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Fausse bonne idée

Sauver la France en travaillant plus, pourquoi pas… Pourquoi le diagnostic initial ne correspond que de loin à la réalité vécue par les Français

Publié le 24 avril 2019
Ce jeudi 25 avril, Emmanuel Macron a donné rendez-vous aux Français afin d’adresser une réponse au mouvement des « Gilets jaunes » alors que l’exécutif aurait choisi de proposer, notamment, un allongement de la durée du travail (recul de l’âge de la retraite, allongement de la durée hebdomadaire du travail, suppression d’un jour férié étant les pistes évoquées).
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Ce jeudi 25 avril, Emmanuel Macron a donné rendez-vous aux Français afin d’adresser une réponse au mouvement des « Gilets jaunes » alors que l’exécutif aurait choisi de proposer, notamment, un allongement de la durée du travail (recul de l’âge de la retraite, allongement de la durée hebdomadaire du travail, suppression d’un jour férié étant les pistes évoquées).

Atlantico : Si une telle mesure pourrait permettre une amélioration de la situation du pays, dans quelle mesure le constat de départ d’une France qui ne travaille pas suffisamment pourrait ne pas être « juste » pour tous les Français, notamment les cadres qui affichent les horaires hebdomadaires les plus élevés de l’Union, selon une étude publiée par la DARES ?

Michel Ruimy : Tout d’abord, rappelons que le 23 avril 1919, la journée de 8 heures était célébrée comme une conquête ouvrière. Cent ans plus tard, l’Élysée réfléchit à rallonger le temps de travail !

Pourquoi le chef de l’État réclame-t-il plus d’efforts de la part des Français ? Parce qu’il est à recherche de nouveaux capitaux - plutôt que de recourir à un alourdissement de la dette publique française - pour financer les mesures annoncées en décembre. Et le manque à gagner inquiète d’autant plus qu’un autre défi majeur apparaît : le financement de la dépendance qui, selon un récent rapport remis à Matignon, nécessitera plus de 9,2 milliards d’euros d’ici 2030.

En même temps, la faiblesse des performances du marché du travail français appelle à s’interroger sur les politiques à mettre en œuvre afin d’améliorer son fonctionnement, dans un environnement économique marqué par d’importantes évolutions structurelles (progression et vieillissement de la population active, élévation des qualifications, incertitudes sur la croissance de moyen terme, impact de la révolution numérique). Dans ce contexte, la politique du temps de travail est un des leviers que l’on peut mobiliser.

Toutefois, en décrétant un allongement de la durée du temps de travail, Emmanuel Macron risque de faire un mauvais choix et de ne pas tenir pas compte de certaines caractéristiques.

Tout d’abord, selon une enquête Viavoice, réalisée, en 2018, pour la CGT, la charge de travail et la durée du travail ne cessent d’augmenter. Ainsi, près d’un sondé sur deux, tous secteurs confondus, déclare travailler plus de 45 heures par semaine. De quoi expliquer de fortes insatisfactions, notamment la grogne sur le pouvoir d’achat. Cette tendance est observée depuis 2012, mais qui s’accroît particulièrement chez les cadres, situation qui est également relevée par la DARES.

Ensuite, selon une étude de l’INSEE sur la durée et l’organisation du travail, publiée l’an passé, si, parmi les salariés, les cadres déclarent travailler chez eux et le soir plus souvent que la moyenne, les employés, quant à eux, qu’ils soient à temps complet ou à temps partiel, travaillent en forte proportion le samedi et, à un degré moindre, le dimanche. Les ouvriers sont, pour leur part, plus concernés que la moyenne, par le travail de nuit et les horaires alternés.

C’est pourquoi, je ne pense pas que le président optera pour un allongement du temps de travail mais plutôt pour une suppression d’un jour de congé. Une solution égalitaire et moins problématique, qui éviterait de créer des situations injustes voire inextricables.

A cet égard, la journée de travail supplémentaire non payée, instaurée en 2004 par Jean-Pierre Raffarin, rapportera 2,1 milliards d’euros en 2019.

(En pratique, l'employeur verse 0,30% de la masse salariale brute à titre de cotisation. Les montants collectés sont reversés, par le biais des URSSAF, à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. Au lieu d’être chômée, le salarié fournit à son employeur 1 journée de travail de 7 heures non rémunérée. Pour ces heures, il perd le bénéfice de la majoration correspondante pour heures supplémentaires, le repos compensateur qui s’y rapporte et l’inscription dans le contingent d’heures supplémentaires annuelles. Le bulletin de salaire ne mentionne aucune cotisation salariale. Enfin, outre les revenus du capital, les retraités assujettis à l'impôt sur le revenu participent aussi à l’effort de solidarité via la Contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie qui est un prélèvement de 0,30% sur les retraites, les pensions d’invalidité et les allocations de préretraite).

