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Ces chiffres qui éclairent de manière surprenante les difficultés de recrutement des entreprises

Publié le 25 avril 2019
Les difficultés de recrutement concernent 46 % des entreprises industrielles. Au plus haut depuis 2000, bien que le contexte de l'emploi soit très différent. En 2000, 82 000 créations nettes d'emplois industriels étaient intervenues. Celles-ci n'étaient que de 9 500 en 2018.
Denis Ferrand est Docteur en économie de l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble, Directeur Général de Coe-Rexecode depuis décembre 2008. Il est l'auteur de perspectives économiques mondiales 2014-2015 de Coe-Rexecode. Il est également...
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Denis Ferrand est Docteur en économie de l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble, Directeur Général de Coe-Rexecode depuis décembre 2008. Il est l'auteur de perspectives économiques mondiales 2014-2015 de Coe-Rexecode. Il est également...
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Les difficultés de recrutement concernent 46 % des entreprises industrielles. Au plus haut depuis 2000, bien que le contexte de l'emploi soit très différent. En 2000, 82 000 créations nettes d'emplois industriels étaient intervenues. Celles-ci n'étaient que de 9 500 en 2018.

Atlantico : Selon les données INSEE publiées ce 24 avril, 46% des entreprises du secteur industriel seraient confrontées à des difficultés de recrutement, un plus haut depuis près de 20 ans, mais dans un contexte de création d'emplois pourtant bien moins porteur qu'à cette époque. Comment expliquer ce paradoxe ? 

Denis Ferrand : L’année 2000 était une époque tout à fait exceptionnelle (82 000 embauches dans ce secteur) et les difficultés de recrutements étaient plus fortes à ce moment là  qu’elles ne le sont aujourd'hui (9500 embauches en 2018). Mais il est vrai que nous avons l’impression que nous venons buter beaucoup plus rapidement sur ces difficultés de recrutement parce que nous sommes confrontés à deux décennies de déclin industriel. En matière industrielle, le temps long a son importance avec des phénomènes d’hystérèse qui peuvent se manifester. Quand vous avez une contraction de la base industrielle sur une base régulière, cela se traduit par un certain nombre de compétences qui ne sont plus au rendez vous, ce sont des formations qui disparaissent - à quoi bon développer des formations pour des secteurs dont la capacité d’embauche ne fait que s’atrophier année après année. Ce sont des processus de temps long qui sont l’illustration de la  trace de la perte de compétitivité qu’a connu l’industrie pendant de longues années. C’est un processus cumulatif : pas d’investissement dans la formation, un environnement public qui ne promeut pas de formations industrielles dans les écoles,  ce qui aboutit à une situation ou vous ne trouvez plus les compétences pour pouvoir embaucher quand il y a un redressement de l’activité. Ce qui est tout à fait remarquable, c’est que nous sommes dans un contexte très particulier où l’on voit des créations nettes d’emplois (je le répète 9500 en 2018 contre 82 000 en 2000, mais cela suffit pour faire de 2018 une année exceptionnelle). Et je parle ici d’emplois directs et non pas de l’emploi intérimaire sollicité par l’industrie, qui a reculé au cours de l’année 2018 dans une proportion qui annihile la progression de l’emploi industriel direct. 

Ce qui est également remarquable sur les années 2018 et 2019, c’est que cette accélération de l’activité dans le domaine industriel a surtout été la conséquence de la croissance connue en 2017. Depuis 2018, le ralentissement est assez franc, on voit que l’indice de la production industrielle n'est en progression que de 0.5% aujourd'hui par rapport à il y a un an. La croissance industrielle est donc plus faible mais nous avons toujours les mêmes difficultés de recrutement, et toujours plus d’entreprises qui se déclarent confrontées à des difficultés liées à leurs capacités d’offre que d’entreprises confrontées à des problèmes de demande. Ce qui montre bien que si tous les risques pesant sur l’activité venaient à se lever, les entreprises viendront rapidement buter sur leurs capacités à suivre l’activité. 

Ne peut-on pas considérer que les entreprises se seraient accoutumées à une situation d'un marché de l'emploi dégradé, dont la progressive amélioration pourrait commencer à changer la donne ? 

Ce qui est remarquable dans ce contexte est que les entreprises doivent s’habituer à ces difficultés de recrutement. Sans doute ont-elles perdu l’habitude de recruter pendant toutes ces années de contraction et elles se retrouvent aujourd'hui confrontées à un pouvoir de négociation qui est peut être un peu moins à l’avantage des entreprises que cela ne pouvait être le cas il y a quelques années. Les données de l’ACOSS, publiées également le 24 avril montrent bien que dans les embauches qui s’effectuent aujourd'hui dans le secteur industriel, celles-ci se font principalement en CDI. Il est impressionnant de voir la progression très forte d’embauches en CDI par rapport à des contrats courts. Les entreprises, dans un contexte où elles ont du mal à trouver des salariés, vont se garantir de pouvoir les garder plus longtemps dans l’entreprise.  Un contrat qui aurait été proposé en CDD il y a 3 ou 4 ans, est aujourd'hui proposé en CDI. Nous n’avons pas encore les données, mais il faudra également surveiller les progressions des salaires à l’embauche, ce qui serait un véritable marqueur de la traduction de ces difficultés de recrutement qui s’exercent.   

La France connaît aujourd'hui des difficultés de recrutement et un taux de chômage très élevé, avec un taux d’emploi des 20-29 ans les moins formés qui est ridiculement bas au regard des autres pays européens. Ces difficultés de recrutement sont donc aussi un problème d’inclusion dans l’emploi de toute une frange de population, les jeunes non qualifiés, qui sont de plus en plus exclus de l’emploi. Il existe des initiatives qui sont menées par les entreprises pour essayer de former ces jeunes en interne, mais cela prend du temps. Nous avons un problème de nature conjoncturelle alors que les outils qui peuvent permettre de répondre à ces difficultés sont de nature structurelle.   

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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DANIEL74
- 26/04/2019 - 08:18
BON SENS
Les fossoyeurs de notre pays sont l'Education Nationale et la Sécurité Sociale, deux monopoles d'Etat qui ignorent les réalités et qui n'ont pas su s'adapter bien qu'ils ont détruit notre pays au lieu de le construire. Le Général n'a t'il pas confier à Alain Peyrefitte en juin 1969 : "Il est temps de mettre fin à l'absurdité qui veut que ceux qui devraient servir l'Etat sont ceux qui le menacent le plus". Remplacer l'ENA, l'ENS et l'ENM risque d'être le même alambic qui a transformé l'IUFM. Faire mieux est impossible en France mais faire pire est la solution des protégés du statut public et qui ne sont pas régalien. Poser le problème, la solution en découle CQFD
lal
- 25/04/2019 - 11:52
Désindustrialisation ,
Désindustrialisation , mondialisation,concurrence déloyale au sein même de l’Europe,ont produit ce chômage de masse en France; et nos gouvernants se désolent alors qu’ils ont accepté et encouragé cette situation;Promenez vous dans les campagnes française ,il y avait partout des petits ateliers, des petites industries en plus des agriculteurs,cela faisait vivre des millions de gens, aujourd’hui’hui il n’y a que des ruines,il n’y a plus de services publics parce qu’il n’y a plus personne.