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SOS évaporation d’ADN politique : le macronisme a-t-il été liquéfié par la canicule ?

Publié le 30 juin 2019
La canicule pourtant semble avoir eu raison de la tendance des macronistes à vouloir présenter un discours et une ligne politique résistant aux intimidations morales et au registre de l’émotionnel.
Benoît de Valicourt s’inscrit dans la tradition du verbe et de l'image. Il travaille sur le sens des mots et y associe l'image réelle ou virtuelle qui les illustre. Il accompagne les acteurs du monde économique et politique en travaillant leur...
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La canicule pourtant semble avoir eu raison de la tendance des macronistes à vouloir présenter un discours et une ligne politique résistant aux intimidations morales et au registre de l’émotionnel.

Atlantico : Le macronisme se définissait comme un discours et une ligne politique qui résistaient aux intimidations morales et au registre de l’émotionnel. La canicule pourtant, et dans la foulée des européennes, semble avoir eu raison de cette attitude (mesures gadgets, propos irrationnels sur la fin du monde). Avez-vous des exemples qui vont ont frappé ? Comment expliquez-vous cet emballement de la machine macroniste ?

Alexandre De Valicourt : Je crois que la particularité de la machine macroniste est finalement de réagir à tout ce qui pourrait faire une sorte de consensus. C’est-à-dire qu'elle ne réagit pas à ce qui montre les défaillances de notre société; je peux prendre l'exemple du burkini à la piscine de Grenoble où on a pratiquement entendu personne s'exprimer sur ce sujet - qui est pourtant un sujet de société et de clivage entre les communautés françaises. En revanche, quand il s'agit de phénomènes comme le climat ou d'autres, on entend plutôt les membres de LREM s'exprimer à tout bout de champ, dire leur avis sur tout et sur rien. Finalement, un petit peu comme le fait une chaîne d'information. Il faut dire que le système macroniste fonctionne sur deux versants; d'un côté, le chef, Emmanuel Macron, qui explique de ne pas céder à la logique de l'émotion et de l'immédiateté; et en même temps, de l'autre côté, ses sbires se rangent du côté de cette réaction en continuant à communiquer sur tout et sur rien. On est dans cette même façon de traiter les sujets, comme c'était le cas avec les gilets jaunes –bien que je ne mets évidemment pas sur le même plan ce mouvement social et la canicule. Cette façon de fonctionner est d'ailleurs souvent disproportionnée. Disproportionnée avec les Gilets jaunes, en communiquant à tout bout de champ sans pour autant ne proposer d'autres réponses que d'envoyer les forces de l'ordre dans les manifestants. Aujourd'hui, elle est encore disproportionnée avec un phénomène climatique qui n'a rien de nouveau en France et qu'on sait depuis dix ans qu'il s'intensifiera. Rien de nouveau sous le soleil.

A ceci s'ajoute une communication qui ne souffre pas d'être contredite dans son propre camp. On l'a vu avec la récente exclusion d'Agnès Thill de LREM pour avoir dit qu'elle s'opposait à la PMA. Cela montre bien que les députés LREM ne sont là aujourd'hui que pour assurer une sorte de service-après-vente d'une politique ou non-politique gouvernementale.

Alexis Massard : Déjà, il faut prendre en compte plusieurs éléments pour expliquer cet emballement, à savoir le mouvement des gilets jaunes -qui a fait bouger les lignes en termes de mobilisation de la population-, une chute de popularité de la gouvernance d'Emmanuel Macron,  les résultats des européennes avec l'impact du vote écologiste –le gouvernement a bien réaliser que l'écologie était numéro un chez les jeunes de 18-30 ans, les manifestations des jeunes pour le climat…etc. Il y a une addition d'éléments qui amènent le gouvernement à orienter sa gouvernance. Surtout il y a une espèce d'ambiguïté qu'on a ressentie avec les gilets jaunes, c’est-à-dire que dans la construction de son projet lors de sa campagne, Emmanuel Macron avait été très participatif dans un registre d'horizontalité. Au pouvoir, il fait monter un certain nombre d'individus du civil mais qui n'avaient pas une grande expérience politique. Selon moi, cela a amené un mode de gouvernance très vertical. Et à un moment, des évènements -comme le mouvement des gilets- ont ramené Emmanuel Macron vers cette ambiguïté. L'inexpérience de cette société civile expliquerait donc peut-être cet emballement de la machine macroniste

Cet emballement se double même parfois d'infantilisation à l'image de ce tweet de Sibeth Ndiaye que nous avions déjà commenté ici.

Alexandre De Valicourt : Tout à fait. D'ailleurs, dans ce tweet une réponse d'un follower m'a bien fait rire : " On est tout de même pas SI BETH pour ne pas y penser!". Joli jeux de mot. On trouve également du côté des tweet de Marlène Schiappace même registre avec le hastag "Ne rien lâcher" qui explique que, lorsqu'il fait chaud, les filles s'habillent plus courts et qu'évidemment la loi contre le harcèlement s'appliquerait toujours. Je trouve cela hallucinant qu'on puisse laisser l'indécence s'installer sous couvert d'une protection légale. C'est plus que de l'infantilisation : prenez plutôt une sorte de mépris totale du vivre-ensemble comme s'il y avait une volonté d'opposer des communautés.