Ne peut-on pas également voir les Français qui travaillent effectivement 35 heures, plus comme des victimes d’une situation qui bride la progression de leurs salaires, tout comme l’a été l’arrêt de la défiscalisation des heures supplémentaires sous le mandat de François Hollande ?

En effet, on peut s’interroger sur un allongement du temps de travail sans traduction à due proportion sur les salaires. Cela risque de mécontenter les salariés travaillant à temps plein, notamment en termes financiers mais également en termes de motivation et donc, dans un premier temps, en termes de productivité.

Mais, cette initiative est aussi une manière de pouvoir contenir voire de réduire les coûts salariaux unitaires.

En outre, une augmentation de la durée du temps de travail risque d’entraîner à court terme une hausse du chômage, dans la mesure où les entreprises auront tendance, à niveau donné de leurs carnets de commandes, à ajuster leur cible de main-d’œuvre à la baisse. Ce risque sera renforcé si une telle mesure intervient à un moment où l’économie se trouve dans une situation conjoncturelle déprimée.

À moyen terme, le gain de compétitivité généré par une hausse de la durée du temps de travail qui s’accompagnerait d’une baisse des coûts salariaux unitaires peut, en revanche, contribuer à stimuler la production, les marges, l’investissement et, in fine, l’emploi.

Cependant, il me semble aussi que le gouvernement pourrait relever le taux d’activité en explorant certaines pistes comme notamment celles de favoriser la multi-activité et les cumuls formation-emploi pour les jeunes et emploi-retraite pour les seniors.

Dans quelle mesure les différentes réformes concernant le temps de travail ont pu se révéler néfastes pour les salariés, notamment pour les plus bas salaires ?

La France se caractérise par un niveau de chômage structurellement élevé et par un taux d’activité qui progresse peu depuis 10 ans. Le temps de travail, du fait de ses multiples dimensions, permet d’agir, à la fois, sur l’accessibilité à l’emploi, sur son coût et sur les conditions de travail…. Qu’observe-t-on dans une perspective historique ?

Tout d’abord, que la politique du temps de travail a connu des orientations variées et, pour partie, contradictoires depuis 25 ans en France, tout en étant à chaque fois coûteuses pour les finances publiques. « Ne perds pas ta vie à la gagner » scandait-on en 1968. Le moins que l’on puisse dire c’est, qu’en 50 ans, le temps passé au travail a relativement diminué. Alors qu’en 1968, un salarié travaillait, en moyenne, environ 1 850 heures, par an, un demi-siècle plus tard, la durée annuelle du travail des salariés est de l’ordre de 1 390 heures.

Par ailleurs, qu’au-delà de la question de la durée légale de travail, différents dispositifs ont été mis en place afin d’aménager le temps de travail (forfait en jours, annualisation de son décompte, modification du contingent d’heures supplémentaires…).

Mais si, à la faveur de l’informatisation et de l’assouplissement des organisations, les conditions de travail se sont améliorées en 50 ans, et même si nombre de problématiques actuelles n’étaient pas d’actualité en 1968, il est clair, du point de vue de l’emploi, qu’il y a une montée de la précarité, notamment pour les personnes les moins qualifiées, les moins bien rémunérées. Ceci est notamment dû aux mutations des types d’emploi. Avec le développement du temps partiel, des individus enchaînent de multiples contrats de très courte durée. Or, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui encore, c’est le travail qui donne le statut social d’un individu, qui le place dans la société. Il est structurant psychologiquement et régule les relations sociales.

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Labarthe
- 25/04/2019 - 09:51
Comparaison n’est pas raison..
Pour la plupart des gens le travail n’a plus rien à voir à ce qu’il était il y’a seulement 20 ans. Il a changé de nature, il est plus complexe, demande beaucoup plus de connaissances techniques. Les responsabilités sont plus grandes. Les connaissances doivent évoluer plus vite. Il y’a beaucoup plus de solitude et de stress. L’avenir est plus incertain sans parler des changements induits par l’ intelligence artificielle qui va toucher de plus en plus de secteurs et d’emplois. Par ailleurs le facteur humain disparaît de plus en plus dans une logique de bénéfices à tout prix. Et là-dessus un gouvernement dont le discours, peu en rapport avec la réalité, est angoissant et humiliant.
ajm
- 24/04/2019 - 16:52
Vieille ficelle.
Le gouvernement, en fait Bercy, cherche à récupérer du fric en ressortant les vieilles ficelles comme la vignette pour les vieux repeinte en cotisation pour la dépendance.
assougoudrel
- 24/04/2019 - 15:58
Changeons la Marseillaise pour
l’hymne national de la Paresse: Le travail c'est la santé......les prisonniers du boulot n'font pas de vieux os...