En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Noyau Dur

Gilets jaunes : dernières braises ou retour d’incendie ?

Publié le 15 juillet 2019
En dépit d'une baisse du soutien du mouvement, un noyau dur de Gilets jaunes s'est manifesté lors des célébrations du 14 juillet. Une manière de rappeler que la contestation n'est pas éteinte et n'est pas nécessairement vouée à la disparition.
Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vincent Tournier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
En dépit d'une baisse du soutien du mouvement, un noyau dur de Gilets jaunes s'est manifesté lors des célébrations du 14 juillet. Une manière de rappeler que la contestation n'est pas éteinte et n'est pas nécessairement vouée à la disparition.

Atlantico : Alors que lors des élections européennes, les listes Gilets jaunes n'ont recueilli qu'1% des suffrages et que la tournure violente de certaines de leurs manifestations - ce dimanche 14 juillet 175 Gilets jaunes dont plusieurs de leurs leaders ont été arrêtés- les discrédite auprès de la population française, à quoi pourrait mener une résurgence du mouvement ? 

Vincent Tournier : Ce qui est assez remarquable, c’est la propension du système politico-médiatique à tourner la page : on est à peine en juillet, et déjà on a l’impression que le mouvement des gilets jaunes a eu lieu au siècle dernier. La piqure de rappel de ce dimanche 14 juillet nous indique pourtant que les problèmes sont toujours là. Le mouvement s’est éteint à petit feu, en raison de quelques concessions du gouvernement et surtout d’une bonne dose de répression, mais les causes qui l’ont fait naître n’ont pas disparu. Les problèmes de fond sont d’avoir été réglés. En fait, le pouvoir n’a même pas envisagé de faire un bilan de cette crise : cela mériterait pourtant une réflexion approfondie, pourquoi pas une commission d’enquête parlementaire. 

En ce qui concerne les élections européennes, le problème est que celles-ci n’ont pas joué leur rôle de régulateur. Normalement, en cas de crise, les élections servent justement à sortir d’un conflit. Or, ce scrutin n’était pas du tout calibré pour jouer une telle fonction puisque non seulement la crise est de nature nationale, alors que le scrutin est européen, mais de surcroît le système des partis actuel n’est pas du tout configuré pour intégrer une telle crise, qui est manifestement d’un nouveau type. Donc, tout le paradoxe actuel est là : des élections se sont tenues de façon à peu près normales, mais les tensions sont aussi vives qu’avant. 

 

Une telle résurgence est-elle envisageable ? 

C’est une option qui paraît assez probable, sauf si les gens sont totalement dépités. Il faut dire quand même que le gouvernement n’a pas lésiné sur la force pour faire rentrer les récalcitrants dans le rang. Donc, pour l’heure, on peut dire que l’ordre règne sur les ronds-points. Mais la situation est instable. On pourrait faire une comparaison avec la création d’un explosif : les ingrédients ont été réunis et il ne manque pas grand-chose pour que tout s’emballe. C’est un peu comme l’origine de la vie sur terre : on a un bouillon de culture et le moindre éclair peut enclencher une réaction. Qui sait si les historiens de demain ne désigneront pas la période qui va de novembre 2018 à mai 2019 comme l’acte I des Gilets jaunes ? On attend la saison 2. Elle ne viendra peut-être jamais, mais ce ne sera pas faute de combattants. 

 

Si les Gilets jaunes ont annoncé qu'ils comptaient manifester au moins jusqu'au mois de novembre prochain, leurs manifestations réunissent de moins en moins de monde. Alors qu'ils n'étaient que quelques centaines à Paris ce samedi peuvent-ils encore espérer impacter les décisions politiques ? Ne sont-ils pas, en quelque sorte, devenus inaudibles ?

