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Gilets jaunes
5 milliards d’euros de réductions d’impôts : le compte pour leur financement n’y est toujours pas
Publié le 09 mai 2019
Le Gouvernement a décidé de distribuer l’argent qu'il n’a pas afin de répondre aux exigences contradictoires des gilets jaunes.
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Le Gouvernement a décidé de distribuer l’argent qu'il n’a pas afin de répondre aux exigences contradictoires des gilets jaunes.

Le coût des annonces du mois de décembre et d’avril a été évalué à 17 milliards d’euros, soit 0,7 % du PIB. Après avoir été le héraut de l’offre, l’exécutif a opté pour une casquette de facture keynésienne. Certes, ce mini plan de relance aura l’avantage de maintenir la croissance à un niveau minimal en 2019. Mais, le prix à payer sera considérable. La France continuera à prendre du retard dans l’assainissement de ses finances publiques. Le déficit public devrait se situer selon le Ministre des Comptes Publics, en 2020 autour de 2 % du PIB, mais en moyenne, pour la zone euro, ce déficit n’était que de 0,5 % du PIB. L’Allemagne dégage depuis plusieurs années des excédents budgétaires. La dette publique française est toujours en progression et se rapproche inexorablement de la barre des 100 % du PIB.  Le plan du Gouvernement devrait, en outre, provoquer une nouvelle dégradation de la balance commerciale française. Son déficit a été de 60 milliards d’euros en 2018. Il devrait encore être supérieur en 2019. L’accumulation des déficits génère un appauvrissement progressif mais certain de la France. Nous finançons notre train de vie à crédit. Même si les taux d’intérêt sont faibles, il faut consacrer une part croissance de nos revenus à rembourser le capital de la dette.

Face aux déficits, à la dette, le Gouvernement semble vouloir gagner du temps ou plutôt laisser du temps au temps. Le gouffre est devant nous mais en jouant au bonneteau, les ministres des comptes publics escomptent de l’éloigner le temps de passer la prochaine élection.

La baisse de 5 milliards d’euros de l’impôt sur le revenu comme bien d’autres mesures n’est pas financée. Ont été avancées la suppression de certaines niches fiscales concernant les entreprises, la relance de la déconcentration, etc. Il y a maldonne. Il faut rappeler que le contribuable « entreprise » a l’avantage de ne pas voter mais dans les faits il n’existe pas. Augmenter les prélèvements sur les entreprises, c’est soit réduire le niveau des salaires, soit diminuer les revenus des actionnaires ou ponctionner le pouvoir d’achat des consommateurs. En outre comment comprendre qu’en 2018 les entreprises sont trop taxées et qu’en 2019 elles ne le sont pas assez.

Penser gagner de l’argent en délocalisant des services de l’Etat en Bretagne, dans la Creuse ou ailleurs est une vision de l’esprit. Premièrement, dans le passé, les délocalisations ont généré des surcoûts. En outre, comment imposer à des fonctionnaires installés à Paris de s’installer du jour au lendemain en Creuse ? Il faut penser aux conjoints qui devront trouver un emploi. Les gains fonciers sont assez relatifs. L’ENA qui a été installée à Strasbourg après une décision d’Edith Cresson a toujours une antenne à Paris…

En annonçant que l’objectif de suppression de 120 000 emplois était mis entre parenthèses, le Président de la République a renoncé à une réforme en profondeur de l’administration publique. L’idée de procéder à une remise en cause du périmètre public comme cela a été fait au Canada ou en Nouvelle Zélande s’éloigne de plus en plus. Deux ans après son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron semble avoir gaspillé son temps utile. Une réforme du droit du travail, quelques aménagements fiscaux mais rien de révolutionnaire. Pour autant, le terme de réforme devient de plus en plus difficile à manier. Le mot est usé sans avoir été réellement utilisé.

L’économie française est un moteur bridé, bridé par le faible temps de travail, bridé par le poids excessif des prélèvements, bridé par le sentiment de défiance qui parcourt le pays de long en large.

Le Président de la République est conscient que le temps de travail est trop faible. Il suffit de regarder les statistiques pour comprendre que le décrochage français est intervenu à partir de 2003 au moment de la généralisation des 35 heures. Pour autant, face à ce problème, il ne mentionne que la possibilité de relever la durée de cotisation pour les retraites. Le retour au 39 heures aurait été le seul à provoquer un choc d’offre. Mais évidemment, le pouvoir craint que cette mesure remette en cause la toute petite amélioration de la situation de l’emploi. C’est une vue de l’esprit. Si les 35 heures avaient fonctionné pour lutter contre le chômage, nous le saurions déjà.

Sur les économies, il faudrait sortir des pistes éculées. Il faudra un jour ou l’autre avoir l’honnêteté de stopper la dérive du tout prestation. Au nom de la lutte contre les inégalités sociales, c’est toujours plus d’aides et de prestations qui ne sont que des cautères sur une jambe de bois. Il faut jouer sur les revenus primaires et non aller doucement mais surement vers le revenu universel. En matière de logement, le système actuel est un véritable cercle vicieux. La France consacre plus d’argent que ses partenaires en faveur du logement, 40 milliards d’euros tout en arrivant pas à loger convenablement sa population. Les aides logement contribuent à augmenter les loyers, le coût de l’immobilier. Favoriser le parc locatif, réserver le logement social aux personnes en ayant besoin et de manière temporaire et surtout développer la construction de logements neufs en desserrant le verrou du foncier sont autant de pistes à étudier.

Le plan du Gouvernement est avant tout une réponse de court terme à une crise structurelle grave. La France se segmente, se clive avec une montée des incompréhensions. La violence tant physique que verbale augmente. La défiance à l’encontre des pouvoirs, des corps constitués est à un niveau inconnu. Or, les mesures apparaissent bien traditionnelles pour un pouvoir qui s’est construit en récusant le monde ancien.

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Benvoyons
- 09/05/2019 - 17:46
En effet Zelectron
( en 1980 2,6 millions de fonctionnaires), ( en 2016 5,6 millions. )
Donc nous avions 21 Français par Fonctionnaire en 1980 car 54,6 millions d'habitants & aujourd'hui avec 67,2 millions & bien nous avons un Fonctionnaire pour 12 Français. Cerise sur le gâteau aujourd'hui ils font grèves pour être plus nombreux :)::)
ajm
- 09/05/2019 - 17:28
Les grandes masses de la fonction publique.
Quand on parle de fonctionnaires ou d'employés en général de la sphère publique (qui ne sont pas nécessairement fonctionnaires statutaires ) il faut avoir en tête les grandes masses: sur 5.5 millions, on en a près de 2 millions dans les collectivités territoriales ( là où leur nombre a , et de loin, le plus augmenté ), 1 million dans l'education nationale, presque autant dans les hôpitaux ( qui ne dépendent pas du budget de l'Etat ): reste 1.5 millions pour tout le reste dont à peu près la moitié pour les fonctions régaliennes ( services centraux gouvernement, armée, police, prefectures, justice, affaires étrangères, trésor public , budget et douanes).
Benvoyons
- 09/05/2019 - 12:58
zelectron 09/05/2019 - 12:09 En effet votre remarque est bonne
mais la dette véritable de la France est de 5400Mds€ avec les hors bilans de l’État.