 1999, le rapport du franc au mark est de un à trois. Et le différentiel de salaire entre les académiques des deux pays, malgré un effort de revalorisation en France est de un à deux. Ce n’est pas rien ! Et rien n’a changé depuis vingt ans. L’exemple de la police, aussi, est intéressant: Nicolas Sarkozy s’est fait élire, en 2007, sur un programme de renforcement de la sécurité et donc des forces de l’ordre. Mais les moyens n’ont pas suivi: et pour cause, il fallait rester dans le strict respect des critères de Maastricht. Une partie du malaise actuel, qui se traduit par des suicides, entre autres symptômes, est lié à la fois au surmenage et au sentiment d’un manque de reconnaissance réelle de la police par les gouvernements qui se succèdent. Prenons les forces armées: d’un côté, le Général de Villiers s’est fait traiter comme un moins que rien par président qui n’a jamais fait son service militaire; mais, de l’autre son successeur, le Général Lecointre, s’est plaint récemment de ce que des officiers généraux en deuxième section (ayant quitté le service actif mais susceptibles d’être rappelés en cas de conflit) utilisaient pleinement la possibilité d’engagement électif au niveau communal qui leur est désormais reconnue. On est en plein dans l’injonction paradoxale qui caractérise aujourd’hui les relations entre l’Etat et la société. 

Maxime Tandonnet : Cette chute de popularité est discutable : les maires, les policiers, les enseignants, les médecins sont plutôt populaires globalement dans l’opinion. Mais le problème, c’est la société d’enfants gâtés qui ne supportent pas les contraintes. Dans l’absolu, tout le monde demande de l’autorité pour les autres mais ne l’accepte pas pour soi-même. La cassure remonte aux années 1960 et plus spécifiquement au fameux slogan, « il est interdit d’interdire », de mai 1968. C’était le début d’un processus et les choses se sont dégradées par la suite. Dès lors qu’aucune autorité n’est légitime, ceux qui l’incarnent deviennent eux-mêmes illégitimes. D’où l’intolérance, le chaos et la violence qui se répandent notamment envers ces catégories. Par la suite, aucun gouvernement n’a jamais vraiment fait le choix de placer ces questions au centre de ses priorités. Le renoncement s’explique par la démagogie, aller dans le sens du vent, ne pas paraître répressif. Il est plus valorisant, par exemple, en termes de démagogie, de réduire la durée du travail que de combattre la violence envers les policiers ou les professeurs. Sarkozy, pendant son quinquennat, est le seul à avoir voulu relever ce défi en affichant la sécurité comme une priorité politique absolue. L’expérience montre comme ce fut difficile, compte tenu de l’hostilité des médias et corps intermédiaires…

Yves Michaud : L’abandon par l’État ? La situation, c’est « délire réglementaire + mépris du terrain ». C’est vrai dans l’Éducation nationale où on a pondu des milliers de décrets, circulaires, règlements en laissant les professeurs et chefs d’établissement se débrouiller. Idem pour la police de terrain : on a abandonné des quartiers entiers à la délinquance et aux trafics. Ici aussi, omertà. De même encore pour les hôpitaux : entre la disparition des médecins généralistes et la recherche de médecine gratuite les services d’urgence sont devenus des jungles. Le gros problème français est que chacun veut bien faire le chef dans son bureau mais personne ne veut se retrousser les manches. La fonction publique, c’est « puisque j’ai décidé, c’est fait ». Cela va du Président de la République au plus petit chef de bureau. Travailler à la base, être sur le terrain, c’est faire le sale boulot. La République est paralysée par sa bureaucratie. Entre parenthèses, le problème de l’État en France, ce ne sont ni les déficits ni même le nombre abracadabrant de fonctionnaires mais la productivité nulle de cet appareil. Avec tout cet argent et tous ces gens, on devrait faire tellement mieux ! On dira que je radote mais, tant pis !, j’incrimine une fois de plus l’ENA qui a phagocyté l’État. Un énarque, c’est un type qui est capable d’une seule chose : répondre cérémonieusement à votre demande en vous conseillant de « prendre l’attache » d’un autre quidam… Ayant été à ma manière haut fonctionnaire un temps, j’ai vu des choses ahurissantes. Et je me souviens aussi de la devise du mathématicien Georges Poitou inventeur de la Faculté d’Orsay : « vite fait, mal fait – sinon jamais fait ».

Si une partie de la population s'en est directement prise aux représentants de l’État ces derniers mois pour adresser ses reproches au gouvernement, refonder une relation équilibrée entre l’État et la fonction publique n'est-il pas nécessaire pour reforger le lien social entre le gouvernement et la population ?

Edouard Husson : En fait, chaque cas est particulier, car il correspond à une situation sociale différente. Vous ne citez pas les juges: ils sont proprement détestés par toute une partie de la population par une assimilation (abusive mais entretenue par les intéressés eux-mêmes) entre leur profession et le syndicat de la magistrature. La décomposition du tissu national a conduit à ce que bien des juges, politisés ou non, soient aujourd’hui en roue libre, ne se préoccupant plus de faire respecter la séparation des pouvoirs mais affichant carrément une forme d’indépendance institutionnelle. D’une manière générale, c’est l’éclatement qui l’emporte. Pour reprendre l’expression de Jérôme Fourquet, nous avons affaire à un « archipel français ». Pour que notre pays retrouve le sens du respect envers sa fonction publique, il faudra que le fait de servir l’Etat retrouve son sens. Il faudra que l’amour de la patrie revienne au coeur du débat public. C’est peu probable que cela se passe durant le présent quinquennat: notre président, qui a expliqué qu’il n’y avait pas de culture française, durant sa campagne électorale, lorsqu’il veut faire « peuple », va manger....une pizza. Plus sérieusement, il est allé jusqu’à mettre en cause le sens de l’action des hauts fonctionnaires en annonçant son intention de supprimer l’ENA. Non seulement, la boussole est cassée mais il s’agit de l’écrabouiller définitivement en sautant dessus à pieds joints ! C’est comme un appel direct du président à mépriser ceux qui font encore fonctionner, tant bien que mal, les commandes de la machinerie d’Etat. Certains diront que ce n’est pas nouveau. François Mitterrand, par exemple, a largement cassé le prestige de notre corps diplomatique en nommant massivement des non-diplomates sur des postes d’ambassadeur. Mais nous sommes au bout d’un processus. Le grand défi va être celui de l’émergence d’une nouvelle élite politique capable de canaliser les soulèvements type « Gilets Jaunes », en même temps que de rendre un sens à l’action des fonctionnaires et des notables de la République. 

