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Grand entretien

Cardinal Robert Sarah : “Si les dirigeants de l’Occident se résignent à la tiédeur et oublient ses racines chrétiennes, ils le conduisent droit à sa perte”

Publié le 08 avril 2019
A l'occasion de la parution de l'ouvrage "Le soir approche et déjà le soir baisse" publié aux éditions Fayard, le cardinal Robert Sarah se livre à Atlantico. Première partie d'un entretien en deux volets.
Robert Sarah est un cardinal catholique guinéen, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2014. Il était auparavant Président du Conseil pontifical Cor unum.Le 25 février 2015, il a publié chez Fayard Dieu ou...
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Cardinal Robert Sarah
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Robert Sarah est un cardinal catholique guinéen, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2014. Il était auparavant Président du Conseil pontifical Cor unum.Le 25 février 2015, il a publié chez Fayard Dieu ou...
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A l'occasion de la parution de l'ouvrage "Le soir approche et déjà le soir baisse" publié aux éditions Fayard, le cardinal Robert Sarah se livre à Atlantico. Première partie d'un entretien en deux volets.

 Lien vers la deuxième partie : ICI

Jean-Sébastien Ferjou : Vous parlez de la crise de l'Eglise, vous en analysez les différents symptômes, puis vous parlez de la crise de l'Occident. Vous utilisez deux images, celle de l'homme riche qui suit Jésus jusqu'au moment où Jésus lui demande de renoncer à sa fortune, ce que cet homme refuse parce qu'il a trop de biens. Et une autre : "Le monde moderne a renié Dieu car il ne voulait pas voir son image reflétée dans les yeux de Jésus. Mais s'il refuse de se laisser regarder, il finira comme Jésus dans le désespoir. Tel est le signe de la crise contemporaine de la foi". L'Occident n'a plus voulu de ces renoncements au confort matériel ou moral et n’a plus accepté de se laisser regarder dans cette posture. Diriez-vous que l'Eglise est en crise parce qu'elle est trop occidentale ? Ou que l’occident est en crise car le christianisme l’est aussi ? 

Cardinal Robert Sarah : L’Occident et l’Eglise sont deux réalités qu’on ne peut séparer. L’Eglise n’est pas une idée ; elle est une réalité incarnée dans l’histoire des hommes. A mon avis, on ne peut pas séparer l'Occident de l'Eglise, qui l’a façonné. Oui, par nature, l’Occident est chrétien. Il plonge ses racines les plus profondes dans le christianisme. Sa culture, son art, son histoire, sa littérature, sa vision de l'homme sont chrétiens. C’est pourquoi, la crise de l'Eglise est en même temps la crise de l'Occident et, réciproquement, la crise de l'Occident est en même temps celle de l'Eglise. Nous ne pouvons pas séparer ces deux réalités si intrinsèquement liées entre elles. Pour moi, en tant qu’Africain, l'Occident est une création du christianisme, même si, de nos jours, beaucoup d’Occidentaux refusent de reconnaître les racines chrétiennes de l'Occident. C’est d’ailleurs la démence qui pousse certains Occidentaux à nier la réalité biologiquement incontestable de leur sexe et à se mutiler pour le changer. Mais vous ne pouvez pas nier votre culture, ce que vous êtes profondément. Votre littérature, votre art (architecture, peinture, musique…)… tout est chrétien. L'Occident n'est pas une idée sans consistance, ni stabilité ; il a simplement remis son âme à des vautours qui veulent lui imposer le règne du dieu Argent. La société occidentale est devenue un chancre mou qui répand son poison libertaire dans le monde entier. Il est urgent que vous vous ressaisissiez en suivant l’exemple des témoins du Christ qui sont les missionnaires de la Nouvelle Evangélisation. Ils sont plus nombreux qu’on ne le pense de prime abord ; ce sont eux qui viennent se ressourcer à l’abri des cloîtres, dans vos magnifiques abbayes, où des âmes ardentes offrent leur vie pour que cette résistance spirituelle porte de nombreux fruits de foi, d’espérance et de charité. Ne désespérez jamais ! Jésus nous a dit : « J’ai vaincu le monde ! ».

