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Comment la Silicon Valley compte repousser par le transhumanisme les limites de la mort

Publié le 14 juillet 2019
Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz publient "Tout est accompli" aux éditions Grasset. Dans quelle époque vivons-nous ? Tout indique que nous entrons dans l’âge de la fin. Le livre surmonte le nihilisme de notre temps. Les auteurs dégagent les forces à l’œuvre dans l’Histoire. Extrait 2/2.
Yannick Haenel est notamment l’auteur de Jan Karski (Gallimard, 2009) pour lequel il a reçu le prix Interallié, et de Tiens ferme ta couronne (Gallimard, 2017) récompensé par le prix Médicis.
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François Meyronnis a publié entre autres écrits L’Axe du Néant (Gallimard, 2003) et Tout autre – une confession (Gallimard, 2012).
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Valentin Retz a fait paraître Grand Art (Gallimard, 2008) et Noir parfait (Gallimard, 2015). Il collabore à la revue littéraire Ligne de risque, aux côtés de Yannick Haenel et François Meyronnis.
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Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz publient "Tout est accompli" aux éditions Grasset. Dans quelle époque vivons-nous ? Tout indique que nous entrons dans l’âge de la fin. Le livre surmonte le nihilisme de notre temps. Les auteurs dégagent les forces à l’œuvre dans l’Histoire. Extrait 2/2.

Les romans de Michel Houellebecq ne sont pas seulement des extrapolations littéraires produites par un individu isolé. Ils annoncent ce qui vient vers nous. Un autre auteur, Yuval Noah Harari, a entrepris en 2015 de livrer au public « une brève histoire de l’avenir », dont les contours recoupent assez largement les prophéties de l’écrivain français. Là aussi, on a assisté à un triomphe commercial, sur fond d’aveuglement et de somnambulisme. Son essai, Homo deus, se présente comme un chant du cygne à l’aube du IIIe millénaire. Ce dont on prévient les êtres parlants, c’est que l’histoire humaine touche à sa fin, et que le règne d’Homo sapiens se traduira par un retournement fatal dont l’Intelligence Artificielle sera la seule bénéficiaire. Au moment où les êtres humains s’imaginent « acquérir des pouvoirs divins de création et de destruction » ; au moment où ils croient échapper à la misère, à la vieillesse et à la mort, un nouvel ordre du jour les renvoie soudain à leur statut de déchet. 

Harari commence par énoncer une position de principe, reçue comme un dogme à la Silicon Valley : il n’y a de problème que technique, et tout problème a une solution technique. La mort, pour les transhumanistes, n’est déjà plus du ressort des prêtres ; elle appartient désormais au domaine de compétence des ingénieurs. Un homme comme Peter Thiel, cofondateur de PayPal, professe qu’un milliardaire comme lui doit vivre éternellement. Qu’un pauvre meure, rien que de très normal ; mais qu’un riche subisse le même destin, quel scandale ! À partir de là, il affirme qu’on ne doit plus « accepter » la mort, ni d’ailleurs la « dénier », mais la « combattre » avec la dernière énergie. Comme le remarque sentencieusement Harari, Thiel est une personne à « prendre très au sérieux », car il est « à la tête d’une fortune privée estimée à 2,2 milliards de dollars ». 

La firme Google, de son côté, annonce qu’elle prend les choses en main. Elle veut « résoudre le problème de la mort ». À cet effet, le chef de file des transhumanistes, Ray Kurzweil, est nommé directeur de l’ingénierie. Sa mission : réagencer le corps humain pour augmenter notre durée de vie. C’est lui qui mène la guerre contre la mort – selon Harari, le « projet phare » du XXIe siècle. 

Telle est l’entreprise prométhéenne par excellence : celle qui permettra de transformer Homo sapiens en Homo deus. Aussi Harari examine‑t‑il le credo humaniste selon lequel l’univers tourne autour de l’« Homme », source de tout sens et de toute autorité. Mais ce projet n’a de validité que si le petit démiurge parvient à usurper la place de son créateur. Celui‑ci étant défini par la métaphysique comme « éternel », comment la science ne se donnerait‑elle pas comme objectif la poursuite de l’immortalité pour l’être humain ? Comme dit Harari : « Homo sapiens fait tout pour l’oublier, mais c’est un animal. » Or justement c’est cette limite qu’il s’agit de remettre en question. Cet animal, il faut donc le recréer ; ou, du moins, le recalibrer. C’est ainsi qu’on dépassera le vieillissement par la technique, mais ce dépassement expose lui‑même à un danger. En allant jusqu’au bout des idéaux humanistes, on a la surprise de les mettre à bas. Comme le souligne l’auteur d’Homo deus, accomplir le « rêve humaniste est susceptible de provoquer sa désintégration ». 

Harari insiste sur ce point : selon les sciences de la vie, l’humain, comme n’importe quel animal, porcs, poulets ou chimpanzés, se résume à des « algorithmes de traitement biochimique des données ». Au XIXe siècle, on pensait cerveau et psychisme humain sur le modèle de la machine à vapeur. Au XXIe, plus personne ne compare la psyché humaine à une soupape qui libérerait de l’énergie. Le parallèle se fait plus volontiers avec un ordinateur, c’est‑à‑dire avec une machine à calculer. Partant de cet axiome, la thèse centrale de l’essayiste consiste à démontrer que nous sommes à la veille d’une révolution, devant laquelle toutes les autres apparaîtront comme de simples vaguelettes à la surface de l’océan. Puisque « les calculs algorithmiques ne sont pas affectés par les matériaux avec lesquels le calculateur est construit », le remplacement des algorithmes biochimiques par des algorithmes électroniques devient inévitable. Autrement dit, ce que le hasard et la sélection naturelle avaient produit laissera place nette aux fabrications du Dispositif, la biologie de Charles Darwin cédant le pas à la cybernétique de Norbert Wiener. En guise de conclusion, Harari nous assène cette prophétie glaçante : « Il n’y a donc aucune raison de penser que les algorithmes organiques peuvent faire des choses que les algorithmes non organiques ne seront jamais capables de reproduire ou de surpasser. Du moment que les calculs sont valables, qu’importe que les algorithmes se manifestent grâce au carbone ou au silicium ? »

Par une légère modification de notre ADN, les transhumanistes ambitionnent de produire des corps dotés de capacités neurologiques augmentées. De tels corps seraient en prise directe avec les réseaux électroniques. On repousserait donc les limites de la vie organique en recourant à une bio‑ingénierie qui récrirait le code génétique. On la repousserait aussi en fusionnant les corps avec des appareils, tels que des capteurs implantés dans nos cerveaux, susceptibles de contrôler nos futures prothèses bioniques. « Après quatre milliards d’années d’errance dans le royaume des composés organiques – affirme calmement Harari –, la vie fera irruption dans l’immensité du champ inorganique. » Autant dire que le passage au silicium risque d’entraîner une errance exponentielle. Ne s’agit‑il pas, sous le couvert d’une extension de la technique, de conduire l’inerte à émettre des informations, avant de se fabriquer lui‑même, et ainsi de rendre la mort vivante ?

Extrait du livre de Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz, "Tout est accompli", publié aux éditions Grasset.

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