Maxime Tandonnet : Oui, sûrement. Il faut un gouvernement qui inspire la confiance auprès des catégories les plus touchées par ces phénomènes. Les policiers, gendarmes, professeurs, les élus locaux confrontés à la violence ont besoin de se sentir soutenus, défendus, protégés par le pouvoir politique. Déjà au niveau du discours, c’est très important sur le plan psychologique. Mais aussi les actes sachant que la répression de la violence verbale et physique contre ces catégories devrait être la plus sévèrement réprimée. Depuis 2012, la sécurité des personnes n’est plus au centre du discours et de l’action politique. C’est une énorme erreur car le rôle de l’Etat est avant tout de protéger les hommes et les femmes les plus exposés à la violence et tout particulièrement ceux dont c’est le métier de le servir. Mais au-delà, le problème est beaucoup plus global, il est d’éducation, de civilisation. Réapprendre les valeurs de respect et d’autorité envers le policier, le professeur... On est à contre-courant de l’évolution d’une société qui penche de plus en plus vers l’individu roi qui ne se reconnaît ni dieu ni maître et vit comme si tout était permis. Il faudrait une prise de conscience des familles, des enseignants et des éducateurs. Qu’est-ce qui pourrait la provoquer ? Peut-être des événements graves, une rupture historique dont nul ne peut vraiment prévoir ou susciter la survenance…

Yves Michaud : A mon sens, une refondation passe par….une réforme draconienne et radicale de l’État. Et d’abord en le décentralisant pour de bon. La régionalisation n’a abouti qu'à une décentralisation bidon et...à la création de nouvelles bureaucraties régionales. Rappelez-vous le livre de Zoé Shepard Dé-bor-dée, ou comment faire trente-cinq heures en un mois !Il faut donner plus de pouvoirs à la base – aux chefs d’établissement, aux polices municipales, aux services hospitaliers. En n’oubliant jamais que plus de pouvoir en local implique nécessairement qu’il y ait aussi des défenseurs des droits pour protéger contre les « petits chefs » - et non pas les échelons hiérarchiques qui servent de parapluie ou les juridictions administratives qui sont une autre manière de confisquer le pouvoir et qui, entre parenthèses, produisent de plus en plus de décisions délirantes. Il faut aussi travailler à reconstruire la loyauté et le respect civique. C’est ce que j’ai essayé de dire dans Citoyenneté et loyauté, mon livre de 2017. A cet égard, le service civique, s’il était autre chose qu’un gadget, pourrait jouer un rôle très positif. Le défi principal aujourd’hui n’est pas le populisme mais la confrontation d’élites de pouvoir incestueuses et méprisantes et de citoyens qui n’y croient plus.
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Commentaires (18)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Marc de Basquiat
- 12/08/2019 - 13:05
En démocratie, c'est le peuple qui doit faire le boulot !
Tout ce qui est décrit par nos trois auteurs sonne tellement juste !
Il manque une seule chose : l'identification de la cause première de cette situation : le citoyen a déserté la démocratie. Notre pays n'a plus de souverain qui puisse baffer quelques types qui se croient de droit divin parce qu'ils ont un bureau dans un ministère.
Pour ceux qui veulent contribuer au boulot sur les politiques publiques, je propose de réfléchir sur l'avenir de l'Etat-providence au 21e siècle : http://revenudexistence.org/event/colloque2019-09-16.php
Benvoyons
- 11/08/2019 - 10:23
Mais enfin le libre arbitre existe en France ou alors les
Français ne sont jamais responsables individuellement :)::)
Si tu éduques mal tes enfants cela ne provient que de ta propre responsabilité pas de celle des autres ni de l’État.
Car en effet ton libre arbitre te permet d'éduquer (sans frapper sans aucune violence )tes enfants & donc d'assumer se fait.
Redistribuer le mal fait sur d'autres qui en effet peuvent faire des erreurs & que toi dans ta maison en ayant laissé faire tes enfants n'importe quoi voir même rigolé avec eux des conneries qu'ils allaient faire & ont fait, puis toi parent se précipitant dans sa lâcheté, pense protéger (en fait détruit son enfant) en accusant les autres de tous les maux. Me fait bien rigoler.
Il faut interdire dans le Larousse le Verbe qui est devenu un maux pour la majorité des Français ASSUMER
Loupdessteppes
- 11/08/2019 - 10:11
Cet SOS est le reflet de la société
Les élus s'aperçoivent enfin que la société a été laissée à l'abandon par les politicards dont ils font partie ? Tant mieux ! Car leurs peurs ne sont que le reflet d'une société qu'ils ont abandonné depuis des lustres, au profit de leur propre confort et de leur propre sécurité. Il est grand temps qu'ils sortent de leur égoisme et qu'ils agissent enfin pour ceux pour lesquels ils sont censés être grassement rémunérés.