Il y a aussi de nombreux croyants chinois, sud-américains ou africains…

Oui, mais s’il y a de très nombreux chrétiens ailleurs dans le monde, en dehors de l’Europe, c'est parce que l'Occident leur a apporté la Bonne Nouvelle de l’Evangile et le baptême du Salut. A mon avis, la mission de l'Occident n'est pas le fruit du hasard. C’est Dieu qui l'a voulue. N’avez-vous pas envoyé des missionnaires partout dans le monde ? On ne peut donc pas vous séparer de l'Eglise. La crise de l'Occident est donc contemporaine de la crise de l'Eglise. En effet, l’affaiblissement de l’Eglise a provoqué l’affaissement de l’Occident. Et réciproquement. Qui témoigne encore aujourd’hui de l'Evangile dans des domaines aussi divers que la politique, l’éthique, l’économie et la culture ? C’est la mission particulière des fidèles laïcs, et non d’abord des prêtres. 

Justement, trouvez-vous que les catholiques français -peut-être par une mauvaise compréhension de la laïcité- ont renoncé à la part de témoignage dont ils devraient être porteurs en masquant leur identité catholique pour ne pas heurter les autres ?

La laïcité à la française est marquée par une contradiction : étant donné que la France a été essentiellement façonnée par l'Eglise, vous ne pouvez pas dire : « je suis laïc dans la société, et donc je me tais sur les points non-négociables, en particulier le respect et la promotion de la vie, et je suis chrétien à l'église », c'est ridicule. Un homme ne peut pas être divisé : il est un à tous points de vue, en toutes circonstances. Un catholique français, qui prie dans une église, est le même que le citoyen français qui s’engage en politique. Prétendre le contraire est le summum de l’incohérence. La foi est, certes, une réalité d’ordre privé, intime, mais elle doit rayonner dans les communautés où vivent les chrétiens pour les transformer de l’intérieur, à commencer par la famille, mais aussi la commune, la région, les diverses associations et, par conséquent, dans la société au sens large. La dichotomie entre la foi et la vie concrète a provoqué un vrai désastre pour l’ensemble de la société française, en particulier dans les domaines éthique, anthropologique et socio-économique. Elle vous a fait perdre votre identité propre.

Pensez-vous que les évêques français se sont trop retirés du débat public ?

Les évêques n'ont pas à participer à la politique en tant que telle, et donc à s’aligner sur un parti. Mais ils doivent défendre et promouvoir la personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, les valeurs chrétiennes, et en premier lieu les valeurs de la vie et de la morale familiale et sociale ; tel est leur devoir. Ils doivent défendre et promouvoir ce que Dieu leur dit de défendre, et donc de promouvoir sa doctrine et son enseignement intangible et immuable. Ils ne doivent pas craindre de redire à temps et à contretemps ce que Dieu nous a transmis dans ses Commandements : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d'adultère… Ainsi, ils doivent dire clairement et ne pas craindre de répéter qu’il n’y a de mariage qu’entre un homme et une femme. Ils doivent aussi s’opposer au divorce, qui ne cesse de se banaliser, car personne ne peut et ne veut se marier, puis décider après quelque temps de briser sa famille. Ceci est valable non seulement pour les chrétiens, mais aussi pour tous les citoyens, membres de la même la société française.

Vous expliquez que les Occidentaux opposent leur liberté à cet ordre naturel dont vous venez de parler, qu'ils font entrer la liberté en concurrence avec la loi naturelle, ce qui est finalement ne pas comprendre la nature réelle de la liberté… 

Comme vous l’aurez constaté vous-même, jamais la liberté n’a été autant prônée, ni autant niée. Comme le  disait Alexandre Soljenitsyne, en 1975, en parlant aux Occidentaux : « le temps a érodé votre notion de liberté. Vous avez gardé le mot et fabriqué une autre notion. Vous avez oublié le sens de la liberté. Lorsque l’Europe l’a conquise aux alentours du XVIII siècle, c’était une notion sacrée. La liberté débouchait sur la vertu et l’héroïsme. Cela, vous l’avez oublié… Pour ce fantôme de l’ancienne liberté, vous n’êtes plus capables de faire des sacrifices, tout juste des compromis ». On a perdu le sens de la liberté. La liberté, ce n'est pas suivre ses tendances, ses instincts sans recul, ni discernement. La liberté, c'est chercher la vérité, et c'est donc chercher le bien, non pas d’une manière égoïste, et donc pas seulement mon bien personnel, mais le bien commun, le bien de tous, à commencer par le plus pauvre. La liberté n’équivaut pas à écraser le liberté de l’autre. Au contraire, ma liberté m’oblige à nouer des relations avec mon prochain, et donc à le respecter. Quand vous conduisez votre voiture dans les rues d’une ville, on peut estimer à première vue qu’un feu rouge limite votre liberté, puisqu’il vous oblige à arrêter votre véhicule. Pourtant, si vous continuez à aller tout droit, vous risquez d’écraser une personne. Ce simple exemple nous permet de comprendre que la liberté n'est jamais totale. Toute liberté a ses limites. Le liberté est un combat, une conquête qui mobilise toutes mes énergies pour réfréner mon égoïsme, mes instincts et mes pulsions qui nuiraient à la liberté d’autrui et ruineraient ma noblesse d’homme. C’est pourquoi, la loi naturelle n’est en aucun cas une entrave :  elle est la grammaire de notre nature. 

