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Lutte de pouvoir
Nominations européennes : le jeu risqué d’Emmanuel Macron
Publié le 29 mai 2019
Grâce au résultat des élections, le président peut compter sur de nombreux alliés et joue habilement de ce rapport de force au risque de se mettre à dos les alliés plus traditionnels de la France tel que l'Allemagne.
Yves Bertoncini est Président du Mouvement Européen – France et consultant en Affaires européennes.   
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Grâce au résultat des élections, le président peut compter sur de nombreux alliés et joue habilement de ce rapport de force au risque de se mettre à dos les alliés plus traditionnels de la France tel que l'Allemagne.

Atlantico : Cette première réunion, comme on s’y attendait, n’a pas abouti à la désignation des hommes et femmes qui dirigeront l’UE demain. Mais en sait-on un peu plus aujourd’hui ?

Yves Bertoncini : On en est aux phases préliminaires : la dernière fois, l’annonce avait aboutie au Conseil européen de la mi-juin, et on verra si cela fonctionne encore de la sorte cette fois-ci. Pourquoi est-ce peut-être plus difficile cette année ? Parce que la nomination d’un Président de la Commission procède d’un triple rapport de force : un rapport de force institutionnel, un rapport de force partisan et un rapport de force diplomatique. 

Cette année, il y a pour commencer un conflit institutionnel sur la logique qui doit prévaloir. En 2014, on a vu apparaître un système de Spitzenkandidaten (chef de file) qui a fonctionné avec l'accord de tous. Le chef du parti arrivé en tête, en l’occurence Jean-Claude Juncker pour le PPE, avait donc pris la tête de la Commission. Mais ce système est aujourd'hui remis en cause. Angela Merkel soutient ce système, mais Emmanuel Macron et une dizaine d’autres chefs de gouvernements le contestent. Cette opposition traduit un conflit politique : on se demande s’il faut faire prévaloir une légitimité parlementaire et donc une légitimité civique, parce que ces Spitzenkandidaten se sont présentés au suffrage des électeurs; ou plutôt faire prévaloir une logique plus diplomatique, et donc une solution qui doit survenir à l’échelon des Etats, c'est-à-dire des chefs d'Etat et de gouvernement, qui avaient toujours eu la main avant 2014, y compris pour sortir un homme de leur chapeau. Voilà pour le rapport de force institutionnel, qui débouchera sur un arbitrage décisif en termes de clarté démocratique - le système de Spitzenkanidaten étant préférable à cet égard.

Il y a aussi un rapport de force partisan qui se durcit. Le PPE a gagné les élections, sortant en tête dans 15 des 28 pays de l’Union. Quand on agrège leurs résultats, ils sont environ 180 à l’Assemblée. Ils peuvent se targuer d’être en tête et d’avoir gagné ces élections, malgré une baisse réelle. De leurs côtés, les sociaux-démocrates sont aussi en baisse mais sont largement deuxièmes. Enfin, les libéraux démocrates de l’ALDE ont vu leur influence progresser et passer la barre des cent députés, avec l'apport des Britanniques. Ils font valoir leur rôle de pivot dans le Parlement européen, sachant que le PPE ne peut parvenir seul à le "gouverner", aujourd'hui comme hier.. Eux-mêmes ne peuvent pas gouverner seuls avec les sociaux démocrates. Il s’agit donc pour l’ALDE de défendre un élargissement de la coalition PPS-PSE, ce qui fait qu’il ne serait pas logique que ce soit mécaniquement le PPE qui préside la Commission. Ce rapport de force partisan rend plus visible un rapport de force entre Emmanuel Macron et Angela Merkel. La chancelière doit gérer cette fronde des socio et libéraux démocrates. Mark Rutte et Charles Michels mènent les négociations, mais il est notable que ce rapport de force diplomatique est particulièrement visible dans cette après-élection. 

