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Tigre de papier ?
Huawei, ce géant technologique détenu par le Parti communiste chinois
Publié le 29 avril 2019
La société chinoise répondant à un article à charge publié aux Etats-Unis la semaine dernière, récuse être sous le contrôle du régime de Pékin, à travers une fédération du travail dirigée par le Parti communiste
Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations...
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La société chinoise répondant à un article à charge publié aux Etats-Unis la semaine dernière, récuse être sous le contrôle du régime de Pékin, à travers une fédération du travail dirigée par le Parti communiste

Atlantico : La firme Huawei a déclaré ne pas être aux mains du parti communiste Chinois, assurant que l'entreprise est bien contrôlée par ses employés. Infirmant en l’état, un rapport publié récemment par des chercheurs américains de la Fulbright University Vietnam et de la George Washington University Law School. Qu'en est-il vraiment ?

Franck DeCloquement :Il faut avant toute chose replacer cette présente affaire dans le cadre plus vaste des luttes géopolitiques entre puissances que se livrent les Etats-Unis et la Chine pour la suprématie technologique planétaire à l’horizon 2050. Les ambitions du président Chinois sont à ces titres très claires. Et dans ce contexte d’affrontements délétères qui ne pourra aller que croissant dans tous les domaines (énergie, terres rares, aéronautique, spatial, intelligence artificielle, etc…), tous les coups seront permis, soyons-en d’ores et déjà assurés.L’enchainement des campagnes de déstabilisation et des représailles institutionnelles pour cause d’espionnage supposé ne cesseront désormais de s’égrener sur nos fils d’actualités durant les prochaines décennies, dans une logique assumée de guerre de l’information ininterrompue, et d’affrontements géopolitiques incessants.

D’un côté, les Chinois affichent désormais ouvertement leurs ambitions stratégiques,et défendent résolument leurs intérêts de puissance à travers le soutien à leurs opérateurs d’importance vitale comme Huawei. Et de l’autre, les Etats-Unis s’assurent des conditions de leur sécurité nationale, présentes et futures, l’actualisant en continue à travers notamment les visées d’une diplomatie publique d’influence offensive « pour faire pression » sur leurs alliés. Un choix politique que vient tout juste de valider la création d’une nouvelle branche « Cyber », comme nous l’indiquions déjà dans les colonnes d’ATLANTICO il y a quelques semaines. À ce titre, rappelons que le « Cyber DiplomacyAct », qui vise à créer au sein du département d'Etat un bureau dédié à la « diplomatie de cyberdéfense », a reçu du « House Committee on ForeignAffairs » un feu vert de principele 7 mars dernier. En cas d'adoption définitive du texte, le patron actuel de la NSA Paul Nakasone (représentant principal des États-Unis en matière de cybersécurité et de l'US Cyber Command), devra composer avec l'arrivée de ce nouveau vecteur d’influence américaine dans le giron habituel du cyber. Dans la foulée de cette décision,une « tournée des grands-ducs » auprès des principaux alliés européens a été lancée afin de convaincre les nombreux responsables gouvernementaux de s’associer immédiatement aux priorités stratégiques décrétées par les Etats-Unis. Dans cet objectif, tous les events diplomatiques du secteur de la téléphonie mobile mondialeseront mis à contribution pour convaincre et faire pressionsur les différents acteurseuropéens, conformément aux intérêts américains. C’est à cela que nous assistons ici.

Dans le cadre d’une diplomatie publique d’influence bien huilée, le recours au magistère intellectuel et moral des universités américainespour convaincre est logique. Car elles sont par ailleurs détentrices d’une production de connaissances sans égal à travers le monde,en capacité de produire les effets de levier recherchés en matière de légitimité. D’autant plus dans le cadre de ce véritable jeu « d’encerclement cognitif » dont les Etats-Unis sont passés maitres. Un dispositif opérationnel d’une redoutable efficacité mis en œuvre contre leurs adversaires, qu’a parfaitement su théoriserle patron de l’Ecole de Guerre économique Christian Harbulot, à travers la création de ce vocable sémantique imagé. Un jeu de « Go » à l’échelle mondiale en quelque sorte. Avec cependant un avantage notable pour les Américains qui savent mieux que personne jouer sur leurs attributs culturels attractifs, et en tirer profit pour manœuvrer et ravir les indécis à leur cause. D’où cet usage immodéré de la Fulbright University Vietnam et de la George Washington University Law School que vous citiez plus haut, afin d’appuyer leur démonstration sur un substrat universitaire construit et non récusable, à l’usage des « brebis égarées » que sont en l’état devenus à leurs yeuxleurs vassaux européens. Le récent « rappel à l’ordre » d’un Mike Pence – vice-président des États-Unis de Trump – doit s’entendre ainsi.