L'œcuménisme, le dialogue interreligieux sont des valeurs très occidentales. Vous dites qu'on les a beaucoup transformées en irénisme, en une sorte de niaiserie. Avez-vous été frappé par la déclaration du pape François qui a lancé un appel avec le roi du Maroc à la liberté de culte à Jérusalem, en oubliant peut-être de préciser qu'il faudrait aussi que la liberté de culte soit respectée dans les pays arabes – particulièrement dans le Golfe ? Le pape accepte que les chrétiens ne fassent pas de prosélytisme pour donner des gages de sa volonté pacifique mais ne réclame pas la pareille aux musulmans avec lesquels il s’entretient. 

Laissons de côté François. Qu’est-ce que l'œcuménisme ? Le Christ a voulu que nous soyons un. Cela ne signifie pas que pour dialoguer avec mon vis-à-vis, je dois renoncer à ce que je suis. La volonté de dialoguer, ce n'est pas mettre sous le boisseau ma foi catholique, et donc renoncer à tout ce que j’ai reçu depuis mon baptême, dans le but d’entretenir des relations amicales, voire même de trouver un accord avec les anglicans ou les protestants. L’œcuménisme, c'est réfléchir ensemble à la question suivante : quelle est la Volonté de Dieu à l’égard de nous tous, chrétiens des diverses Eglises et communautés ecclésiales ? Il s’agit donc de chercher et de découvrir ensemble l’appel de Jésus à la conversion, à la sainteté et à la perfection de notre vie chrétienne. C’est adhérer ensemble à la Vérité qu’il est Lui, le Seigneur Jésus. Le dialogue est fait d’écoute réciproque, mais aussi d’échanges, de recherche de la vérité et de la compréhension de l’existence humaine à la lumière de la Révélation divine. C’est donc vouloir être UN en Lui en nous identifiant, en nous configurant à Lui, en vivant pleinement et véritablement son Evangile. Mais nous sommes loin de cette Volonté de Jésus. 
Le dialogue interreligieux, qui concerne les relations des catholiques avec les non-chrétiens, est autre chose que l’œcuménisme : il s’agit de trouver des terrains d'entente pour éviter les conflits, pour que chacun respecte la religion de l'autre. Toutefois, si je crois que ma foi est meilleure, pourquoi ne puis-je pas la proposer à celui qui a une autre croyance que moi ? Je ne lui impose rien, je ne fais que lui présenter le contenu de ma propre foi, et donc je lui dis qui est Jésus pour moi. Mais si je cache mon identité chrétienne et donc ma foi, on ne peut plus parler de véritable dialogue, mais plutôt d’un marché de dupes, car les deux interlocuteurs se trompent mutuellement. Nous ne pouvons pas mettre de côté Jésus, notre Rédempteur, nous ne pouvons pas le cacher. Il s’est révélé pour que nous l’annoncions au monde entier, et que le monde le connaisse, l’aime et le serve comme son Seigneur, son Rédempteur et son Dieu.

Vous dites d'ailleurs qu'il faut proposer aux migrants notre foi chrétienne, pas l'imposer, la charité doit être gratuite, mais qu'il faut proposer notre identité…