Finalement, le discours macroniste est un discours anxiogènequi divise sous un couvert d'unité. D'un côté, on ne réagit pas à la polémique du burkini, alors qu'il divise véritablement et qu'on aurait besoin de clarté dessus. De l'autre, on invite les filles à se dévoiler. On les oppose sans le dire. C'est une division sans le dire, presque une forme de provocation. Or, nous vivions dans une société de plus en plus dénuée de filtres. Et, dans ces circonstances, pousser le vice à la tentation est une forme d'irresponsabilité de nos gouvernements.

Les dangers de cette infantilisation sont aussi liés à cette perte de filtres et de repères où on a perdu le sens du vivre-ensemble. L'infantilisation est également un moyen d'utiliser plus facilement la répression. Sous couvert d'une façon plus crédulité, d'une mise en scène de ministres "cool", on produit une infantilisation qui va produire peu à peu une forme de répression. Celle-ci peut se traduire lorsque le LREM s'élève pour sommer le Medef d'enlever Marion Maréchal de son université d'été. C'est également dire, par exemple, qu'il n'y a pas de violences policières en utilisant des éléments de langages.

Alexis Massard : Je dirai qu'il y a un emballement parce qu'on l'a déjà connu. Potentiellement, il peut y avoir des morts [ndlr. 19 490 décès en 2003 en France]. Il y a donc une "surcommunication" afin d'essayer de prendre toutes les garanties nécessaires, et avec la crainte d'hériter la responsabilité des décès. On voit aussi cet emballement dans les médias qui nourrit l'emballement du gouvernement où je me souviens avoir lu un indicateur de morts au nombre de kilomètres! Dès lors, 25 morts dans le Gard aura plus de conséquences en France que 1 000  en Thaïlande après un tsunami. La crainte du gouvernement fait qu'ils essaient – à l'excès peut-être- de tout faire pour ne pas être taxé de laxisme. D'où l'intervention constante d'Agnès Buzyn, ministre de la santé, Jean-Michel Blanquer qui reporte le brevet..etc. On sent bien une obligation générale au sein du gouvernement avec un vrai plan de communication gouvernemental ne se limitant pas au ministère de la santé.

Par opposition, lorsque nous vous avions contacté, vous nous parliez de François Ruffin qui, dans la cour de l'Assemblée nationale, interpellait les membres du gouvernement sur la contradiction entre établir des mesures écologiques tout en continuant à faire tourner les moteurs des voitures en les attendant.

Alexandre De Valicourt : il a l'attitude d'un citoyen engagé qui peut le faire au cœur du système. Et il a parfaitement de raison de le faire. De mon expérience, il y a peu, on m'a demandé – en plein Paris- de couper mon moteur sous peine d'une amende de 135 euros! C'est toujours deux poids, deux mesures. Quand il s'adresse à François de Rugy qui lui répond qu'il fait de la démagogie, cela veut dire qu'il n'a en réalité pas d'autres réponses face à cette contradiction. Comment faire fonctionner un pays dont l'exemple ne vient pas d'en haut ?

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Citoyen-libre
- 30/06/2019 - 15:44
Nouveau monde et nouvelles réalités ?
Il ne peut plus avoir de doctrine ou d'ADN. On ne retrouve quelques idées que dans les campagnes électorales, ou c'est le moment de vendre sa marchandise. Après, ils pilotent à vue. D'une part parce que l'élu ne connaît pas sa fonction. il apprend à être Jupiter, et d'autre part parce que idéologie ne veut plus rien dire face aux problèmes de la sociétés qui se posent tous les jours. De Gaulle aujourd'hui, ne pourrait plus gouverner. Les groupes de pression se sont développer dans tous les domaines. Chacun veut sa part de pouvoir et de gâteau, y compris chez les citoyens avec les réseaux sociaux. Quelle doctrine, quelle ligne de conduite peut être appliquée très longtemps ? Nous sommes entrés dans l'aire de la politique kleenex et tout simplement du clic. Toi, tu restes et toi tu dégages ! Et le bla bla politique matraqué dans les médias, font que la plus part espère, rêve à la prochaine élection. Surtout ne pas tuer l'espoir ! Et au final, il y les gagnants et les perdants. Comme d'hab !
Dorine
- 30/06/2019 - 12:22
Pas nouveau
Ecouter "les politiciens" de Frédéric Mey. Toujours d'actualité 40 ans après.....
clo-ette
- 30/06/2019 - 10:41
@Bobby Watson
D'accord sur toute la ligne et à 100% .C'est exactement cela, et il me semble que c'est tellement criant, que tout le monde le constate .