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© ANATOLII BOIKO / AFP
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Exode

Démographies divergentes & migrations intra et extra-européennes : portrait de l’Union européenne à hauteur d’homme

Publié le 25 mai 2019
Confrontés à une chute de la natalité et à une émigration galopante vers les pays de l'Ouest et du Nord, de nombreux pays d'Europe de l'Est et du Sud voient leur population diminuer de manière importante.
Yves Montenay
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Yves Montenay est centralien, docteur en démographie politique (pays arabes), ancien chef d'entreprise et ancien directeur d'une école de management, actuellement président de l’Institut Culture, Economie et Géopolitique. Il s'intéresse...
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Jacques Barou est Docteur en anthropologie et chargé de recherche CNRS. Il enseigne à l’université de Grenoble les politiques d’immigration et d’intégration en Europe. Son dernier ouvrage est La Planète des migrants : Circulations migratoires et...
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Confrontés à une chute de la natalité et à une émigration galopante vers les pays de l'Ouest et du Nord, de nombreux pays d'Europe de l'Est et du Sud voient leur population diminuer de manière importante.

Atlantico : Confrontés à une chute de la natalité et à une émigration galopante vers les pays de l'Ouest et du Nord, de nombreux pays d'Europe de l'Est et du Sud sont menacés d'un évidement démographique. Quelle est l'ampleur de ce phénomène ? Quel est le profil de ces immigrés ?

Jacques Barou : L'ampleur est de plus en plus importante. Elle s'est accrue depuis la crise de 2008. Auparavant il y avait déjà eu des mouvements migratoires avec l'entrée des pays de l'Est dans l'UE en 2004. Certains pays comme la Grande-Bretagne ou la Suède avaient ouvert toutes grandes leurs frontières et on avait vu de nombreux Polonais, Tchèques ou Slovaques en profiter. La crise de 2008 a accentué les choses en élargissant les zones de recrutement à l'Europe du Sud comme le Portugal, l'Espagne ou la Grèce qui ont été très touchés par la crise avec un chômage énorme, particulièrement chez les jeunes qui sont donc parti ailleurs, principalement l'Allemagne et le Royaume-Uni.

On observe cependant dans les pays du Sud un retour, certes faible, mais qui indique qu'ils peuvent encore avoir de l'espoir de vivre chez eux.

Yves Montenay : Les deux phénomènes sont liés, puisque l’émigration d’actifs en général jeunes diminue le nombre d’enfants au pays. Et puisque ceux qui restent sont proportionnellement plus âgés, la baisse de la population s’accélérera au fur et à mesure de leur décès.

Quelles pourraient être les conséquences à long-terme de cette chute démographique ?

Jacques Barou : C'est quelque chose de très préoccupant dans la mesure où ce sont principalement les jeunes qualifiés qui sont concernés. Ces jeunes ont coûté au pays de départ en termes de formation et cela affaiblit le potentiel économique dans ces pays là.

Pour faire tourner leur économie, ils vont devoir faire appel à la migration, ou attirer les entreprises européennes. C'est une possibilité mais encore faut-il sur place une main d’œuvre qualifiée, sans quoi il faut y suppléer par une main-d’œuvre immigrée qui ne pourrait venir que de pays du Sud plus à l'Est, ce qui n'est pas souhaité dans ces pays qui se raidissent de plus en plus face à la perspective de ces arrivées qui achèveraient selon eux la disparition de la population nationale.

Yves Montenay : L’impossibilité de nourrir les personnes âgées, et plus généralement de leur offrir des biens et services nécessaires. Et ce n’est pas un problème financier : même si Bruxelles ou toute autre entité renflouait leurs caisses de retraite cela ne créerait pas les boulangers et les infirmières nécessaires à la population âgée. Il faudrait donc les accueillir à l’ouest faute de quoi cette population mourrait faute de nourriture et de soins : il sera très difficile de distribuer des vivres jusqu’au fond des campagnes bulgares, et impossible d’y envoyer suffisamment de médecins.

Face à cette menace, plusieurs pays européens réagissent par un repli identitaire. Selon un sondage, 52% des Italiens et 50% des Polonais seraient favorables à une loi interdisant l'émigration hors du pays. Ce repli sur soi est-il une solution viable pour enrayer cette hémorragie ? Quelles autres solutions sont possibles ?

Jacques Barou : Cela pourrait être une solution viable si cette limitation de l'émigration est compensée par une offre d'emploi suffisante dans le pays, des salaires et une amélioration du pouvoir d'achat. Ce qui fait partir les gens en période normale – hors crise – c'est la différence de salaires. Si cette différence persiste, les gens voudront toujours partir. L'idée de freiner les départs par les lois ne peut être efficace que si les gens font le constat en restant chez eux qu'ils peuvent vivre correctement. Sans quoi, loi ou pas, ils trouveront toujours des astuces pour partir. On ne peut pas attacher les gens sur place, surtout dans le contexte de l'Europe de Schengen.