La Chine est en effet détentrice d’un long passé historique en matière d'espionnage industriel et politique. Et le régime de Pékin a de surcroit récemment adopté une nouvelle loi qui oblige les firmes domestiques à collaborer aux activités de collecte d'informations de l'Etat, si celui-ci le requiert. Les mauvaises langues rétorqueront selon toute vraisemblance que les Etats-Unis sont passés maitres dans l’Art d’agir ouvertement de la sorte, au prétexte de la sauvegarde de leurs intérêts de sécurité nationale. En cela, à l’identique de la Chine. Et ceci, eu égard pour leur indéniable maitrise de l’outil technologique et leur extraordinaire faculté à construire un soft power parfaitement assumé et attractif pour le reste du monde.

Si le parti communiste Chinois (PCC) avait bien en réalité la mainsur la firme Huawei, ceci pourrait-il donner enfin corps aux soupçons d'espionnage industriel nourris par les pays occidentaux, à l’encontre de la firme Chinoise?

Comment pourrait-on imaginer d’ailleurs une seule seconde que cela ne soit pas le cas ? À titre de contradiction, et par une cruelle ironie de l’histoire, les agences gouvernementales américaines au premier chef ont elles-mêmes une très longue tradition de collaborations secrètes et d’aide opérationnelle réciproque consentie avec leurs grandes firmes privées. Le tout s’établissant au bénéfice de toutes les parties prenantes engagées dans ses actions de mutualisation avantageuses. Les rapports entre ces différents établissements sont d’ailleurs permanents et très souvent reconnus compte tenu la doctrine de Sécurité Nationale qui prévaut aux Etats-Unis.

À ce titre, on pense immédiatement à l’opérateur AT&T à qui la CIA verserait plus de dix millions de dollars par an (source NYT), afin d’obtenir des métadonnées téléphoniques sur des personnes suspectées de terrorisme. Ou encore, la firme industrielle Verizon mise en cause pour cette dernière dans l’affaire Snowden, à travers les révélations sur programme de surveillance global engagé de longue date par la NSA. La National Security Agency avait d’ailleurs obtenu de l’opérateur américain Verizon qu’il fournisse automatiquement des données relatives aux appels émis par ses clients à partir des États-Unis vers le reste du monde, ainsi que tous ceux émis à l’intérieur même du pays, sur demande expresse du FBI. Le Patriot Act avait en outre encore étendu ces capacités de surveillance globale au nom de la lutte contre le terrorisme, en vertu de sa fameuse section 215 qui « permet de surveiller les Américains à leur insu ». Même si le contenu des appels téléphoniques en eux-mêmes n’était pas enregistré et donc transmis, n’étaient en revanche collecté qu’un lot de ce que les opérateurs dénomment des métadonnées ayant trait aux appels comprenant le numéro appelant, le numéro appelé, la date et l’heure de l’appel, la durée de la communication et surtout l’IMEI.C’est-à-dire, l’identifiant unique du téléphone ainsi que la géolocalisation de celui-ci. L’ensemble du package laisse songeur.

Des révélations qui ont fait en leur temps scandale aux États-Unis, et qui posent naturellement la question de la surveillance des réseaux de communications « grand public », sous le prétexte de la lutte globale contre le terrorisme.En outre, rappelons également que la société Verizon fournissait aussi depuis 2010 l'infrastructure du réseau du gouvernement allemand Berlin-Bonn, utilisé pour la communication entre les différents ministères…Le gouvernement allemand ayant tôt fait de mettre fin au contrat existant avec le fournisseur américain, suite aux révélations d'Edward Snowden qui ont agi comme un électrochoc révélateur en la circonstance, sur les esprits. Il était de plus apparu que la chancelière Angela Merkel elle-même avait fait l'objet d'écoutes sauvages indélicates de la part des services de renseignement américains. On se souviendra que l'affaire avait porté un coup très sévère à la relation de confiance traditionnellement très forte entre Berlin et Washington. Mettant en outre brutalement sur le devant de la scène nationale, cette thématique jugée très sensible en Allemagne compte tenu de son histoire récente, ayant trait à la protection des données privées…