Quand je reçois quelqu'un dans ma maison, je l’accueille du mieux que je peux, en lui offrant le meilleur de moi-même, ce que j'ai de plus beau. Or, si je ne donne aux migrants qu’un toit, de la nourriture, du travail, des médicaments, des vêtements… et que je lui cache ce qui fait vraiment un homme, c’est-à-dire son ouverture à la transcendance, à Dieu,  si j’oublie qu’il a aussi et surtout une âme, je le prive d’un grand trésor, et même du plus précieux des trésors. Pourquoi ne pas proposer ma foi chrétienne aux migrants ? Sans rien leur imposer, je peux toujours leur dire : « voici ton Salut : Le Christ Seigneur ; pourquoi ne pas l’accueillerais-tu pas chez toi, comme l’a fait Zachée dans l’Evangile ? ». 
Au-delà de ce qui est fait en faveur des migrants, je suis troublé par le renoncement de l’Occident à sa propre identité. Non seulement, les Occidentaux ne savent plus expliquer aux autres qui ils sont, mais ils seraient bien en peine de le leur dire, car, très souvent, eux-mêmes ne savent plus qui ils sont.  
Je crois que si l'Occident oublie ses racines chrétiennes, il disparaîtra. Si l’Occident est incapable de se ressaisir, s’il fuit ses responsabilités avec comme seul horizon les plaisirs du monde et les biens de consommation, d’autres, déjà présents en son sein, lui imposeront leur religion, leur vision de l'homme et leur morale. 

Est-ce qu'une telle mort de l'Occident signifierait une mort de l'Eglise ?

La mort de l'Occident pourrait entraîner la mort de l'humanité. L'Occident a eu la révélation de Dieu par les apôtres, en particulier saint Pierre et saint Paul, qui sont morts martyrs à Rome. Ils ont changé l'humanité, et ils ont suscité un nouvel humanisme. Ici, à Rome, dans l’Antiquité, les gens s'entretuaient sans respect pour le prochain, et ils envoyaient des esclaves aux lions ou assister aux combats des gladiateurs, dans les cirques, pour assister avec délectation à leurs supplices. Ils n’avaient aucun respect pour l’homme, en particulier le plus faible, les esclaves. Voir le sang humain couler à flots était leur plus beau divertissement. L'Eglise a enseigné le vrai sens de l'homme aux Romains de cette époque. C’est ainsi que l'Occident s’est transformé. Face à l’esclavage, les chrétiens ont dit : « c’est indigne de la personne humaine », et l’Occident a été le premier dans le monde à l’abolir. Si l'Occident disparaissait en se coupant de ses racines, le monde entier changerait terriblement.

Vous écrivez que le Seigneur est sans miséricorde envers les tièdes, vous revenez plusieurs fois sur cette idée et on sent que c'est quelque chose qui vous est cher. Vous citez d’ailleurs Charles Péguy : "Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée, c'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme perverse, c'est d'avoir une âme habituée". Pensez-vous que ceux qui se définissent comme progressistes, comme défenseurs de la démocratie et du Bien, que ce soit Emmanuel Macron en France ou ceux qui s'opposent aux populistes en Italie- sont dans une pensée courageuse ou dans une forme de pensée tiède, de pensée habituée ?

Je crois que si ceux qui gouvernent en ce moment les pays occidentaux, et aussi ceux qui veulent les diriger dans l’avenir, le font sans –voire contre- le christianisme alors ils deviennent tièdes et conduisent l’Occident à sa perte. Sans cette radicalité évangélique qui change le cœur de l’homme et donc la politique, l’économie, l’anthropologie, ils oeuvrent à sa disparition même si ça n’est pas leur intention. 
Mais s’ils tiennent de nouveau compte de l’existence de Dieu et qu’ils cherchent à satisfaire le bien véritable de l’homme, l’Occident pourra retrouver sa mission d’humanisation du monde par l’annonce de l’Evangile. Mais je crains qu’aujourd’hui, pour beaucoup de dirigeants occidentaux, Dieu soit mort et sa Parole sans aucun intérêt.

L’Occident, c’est le christianisme mais c’est aussi la science, la technologie, la Silicon Valley et ses recherches sur le transhumanisme ou l’immortalité. 

