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Sarkozy ou l’erreur stratégique du choix de “la passion”

Publié le 27 juin 2019
Les mémoires de Nicolas Sarkozy intitulés Passions sortent aujourd'hui en librairie. En évoquant une époque où la droite n'avait rien à envier aux autres familles politiques, il remue le couteau dans la plaie de LR sans apporter de réels remèdes aux difficultés actuelles du parti.
Diplômé de l’IEP Paris, rédacteur en chef au magazine Famille Chrétienne, Samuel Pruvot a publié "2017, Les candidats à confesse", aux éditions du Rocher. 
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Diplômé de l’IEP Paris, rédacteur en chef au magazine Famille Chrétienne, Samuel Pruvot a publié "2017, Les candidats à confesse", aux éditions du Rocher. 
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Les mémoires de Nicolas Sarkozy intitulés Passions sortent aujourd'hui en librairie. En évoquant une époque où la droite n'avait rien à envier aux autres familles politiques, il remue le couteau dans la plaie de LR sans apporter de réels remèdes aux difficultés actuelles du parti.

Atlantico : En quoi le livre de Nicolas Sarkozy, imprégné d'émotion et de nostalgie, risque-t-il d'aggraver le manque cruel de pragmatisme et de rationalité dont souffre la droite, encore coincée dans une ornière émotionnelle ?

Samuel Pruvot : Manifestement, le premier souci de Nicolas Sarkozy n’est pas de soigner ou reconstruire LR ! Mais plutôt de (re)construire son image. C’est d’ailleurs le propre de cet exercice littéraire des Mémoires que de se considérer soi-même, emporté dans le grand flot de l’Histoire. Il y a du Rousseau et du Chateaubriand la-dedans. Les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy ont eux-aussi cédé à cette tentation en publiant sur leur expérience du pouvoir. On pense notamment à Jacques Chirac et à François Hollande.

Car les mémoires constituent un exercice passionnant d’ « égo histoire » où le personnage principal se met en scène avec ses grandeurs et ses faiblesses, ses interrogations et ses idées fixes. Le livre de Nicolas Sarkozy a l’intérêt de raconter sa folle ascension vers le pouvoir. On y rencontre ceux qui ont bien voulu le propulser ou ceux qui ont voulu l’entraver. Parfois ce sont les mêmes ! Sa carrière, à Neuilly, a commencé par un coup de poker aux dépens de Charles Pasqua. Et toute la suite sera une succession de victoires, de bagarres et de défaites dans une sorte de western à la française.

On est forcément assez loin des « Mémoires de guerre » d’un Charles de Gaulle qui racontent l'épopée de la France Libre pendant la guerre. La guerre de Nicolas Sarkozy, c’est essentiellement la conquête du pouvoir contre les barons de la droite. Son livre parle finalement plus de lui et de ses états d’âme que de la France éternelle. On voit que Nicolas Sarkozy appartient à la génération yé-yé : postmoderne et people. Cela dit, on retrouve chez lui, comme en écho lointain, la passion pour la France qui était celle du général. Dans ses Mémoires, de Gaulle écrivait : « Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. »

Encore une fois, l’objet de ce livre n’est pas vraiment d’apporter sa pierre à la reconstruction de la droite. Nicolas Sarkozy ne se réjouit évidemment pas du champ de ruines devant lui. Mais c’est d’abord un homme pragmatique, un animal politique qui vise sa propre survie. La droite a été le sillon de sa croissance. Elle ne sera pas forcément son tombeau.

Chez Nicolas Sarkozy, comme vous l’avez remarqué, l’émotion est un paramètre politique. La vie privée et les passions font partie du gouvernement pour le meilleur et pour le pire. Dans son livre, il rejoint Chateaubriand, cité plus haut, qui a publié les « Mémoires d’outre-tombe ». Nicolas Sarkozy, lui, n’aime pas trop cette terminologie des « mémoires ». Il trouve sans doute ce terme trop nécrologique. Mais son récit truffé d’anecdotes, de confessions et de portraits plus ou moins acides a quelque chose du Chateaubriand romantique qui se raconte en racontant la grande Histoire.

A qui profite le plus ce témoignage politique que livre l'ancien président ? Ne renforce-t-il pas "l'entente secrète" entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron (expression utilisée par L'obs) ?

C’est vrai, Nicolas Sarkozy semble fasciné de bout en bout par Emmanuel Macron. Par le couple atypique qu’il forme avec Brigitte, par son intuition politique, par sa jeunesse. Cette fascination est celle du pouvoir qui attire Sarkozy depuis son adolescence. Un pouvoir qui s’est métamorphosé avec Emmanuel Macron dans la mesure où la vieille opposition gauche/droite semble dépassée. Cela interroge Sarkozy qui n’est pas un idéologue mais un pur pragmatique.

L'impact politique des mémoires de Nicolas Sarkozy est-il surestimé ? Fait-il davantage figure d'autorité morale ou politique ?

Avant l’autorité morale, il y a le sens du business et de l’image. La sortie des mémoires de Nicolas Sarkozy est un pur produit marketing. Entre l’album de Madonna et la sortie du dernier iPhone. Cela fait du bruit, du buzz, des articles et de l’argent. Mais il n’est pas certain que le livre restera dans les annales sauf pour éclairer la grande histoire par de petites anecdotes. On pense notamment aux portraits vinaigrés de Fillon ou de Juppé. L’auteur ne semble pas décidé à livrer ici sa vision définitive sur la France ou le pouvoir. Il se raconte plutôt comme une star qui se confie à ses fans. Sauf que la star est un ancien Président et que sa chanson, en 2007, a fait danser des millions électeurs.

Mais terminons par la question de l’autorité morale. Elle augmente avec l’âge. Les Présidents, en France, ressemblent plus au Bourgogne qu’au Beaujolais. Autrement dit, ils gagnent en qualité auprès de l’opinion avec le temps qui passe. Cette loi profite à Nicolas Sarkozy. Les Français aiment décapiter leurs Présidents. Mais ils les aiment à nouveau une fois sortis de l’Elysée, la tête basse. 

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gerard JOURDAIN
- 27/06/2019 - 15:37
trop tard pour le moment...
l'attirance pour le métier suprême de la politique en France, ne peut plaire qu'à des fanatiques de la mission, ou des second couteaux.
pourquoi?
1-parce que les bons réussissent bien mieux ailleurs.
2-les visionnaires pour un pays ne séduisent pas.
alors....prenons notre mal en patience....


ajm
- 27/06/2019 - 14:02
Gnan- gnan.
Se repandre sur soi et ses états d'âme ne fait ni des hommes d'état ni de grands généraux, ni pas grand chose d'ailleurs, peut-être des écrivains à condition d'avoir le style et le talent.
hoche38
- 27/06/2019 - 08:50
Toujours prêt!
Où est cet Aladin qui ouvrira la bouteille où il trépigne encore?