De leur côté, le continuum traditionnel que Moscou et Pékin établissent aussi entre « renseignement d'Etat », « sécurité intérieure », « actions extérieures » et « expansion économique », force aujourd’hui Washington à redéfinir aussi sa propre doctrine politique en ce sens, puisque les nouveaux ennemis désignés de l’Amérique agissent selon ces mêmes préceptes non-conventionnels. Et ceci doit en outre permettre aux Etats-Unis et leurs alliés de conserver à l’avenir une longueur d’avance en la matière, mais aussi de riposter le cas échéant aux visées d’une guerre hybride adverse, faite d’un cocktail d'opérations militaires conjointes, d’actions cyber offensives et d’influences subversives combinées, comme ce fut le cas lors de l'intervention russe en Ukraine, qui avait très fortement impressionné en son temps l'état-major américain.

Il semble que le concept ait d’ores et déjà fait florès dans l’hexagone, à travers l'officialisation récente d’une doctrine « cyber-offensive » française spécifique, et le développement de capacités d'influence « en ligne ». La Direction Générale des Relations Internationales et de la Stratégie (DGRIS) du ministère des armées réfléchit d’ailleurs à se forger une mini Task Force dédiée aux actions d'influence et de contre-influence, agissant discrètement dans le champ de la perception, et qui regrouperait notamment des représentants des différentes centrales ayant maille à partir avec les opérations d'influence menées subrepticement sur notre sol national par des puissances étrangères adverses, ayant des velléités intrusives notables de mener à bien des actions de pénétration. Au premier rang duquel le Commandement des Opérations Spéciales (COS), ou la DGSE. Le Commandement de la cyberdéfense (Comcyber) se lancerait d'ailleurs lui aussi dans cette lutte informatique d'influence« online ». On le voit sans ambages, les Chinois et les Russes n’ont pas le monopole des actions spéciales, menées par le truchement ou en appui de leurs différents opérateurs privés dédiés.

Le vice-président des Etats-Unis Mike Pence a récemment averti que les Américains pourraient cesser de partager des données sensibles en matière de lutte antiterroriste, avec les pays qui se fourniraient auprès de Huawei. « Ceux qui foncent sans réfléchir, adoptant des technologies chinoises sans prendre en compte nos réserves, pourraient se retrouver dans une position désavantageuse face aux Etats-Unis », a de son côté prévenu Gordon Sondland, l'envoyé de spécial de Washington à Bruxelles. Quelle est au juste la position de la France vis-à-vis de Huawei ?

Pour bien percevoir les ressorts essentiels du « grand jeu » actuel, il suffit comme à l’accoutumé de prendre le recul nécessaire pour en comprendre les tenants et les aboutissants. À travers cette mise en garde patente du vice-président des États-Unis, et son absolu refus de voir la Chine s’implanter durablement en Europe par l’adoption de sa technologie 5G, c’est bien l’ire américainequi menace désormais de s’abattre surla tête de leursalliés européenstelle l’épée de Damoclès, s’ils ne s’alignent pas sur leurs positions.Peu ou prou, l’Europe estdevenue une colonie numérique sous pression constantedes agences de renseignement et des géants de la Tech américaine. Et cela, « même si le terme peut choquer, il n’est pas loin de la vérité » de l’avis même de Bernard Barbier, l’ancien patronde la direction technique de la DGSE – ou « DT » pour les intimes... Pour donner corps à ses propos et se faire plus convaincant encore, le vice-président des Etats-Unis Mike Pence a averti que les Américains pourraient ainsi cesser de partager leurs données sensibles, par exemple en matière de lutte antiterroriste, avec les pays qui se fourniraient (au hasard) auprès de Huawei…

Rappelons-nous en l’occurrence de la mise au jour pas si lointaines des actions de surveillance globale et d’espionnage économique exercée par l’Agence de Sécurité Nationale (NSA) sur les entreprises et les ressortissants européens, révéléespar l’affaire Snowden. Et dans ce contexte diplomatique parfaitement délétère, la France est bien entendue au premier rang des têtes de turcs vertement visées par les propos de Pence. Les énormes pressions diplomatiques exercées par Washington sur les autorités françaises et allemandes ces derniers mois, matérialisent très nettement cet état de fait. Mais également sur les chefs de leurs différentes centrales de renseignement, dont les partenariats privilégiés contractés avec leurs homologues américains en matière de lutte antiterroristes ontpourtant vitaux...D’énormes pressions s’exerçent encore à ce stade.