Ce n’est pas nouveau : le mouvement est inaudible depuis le début. Cela tient au fait qu’il s’agit d’un mouvement qui émane pour l’essentiel des vaincus de la globalisation. Donc, par définition, il a très peu de relais et de soutiens parmi les élites. C’est donc un mouvement aphone sur le plan politique. Cela ne veut pas dire que les manifestants sont idiots ou incompétents, mais simplement qu’ils manquent de théoriciens ou d’idéologues pour conceptualiser et verbaliser leur colère et leurs problèmes. Pour bien mesurer cette difficulté, il suffit de faire une comparaison avec les mouvements sociaux qui sont, eux, portés et soutenus par des élites, comme les mouvements féministes ou les mouvements issus des minorités ethno-religieuses : ces mouvements regorgent d’intellectuels, d’universitaires, de militants aguerris, capables de se répandre sur les plateaux de télévision pour expliquer les tenants et aboutissants de leurs revendications. Ils ont leurs revues, leurs ouvrages, leurs réseaux, bref tout ce qu’il faut pour donner du contenu à leur cause. Il n’y a aucun équivalent chez les gilets jaunes, et on ne voit pas comment cette situation pourrait changer à terme : quelle pourrait être la fraction de la classe dominante qui aurait intérêt à basculer du côté des gilets jaunes ? C’est là l’une des limites majeures de ce mouvement. 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

02.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

03.

Hong Kong : ces nouvelles formes de censure très efficaces pour empêcher les mouvements sociaux

04.

Miley Cyrus s’éclate avec une ex Kardashian, Claire Chazal se souvient de quand elle s’éclatait avec (un de) ses ex; Énième réconciliation pour Jamel & Melissa, 1ère grossesse pour Louane; Anouchka Delon pacifie sa famille, Brigitte Macron choie la sienne

05.

Après l’annonce de la mort d’Hamza Ben Laden, de hauts responsables d’Al-Qaida réapparaissent

06.

Classement Bloomberg des familles les plus fortunées : pourquoi les dynasties règnent plus que jamais sur le capitalisme mondial

07.

Balance ton port : les Marseillais veulent-ils couler leurs gros bateaux ?

01.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

02.

Pour comprendre l’après Carlos Ghosn, l’affaire qui a terrassé l’année 2019 dans le monde des entreprises

03.

La saga du Club Med : comment le Club Med résiste à la crise chinoise

04.

Peugeot-Citroën : le lion résiste aux mutations mondiales

05.

Comment se fait-il qu'un pays aussi beau que la Pologne ait un gouvernement de m... ?

06.

Affaire Jeffrey Epstein : cette épidémie de suicides dans les prisons françaises qu'il serait également bon d'interroger

01.

"Une part d'Afrique en elle" : petit voyage dans les méandres de la conception macronienne de la nation

02.

M. Blanquer, pourquoi cachez-vous à nos enfants que les philosophes des Lumières étaient de sombres racistes ?

03.

« La France a une part d’Afrique en elle » a dit Macron. Non, Monsieur le Président, la France est la France, et c'est tout !

04.

Réorganisation de la droite : cette impasse idéologique et politique qui consiste à s'appuyer uniquement sur les élus locaux

05.

Quand le moisi (Jean-Michel Ribes) s'en prend à la pourriture (Matteo Salvini)

06.

Italie : quelles leçons pour la droite française ?

Commentaires (13)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Ganesha
- 16/07/2019 - 13:36
Étincelle
La caractéristique principale du mouvement des Gilets Jaunes, c'est que le nombre des manifestants le samedi dans les rues a rapidement baissé.
Mais, ils témoignent de la frustration et de l'exaspération d'une large majorité de la population française.

Les livres d'histoire nous racontent de nombreux exemples de peuples qui se sont parfois laissés opprimer pendant de longues périodes... puis, un jour, une gigantesque révolution explose, à la suite d'un minuscule événement, tout â fait banal.

L'attitude de Macron est tellement provocante que l'étincelle ne devrait plus beaucoup tarder !
Fazende
- 16/07/2019 - 08:25
@Ganesha
Restez ainsi,@Ganesha, en recherche de sagesse, de compréhension du monde et gardons nos coups de pied lorsque "trop c'est trop"!
Parfois, il est bon de poser nos colères et de chercher la compréhension de la "France en lambeaux" tandis que les "autres d'Occident" consolident leur histoire, pardonnent, renouvèlent-sans-renoncer à leurs biens précieux..Le Peuple ainsi s'y retrouve !
alam
- 15/07/2019 - 22:28
Marre, plus que marre des gilets jaunes
La majorité des français ne sont pas des gilets jaunes. Il faut mettre un terme à l' expression violente accompagnant ce mouvement. Pas assez de répression.