Mais que veulent ces gens ? Vivre jusqu’à 150 ans, 300 ans ? Que peuvent-ils bien en attendre ? Humainement, qu'est-ce qu'un homme peut encore faire à cet âge-là ? C’est absurde ! Pourquoi vouloir vivre aussi longtemps si c’est pour se contenter de jouir seulement d’un certain nombre de biens matériels ? Ce cauchemar prométhéen est proprement diabolique. Qui va avoir le courage de dénoncer cette folie ? Les dirigeants des pays occidentaux ? Mais si, pour eux, comme nous l’avons vu, Dieu n’existe pas, et que, par conséquent l’âme humaine n’est qu’une chimère, comment pourront-ils s’opposer à ce qui leur apparaît comme inéluctable, car scientifiquement et techniquement réalisable ? L’homme contemporain est complètement hypnotisé par ses conquêtes scientifiques et technologiques, qui exercent une véritable dictature sur son esprit, avec la complicité des puissants de ce monde, en particulier la plupart des responsables politiques et l’immense majorité des médias. Cette véritable fascination, à laquelle succombent nos dirigeants, est proprement diabolique. Pourtant, soyons clairs : l’avortement légalisé il y a une quarantaine d’années, et présenté maintenant comme un « droit de la femme », a constitué le porche infernal qui nous a conduits tout droit à ces aberrations. En effet, détruire une enfant dans le sein de sa mère équivaut à détruire l’humanité elle-même. Le transhumanisme, avec ses corollaires que sont la théorie du genre, les manipulations génétiques, la PMA et la GPA, est donc bien un suicide à l’échelle de l’humanité… pire que la bombe atomique, car il prolifère sur le terrain desséché de l’anesthésie des consciences, avec la complicité des puissances financières inimaginables, qui tiennent en respect les dirigeants de nos pays et la plupart des médias. Si nous ne nous réveillons pas immédiatement, si nous ne brisons pas ce véritable miroir aux alouettes qu’est ce système infernal qui nous hypnotise, nous allons tout droit au précipice… Que Dieu nous en préserve !

Sans aller jusqu'à ce fantasme d'immortalité, le fait que sur une même planète des gens puissent vivre de manière très différente, des pauvres sans accès à la médecine et d'autres avec des organes réparés, une meilleure vue… pourrait créer deux humanités. Redoutez-vous les découvertes scientifiques de ce 21ème siècle ?

Je pense qu'avoir deux types d'êtres humains sur la Terre est irréalisable ; c’est de la folie. Et même si c'était le cas, ce serait l’enfer sur la terre : en effet, je ne vois pas quel bonheur il y aurait pour un homme "invincible" à voir d'autres hommes mourir lentement à côté de lui. Souhaitons que le cauchemar du transhumanisme aboutisse à un échec, qu’il soit enseveli dans les sables de l’histoire, comme la Tour de Babel, qui, en s’écroulant, n’a laissé d’autres traces que des ruines qu’on a bien du mal à retrouver et à identifier. On ne va quand même pas donné raison au philosophe Jean-Paul Sartre, le chantre de l’absurde et de la liberté sans limites, auteur de cette expression terrible : L’enfer, c’est les autres, et faire de lui, à soixante ans de distance, une sorte de « prophète », et, en l’occurrence, un prophète de malheur ! Ce serait le comble ! Reprenons donc nos esprits : seule notre âme est immortelle, pas notre corps, qui est destiné à ressusciter, glorieux, au dernier Jour, à la Parousie, lorsque Jésus-Christ reviendra pour juger les vivants et les morts : voilà les bases du véritable humanisme, le seul qui est digne de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le transhumanisme, c’est le péché originel transposé à notre époque : c'est vouloir être comme Dieu. Et c'est une illusion mortifère. Et même si on réussissait à faire de tels hommes – invincibles, immortels – sur cette Terre, que feraient-ils de cette immortalité ? Notre bonheur, c'est Dieu, et pas l’imitation de Dieu, qui n’est qu’une singerie abjecte.

Vous parlez de cette Terre. Avec les inquiétudes sur l’environnement et le climat, « sauver la Planète » est devenu un slogan politique majeur. Mais peu de gens parlent de sauver l'homme et l'humanité…

Peut- on sauver la planète alors qu’on continue à tuer des enfants dans le sein de leurs mères ou qu’on élimine sans bruit les vieillards et les malades grabataires dont la faiblesse déplaît aux regards de nombre de nos contemporains ? Mais que sauve-t-on alors ? Quand on perd Dieu, on perd l'homme. Dieu n'existant plus, on veut encore sauver la nature. C’est très louable, et pourtant, qu'est-ce que la nature sans l’homme ?

Lors du dernier synode, un évêque congolais m’a dit ceci : « Dans notre région, on était heureux, il y avait des fleuves, des rivières, des arbres… et puis, un jour, des usines se sont installées. A l’aide de machines gigantesques, on a commencé à creuser nos sol ancestral pour chercher je ne sais quel minerai, et on a pollué toutes les rivières ». Les habitants de son diocèse sont maintenant obligés d’importer l’eau, car les gens n'ont plus d'eau potable. Alors, bien entendu, il faut absolument sauver les fleuves. Mais pas indépendamment des gens qui boivent l’eau de ces fleuves ! 