Les débats en cours font enfin apparaître un rapport de force diplomatique, notamment entre la France et l’Allemagne. Il y une équation diplomatique qu’il faut donc aussi prendre en compte : il n’y a tout d’abord pas que ces deux pays. Le groupe de Visegrad joue aussi sa carte : ces 4 pays se sont positionnés et ont désigné le slovaque Sefkovic. Les pays du Sud, notamment les Espagnols, refusent Manfred Weber - parce qu’il est CSU et peut-être parce qu’il est Allemand. 

Il faut bien rappeler la difficulté intrinsèque de la désignation du candidat idéal à la Présidence de la Commission : c’est vraiment une équation à trois inconnues. On prend en effet en compte l'appartenance partisane, l'origine nationale et le profil personnel : c’est sur ces 3 points que Manfred Weber est jugé contestable par plusieurs chef d’Etat. Il a un ancrage partisan périphérique du fait de son appartenance au CSU. Et d’un point de vue personnel, il ne coche pas toutes les cases de l’équation. Tout cela rend sa désignation très incertaine.

 

Dans cette négociation, est-ce qu’Emmanuel Macron n’espère pas qu’Angela Merkel cède pour qu’il puisse imposer un de ses candidats (on parle de Christine Lagarde ou Michel Barnier) en échange d’autres postes qui peuvent être tout aussi convoités par la chancelière ?

Ce que vous soulignez, c’est qu’en effet, dans ces négociations, l’enjeu est plus large. On est face à un vrai Rubik's Cube. L’équation est multifactorielle, partisane, nationale etc. Mais les postes à occuper concernent en outre la présidence de la Commission, celle du Conseil européen, celle du Parlement européen, la présidence de la Banque centrale européenne, le poste de Haut représentant pour la politique étrangère. 

Il est vrai que quand on commence par le Président de la Commission, par définition cela contraint les autres choix. Mettre par exemple un Allemand à la présidence de la Commission empêcherait l’Allemagne d’en mettre un à la BCE. Ce rapport de force se joue donc dans un cadre complexe, où il faut réussir à trouver une place pour tous en respectant les grands équilibres, partisans, diplomatique, géographiques (entre pays du Sud, du Nord, de l’Est, et de l’ Ouest ou encore entre petits pays, moyens pays et grands pays). On choisit évidemment aussi des personnalités expertes et compétentes, et il convient aussi d'essayer de respecter le principe d’égalité homme/femme. Chacun place donc ses pions à plusieurs postes pour pouvoir définir l'équation finale.

C’est d’ailleurs pour cela que le système de Spitzenkandidat est mal vu par nombre de chefs d'Etat et de gouvernement : il est perçu comme une contrainte, car cela leur ferme certaines options pour les autres postes eux-aussi convoités. 

Là dessus, Emmanuel Macron est en position de faiblesse : il n’a pas gagné les élections en France, et encore moins au niveau européen. Mais il dispose d’un atout important, il a 8 autres chefs d’Etat libéraux-démocrates avec lui au Conseil européen, soit autant que le PPE. Certes l’ALDE et LaREM n’ont qu’une 3e place en Europe et une seconde place en France. Mais il essaye de faire valoir son avis. Il ne s’agit de fait que de coups de semonce, mais ceux-ci pourraient avoir sur le moyen terme un certain nombre de conséquences. Emmanuel Macron sait qu’il va devoir faire des compromis et que ce n’est pas avec une délégation LREM qui représente 2,7% des membres du Parlement européen qu’il va pouvoir pouvoir l’emporter ou contrôler cette institution. Il a pris du temps à se choisir une famille partisane européenne, et il doit maintenant être prudent ; s’il essaye de verrouiller sa présence aux postes clé, il pourrait non seulement irriter ses opposants-partenaires, telle Merkel, mais aussi sa nouvelle famille politique, dont le soutien à la ligne idéologique française n'est pas forcément acquis.

 

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ajm
- 29/05/2019 - 16:35
Capacité à négocier.
Macron ne sait pas négocier, il procède par ukases . Il va se trouver isolé dans cette marmite Bruxelloise qu'il ne connaît pas.