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Diplomatie

Poutine au Vatican : le Pape, combien de divisions aujourd’hui ?

Publié le 06 juillet 2019
Le président russe Vladimir Poutine s'est entretenu, pour la troisième fois, jeudi avec le pape François au Vatican. L'entretien a porté principalement sur la Syrie, l'Ukraine et le Venezuela.
Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire, rédacteur en chef de la revue de géopolitique Conflits.  ...
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Le président russe Vladimir Poutine s'est entretenu, pour la troisième fois, jeudi avec le pape François au Vatican. L'entretien a porté principalement sur la Syrie, l'Ukraine et le Venezuela.

Atlantico :  Qu'est-ce que l'épaisseur de cette entrevue entre Vladimir Poutine et le pape François, ainsi que les rencontres régulières du pape avec des chefs d'État en général, montrent de l'influence de la diplomatie vaticane dans le monde ? 

Jean-Baptiste Noé : Le Saint-Siège est un acteur essentiel des relations internationales et la visite de Vladimir Poutine le démontre une fois de plus. Le président russe a déjà rendu visite à Benoît XVI et François, c’est donc dans la continuité des relations déjà établies. On se souvient aussi de la visite de Mikhaïl Gorbatchev à Jean-Paul II le 1er décembre 1989. Entre l’hostilité des tsars orthodoxes à l’égard du Vatican, puis celle de la Russie soviétique, les bonnes relations établies aujourd'hui entre Moscou et Rome sont une heureuse rupture dans l’histoire des deux pays.

Deux dossiers sont traités de façon prioritaire : l’Ukraine et la Syrie. Sur la Syrie, les deux pays ont des vues concordantes. Les deux se sont opposés aux frappes occidentales, les deux ont compris que renverser Bachar el-Assad c’était assurer la victoire des islamistes.

Le dossier ukrainien est plus sensible, du fait de la présence de l’Église gréco-catholique, qui refuse l’annexion de la Crimée et l’ingérence russe en Ukraine. Une église qui est très mal perçue par les églises orthodoxes, qui lui reprochent d’être resté fidèle à Rome.

D’ailleurs, le pape François a reçu les 5 et 6 juillet au Vatican les responsables de l’Église gréco-catholique d’Ukraine. Une rencontre forte et spirituelle au cours de laquelle le pape a invité les membres de cette église à demeurer fidèles dans l’espérance. 

Le Vatican s'impose comme un passage diplomatique incontournable pour de nombreux chefs d'État de passage en Italie. Comment expliquez-vous que le pape François se soit rendu aussi indispensable ? Est-ce que cela a toujours été le cas dans la diplomatie vaticane ou bien s'est accru avec l'arrivée de François ? 

Il n’y a pas eu de changements notables avec François ; c’est l’héritage de Jean-Paul II. Il se trouve aussi que les chefs d’État voyagent beaucoup plus que par le passé. Il y a encore cinquante ans, la visite d’un chef d’État dans un pays étranger était un élément extraordinaire. Aujourd'hui, c’est banal. Comme ils voyagent beaucoup, ils viennent à Rome et donc ils viennent rendre visite au Pape. Un seul a refusé, c’est Xi Jinping lors de sa venue en Italie en mars 2019. Le Saint-Siège l’a invité à rencontrer le Pape, ce qui aurait été une première, mais il n’a pas voulu. Étant donné qu’il a accru la répression contre les catholiques de Chine, en dépit de l’accord conclu avec le Saint-Siège, il aurait peut-être été ennuyé de se retrouver face à François.   

Quelles lignes défend/attaque le Vatican en termes diplomatiques et de quels pays le Vatican est-il plus proche, moins proche, dans le monde ? Sur quelles bases ?

La diplomatie consiste à parler avec tout le monde, y compris et presque surtout avec les gouvernements avec qui on a le moins d’affinité : le Saint-Siège défend la sécurité des chrétiens dans le monde entier. Il est évident que dans le concert des nations certains pays comptent plus que d’autres. Aujourd'hui, le Saint-Siège a trois dossiers prioritaires : le Moyen-Orient, avec la résolution de la crise syrienne, le Venezuela et les migrants. Pour les résoudre, il associe le dialogue à l’action caritative. Tout ne réussit pas, mais la diplomatie consiste à essayer sans relâche.  

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