Est-ce à dire que certains écologistes ont une théologie négative, ou que la planète est devenue leur Dieu ?

Effectivement, on a  fait de la planète un Dieu, mais il s’agit d’une idole. Et c'est un dieu qu'on ne respecte même pas, parce qu'on pollue la Terre, on l'exploite d’une manière anarchique sans égard pour ses habitants. Il suffit de regarder ce qui se passe en Amérique Latine ou en Afrique. Les hommes ne comptent plus. Ce qui compte c'est l’appât du gain. Est-ce ainsi qu'on veut sauver la nature ? Mais pouvez-vous me dire qui est responsable de la pollution du monde ?
On parle beaucoup d’écologie, d’environnement à sauver. Tout cela est de l’hypocrisie. Tant que l'homme ne reconnaîtra pas ses limites, qu’il ne  reconnaîtra pas qu'il n'est pas Dieu, qu'il a été créé par

Quelqu'un, que la nature dans laquelle il vit est organisée et agencée selon un ordre voulu par Dieu, nous ne sauverons ni les hommes, ni la nature. Pourquoi l'homme ne veut-il pas reconnaître qu'il a été créé, qu'il a des limites ? Quand on contemple l’immensité de l’univers et le mouvement des étoiles, on voit pourtant bien qu’ils ne sont pas le fruit de l'intelligence humaine. Et qu’il n’existent pas non plus par pur hasard. Tout est organisé par une Intelligence et un Cœur, par Quelqu’un qui aime et veille sur le bien-être total et véritable de l’homme. Tout est un don merveilleux de Dieu.

Vous le dites dans le livre : les gens préfèrent ne pas recevoir un héritage parce qu'ils ne veulent rien devoir à personne…

Exactement. Les hommes ne veulent plus rien recevoir de Dieu. Ils aspirent à une totale autonomie,  à une totale indépendance par rapport à Lui. Ils veulent s’accaparer tout ce qu'ils ont eux-mêmes créés. Il n’y a plus que cela qui compte. Pourquoi le monde moderne veut-il à ce point sauver la nature, c’est-à-dire son environnement, mais pas d’abord la nature de l’homme, lui-même ? Fondamentalement, la dignité de l’homme consiste pourtant à être à la fois un débiteur et un héritier. 

 

Lien vers la deuxième partie : ICI

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Commentaires (16)
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Félicie
- 10/04/2019 - 15:17
Cardinal Sarah
C'est un véritable leader. Si seulement le cardinal Sarah avait été élu Pape ! son discours est intelligent, documenté, juste, et cohérent. Et fait d'autant plus apparaître la vacuité de François, qui semble courir en permanence après le politiquement correct qui plait tant aux médias.
Ce Pape controversé l'était aussi comme archevêque à Buenos Aires pendant la dictature.
Pharamond
- 10/04/2019 - 12:30
Mea culpa
Ce sont souvent des étrangers qui nous alertent sur des dangers que nous courrons que,par addiction idéologique,nous voulons ignorer. Ce Cardinal est bien affermi dans sa foi et ses convictions, contrairement à beaucoup qui sont en état de "mea-culpa" permanent. Il nous rappelle qu'être ouvert aux autres,ne signifie pas,se fondre dans les autres. Le grand historien Fernand Braudel ne disait-il pas dans son livre sur "L'Identité de la France"... qu'il soit entendu que, pour aucune nation, le dialogue obligatoire et de plus en plus pesant avec le monde n'entraîne une expropriation,un effacement de sa propre histoire". Le Pape François est un sud-américain qui s'est sans doute occupé de réfugiés,mais de réfugiés du continent, qu'ils retrouvait ,en fin de compte,à la messe.Il n'a pas eu à confronter des situations dans lesquelles des migrants excipent de leur appartenance religieuse pour intimider. Il devrait user du prestige que lui confère la papauté, pour demander aux responsables des pays d'où proviennent ces pauvres diables:pourquoi quittent-ils vos pays? Créez vous les conditions pour qu'ils restent?
hoche38
- 09/04/2019 - 19:26
Des analyses convergentes!
Je note que le Cardinal romain et Michel Onfray ont un même sentiment de l'unité entre l'Occident et le Christianisme au point que pour le philosophe c'est la fin du Christianisme qui entraine celle de notre civilisation occidentale.