Cette stratégie a été tentée par certains pays comme l'Inde qui possède une grande diaspora, cela n'a pas fonctionné. Mais quand le gouvernement indien a offert des perspectives de retour intéressantes aux émigrés, on a observé des retours.

Nous sommes dans un monde de liberté de mouvement, au moins pour ceux qui ont la chance d'être dans l'espace européen. Penser donc que des lois empêchant les gens de partir puissent être efficaces me paraît assez illusoire.

Yves Montenay : Ces pays renonceraient à la liberté de circulation qu’ils ont gagnée en se libérant du communisme, ce serait donc une profonde régression. De plus l’expérience communiste nous a montré que si l’on veut empêcher l’émigration clandestine il faut un contrôle total de la société et revenir à un État policier.

Une autre solution serait le « laisser-faire » total : dans un premier temps les jeunes enverront de l’argent à leurs parents. Dans un 2e temps, lorsque l’argent ne suffira pas pour trouver le boulanger ou le médecin, ils les feront venir auprès d’eux à l’ouest. D’un point de vue purement économique, ce serait rationnel car si les salaires sont meilleurs à l’ouest, c’est que l’économie y fonctionne mieux, notamment parce que les gouvernements y sont beaucoup moins corrompus.

D’un point de vue humain, à chacun d’apprécier

Remarquons que l’implantation d’entreprises occidentales en Europe orientale freine cette émigration, et qu’il est donc possible qu’elle s’arrête spontanément, du moins dans les régions les mieux équipés et les moins corrompues.

Une dernière solution, qui va à rebours des idées actuelles de ces pays, est de favoriser l’immigration. D’abord cela se fait déjà en pratique avec l’arrivée de centaines de milliers d’Ukrainiens en Roumanie et en Pologne. On dira qu’il s’agit de « voisins » pas trop différents culturellement. Cela se discute mais ce n’est pas le sujet. Cette solution ne pourra pas aller extrêmement loin car l’Ukraine se dépeuple également.

Il faudrait donc faire appel à des populations culturellement très différentes, notamment musulmanes, comme celles qui arrivent en Allemagne et en France. Les opinions publiques y sont violemment opposéespour des raisons d’identité nationale. Mais, si l’on ne fait rien ces identités nationales vont disparaître par vieillissement puis dépeuplement.

D’un point de vue mathématique il vaudrait mieux faire comme les Allemands, qui sont très conscients du problème : accepter cette immigration maintenant qu’il y a suffisamment d’adultes pour l’encadrer. Car si l’on attend une trentaine d’années, ce sont les vieux et les rares jeunes restant qui chercheront des médecins, des aides-soignants, des boulangers, quel que soit le pays d’où ils viennent car le besoin sera urgent. Et le petit nombre de jeunes restant ne pourra pas encadrer cette immigration. Et l’identité nationale à laquelle on tient tant disparaître aussi. Bref il vaut mieux un problème désagréable maintenant qu’un problème bien pire plus tard.

Cette question est développée dans mon intervention au festival du géopolitique de Grenoble dont vous pouvez retrouver le texte et le film à : https://www.yvesmontenay.fr/2019/03/17/le-repli-identitaire-europeen-genere-ce-quil-veut-eviter/

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Commentaires (7)
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A M A
- 27/05/2019 - 08:52
Migration.
Et dans 10 ans quel sera le panorama? Beaucoup de "petits blancs"…..
ajm
- 25/05/2019 - 23:07
Dialogue incroyable.
Dialogue assez surréaliste. D'abord on met dans la même catégorie un pays comme la Pologne qui a une industrie puissante et la Bulgarie. Ensuite, on oublie que les pays de l'est préféreront évidemment, si nécessaire, faire venir des Ukrainiens ou Biélorusses que des Africains ou musulmans d'Asie. Il y a déjà près de deux millions d'Ukrainiens en Pologne ( lien historique très fort: une grande partie de l'Ukraine a été Polonaise pendant très longtemps ). Jamais ces peuples n'accepteront un grand remplacement avec une civilisation qui a été leur ennemie mortelle pendant des siècles. Comment peut-on etre aussi c...pour imaginer, même une fraction de seconde, que ces pays puissent accepter la situation catastrophique de nos banlieues islamisees ?
jurgio
- 25/05/2019 - 20:51
Qui donc a encore besoin de vivre dans une civilisation ?
Les immigrationnistes pensent que les populations sont dans des vases communicants, et leurs niveaux vont se stabiliser dans un même lieu, au détriment d'autres qui vont se ruiner et disparaître, et on en sera débarrassés. À l'inverse de la secte écologiste, qui veut interdire tout excès d'évolution pour conserver la situation présente pour qu'elle reste proche de celle d'hier. Pour la première, la population est un système mathématique, dont les conséquences peuvent être considérées comme un mélange compact où on se contentera de bien brasser et malaxer ; et pour l'autre, c'est la planète qui est un système édénique à chérir où l'homme redeviendra un simple mammifère normalisé. L'épatant est que ces deux idéologies se rejoignent et se comprennent, car tout sera plus simple quand toute civilisation aura disparu.