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Bombardiers contre gardes suisses : le jour où les Etats-Unis ont attaqué le Vatican
Publié le 21 avril 2019
Bruno Fuligni et Bruno Léandri publient "Les Guerres stupides de l’histoire" aux éditions Les Arènes. Ils retracent les conflits les plus particulièrement surprenants de l’histoire universelle. Puisse un jour le rappel de tant d’inepties sanglantes calmer de futures velléités belliqueuses ! Extrait 2/2.
Bruno Fuligni est écrivain et historien.Il est l'auteur de Dans les archives inédites des services secrets (Iconoclaste, 2010) et de l'introduction au recueil Humour et Politique du Prix Press Club (Horay, juin 2011). 
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Bruno Léandri, écrivain, chroniqueur et scénariste, longtemps collaborateur du mensuel Fluide glacial, est l'auteur de La Grande Encyclopédie du dérisoire.
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Bruno Fuligni et Bruno Léandri publient "Les Guerres stupides de l’histoire" aux éditions Les Arènes. Ils retracent les conflits les plus particulièrement surprenants de l’histoire universelle. Puisse un jour le rappel de tant d’inepties sanglantes calmer de futures velléités belliqueuses ! Extrait 2/2.

L’Osservatore romano, brûlot gauchiste ? Tout est relatif en effet, mais en comparaison de la presse fasciste, muselée par la censure et gonflée de propagande grossière, le quotidien officiel de la papauté fait office de presse libre dans l’Italie de la Seconde Guerre mondiale. Le Vatican est neutre en effet, ainsi que son journal, sa radio et les minuscules services d’un État de 0,44 kilomètre carré au centre de Rome : c’est tout ce qui reste des anciens États de l’Église, annexés par l’Italie, mais c’est aussi un sanctuaire, juridiquement reconnu par Mussolini lui-même, signataire des accords du Latran en 1929. 

Anarchiste dans sa jeunesse et athée déclaré, celui-ci a fait du chemin depuis ses conférences d’autrefois sur le thème : « Dieu n’existe pas. » Bien des Chemises noires viennent de la gauche, comme Roberto Farinacci, ancien franc-maçon, patron des squadristes de Crémone, dont les exactions sont telles que Mussolini lui-même doit plusieurs fois le modérer. Les fascistes, arrivés au pouvoir en 1923, ont trouvé des arrangements avec le pape et le clergé catholique, influents dans toute l’Italie et, comme eux, très anticommunistes. Certes, il y aura des espions italiens au Vatican, des inspecteurs de la police politique traîneront place Saint-Pierre, mais au plan militaire, la neutralité de l’enclave est strictement respectée. 

Or, le 5 novembre 1943, il fait déjà nuit quand, peu après 20 heures, le bruit d’un moteur d’avion se fait entendre au-dessus de l’État pontifical. La garde suisse ne possède ni escadrille de chasseurs ni batterie de DCA, c’est donc un Vatican sans défense qui reçoit cinq bombes autour de la basilique Saint-Pierre ! 

Ce don du ciel stupéfie Sa Sainteté le pape Pie XII, qui toutefois se garde de réagir. Après tout, ce bombardement n’a pas fait de victimes et l’une des bombes – providence divine – n’a même pas explosé. Mais les dégâts sont importants et surtout, il y a le symbole. Qu’on fasse la guerre tant qu’on veut, mais respectons la neutralité du Vatican, sacredieu ! Les catholiques américains protestent, au point que Roosevelt doit s’engager à respecter l’espace aérien vaticanais. 

Mussolini boit du petit-lait : sa propagande fustige ces Anglo-Américains protestants qui osent bombarder le pape. Pour le Duce, il est vrai, les bonnes nouvelles sont rares : depuis que les Alliés ont pris la Sicile, en août, puis ont débarqué dans la péninsule, en septembre, les fascistes ont dû se replier au nord, abandonner Rome et, perdant le soutien du roi, former une fantomatique « République sociale italienne » qui a pour capitale Salò. Quant aux Anglo-Américains hérétiques, cette affaire de bombardement impie les agace tout de même un peu mais, malgré les enquêtes déclenchées au sein de la RAF et de l’US Air Force, impossible de découvrir quelle forteresse volante s’est rendue responsable d’une si stupide agression. 

Et voici que, le 1er mars 1944, six nouvelles bombes s’abattent sur le Saint-Office, l’Oratoire et l’université pontificale : un petit avion est venu spécialement pour ce raid, puis s’en va si vite qu’il heurte un immeuble et se crashe : châtiment divin ! Les débris carbonisés de l’appareil ne permettent cependant pas de le rattacher avec certitude à une armée bien déterminée et c’est fort dommage car, cette fois, il y a deux victimes : un ouvrier s’est fait tuer, une religieuse est blessée. Mais Sa Sainteté Pie XII continue de garder le silence. 

Le temps de l’Église n’est pas celui du commun. C’est en mars 2012 seulement que le Vatican ouvre le dossier secret qui gît dans ses archives. Sa Sainteté Pie XII est morte depuis cinquante-quatre ans quand le monde apprend ce qu’elle savait sans doute dès 1943 : le bombardement du Vatican est l’œuvre de la République sociale italienne. Mussolini peut n’y être pour rien et l’avoir ignoré, mais son sinistre acolyte Farinacci semble avoir ordonné les deux opérations, dans le but de faire taire Radio Vatican, qu’il soupçonnait d’envoyer de manière codée des renseignements aux Alliés… L’émetteur ayant résisté, on peut considérer que le Vatican a gagné la guerre.

Extrait du livre de Bruno Fuligni et Bruno Léandri, "Les guerres stupides de l'histoire", publié aux éditions Les Arènes. 

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