Dans un autre registre, et en réponse aux visées offensives d’une guerre secrète « hybrides » qui pourrait-être ourdie par Pékin ou Moscou, il faut bien comprendre que les patrons des agences du renseignement américain, ainsi que les chefs militaires du Pentagone misent tous sur l’adoption d’une nouvelle doctrine de« contre-offensive globale », dite aussi « Multidomainoperations » (MDO). Celle-ci a pour objectif prioritaire de se déployer dans un même continuum d’actions conjointes (Pattern), allant de la cyberdéfense jusqu’à la sécurité économique. Cette approche non-conventionnelle vise aussi à mieux intégrer le renseignement aux opérations cyber-offensives, à la guerre électronique, aux capacités spatiales mais aussi aux actions d'influence. À ce titre, le patron de la NSA, Paul Nakasone, devenu par la force des choses le « cyber-diplomate  en chef » de Washington, s’appuie pour la réussite de sa nouvelle mission sur ses alliés indéfectibles que sont pour les Etats-Unis les« Five Eyes ». Autrement-dit, la puissante agence technique britannique GCHQ, l'Australian Signals Directorate (ASD), et le Centre de la sécurité des télécommunications du Canada (CSTC). Les Five Eyes on tdepuis tous acté la priorité donnée par Washington aux actions offensives spéciales dans l’adoption de leur nouvelle doctrine de cyberdéfense, réorganisant ainsi dans la foulée toutes leurs agences en conséquence. L’objectif poursuivit étant de permettre aux Etats-Unis et leurs alliés de riposter efficacement à l’occurrence d’une guerre hybride, faite d'opérations militaires, cyber et d’influences combinées en Pattern, comme ce fut le cas (nous le rappelions déjà plus haut),lors de l'intervention musclée des Russes en Ukraine, qui avait grandement impressionné l'état-major américain dans son ensemble. Alors que Washington a fait le choix délibéré d’entraver et de bannir par principe Huawei considéré comme une menace pour la sécurité nationale– puisque suspecté par ailleurs d'espionnage et de collusion avec le pouvoir Chinois– la France et l’Allemagne ; bien qu’alliées des Etats-Unis ; ont pour l’heure décidé de ne pas s’aligner mimétiquement sur la doctrine américaine en la matière, en adoptant une approche jugée plus pragmatique et mesurée. Occasionnant à ce titre un sévère coup de froid dans les relations entre partenaires transatlantiques, comme s’en sont fait écho en coulisses,les sources les mieux informées.

La « loi Huawei» portée par le député LREM Éric Bothorel – par ailleurs très fin connaisseur des sujets digitaux en termes de Sécurité Nationale – fixe désormais les règles du jeu à suivre pour le choix des prochains déploiements d’équipements télécoms de « cinquième génération » (ou 5G) sur le territoire national. Ceux-là mêmequi seront finalement adoptés par la France à l’horizon 2020. Ce texte adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale mi-avril, devrait très logiquement entrer en application en septembre prochain, après son examen minutieux par le Sénat le 1er juillet 2019.Le député Bothorel estime à juste titre que bien que les Américains soient nos partenaires, il n’en demeure pas moins que : « nous n'avons aucune raison de nous aligner sur leur doctrine. Les Etats-Unis pensent que la seule façon de se prémunir de certains risques est de bannir un acteur. Ce n'est pas notre stratégie. Nous avons à défendre la France et l'Europe. Quand une chancelière allemande a été écoutée, ce n'était pas par une puissance chinoise… » Ajoutant fort judicieusement s’il était besoin dans les Echos que :« Huawei n'est pas l'acteur prédominant de nos réseaux. Il n'a même pas 20 % de parts de marché. Et cela va perdurer, car l'hétérogénéité du parc est un choix judicieux, pour la concurrence comme pour la sécurité ». Des propos de bons sens, assurément animés par une excellente bonne connaissance du dossier. 

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Sidewinder
- 30/04/2019 - 05:02
Bravo!
Cela devait être un commentaire sur Huawei....c'est en fait une condamnation unilatérale des USA. Surprise ? Non, bien sûr, l'IRIS est une organisation d'extrême gauche profondément anti Américaine