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© XAVIER LEOTY / AFP
© XAVIER LEOTY / AFP
Grand Débat

Fin du Grand débat en vue : pourquoi Emmanuel Macron pourra difficilement apaiser le pays sans repasser par la case élections

Publié le 01 avril 2019
Alors que la fin du Grand débat se profile, le passage par les élections semble nécessaire pour que la crise, elle, puisse s'achever.
Chloé Morin est Chargée de projets internationaux chez IPSOS, ancienne conseillère en charge de l'opinion publique au sein du cabinet du Premier ministre Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, de 2012 à 2016.
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Alors que la fin du Grand débat se profile, le passage par les élections semble nécessaire pour que la crise, elle, puisse s'achever.

Atlantico : Alors que la fin du Grand débat se profile et qu'il y a consensus sur le diagnostic des problèmes en France, les revendications émises par les différentes parties peinent à se trouver une cohérence. Alors qu'aucune décision du gouvernement ne pourrait réellement résoudre les divisions, peut-on envisager une solution forte telle qu'une dissolution suivie d'une nouvelle élection ? Cette décision pourrait-elle apaiser la grogne populaire ?

Chloé Morin : Je ne suis pas certaine, tout d’abord, qu’il y ait consensus sur les problèmes prioritaires en France. Il existe un certain nombre de revendications fortes et largement partagées, certes : la demande de justice sociale, le pouvoir d’achat, l’intégration de davantage d’horizontalité dans nos processus de prise de décision… mais de manière générale, on peine à voir émerger un consensus autour d’une plateforme programmatique cohérente et alternative à celle du gouvernement. C’était d’ailleurs sans doute là un des objectifs du Grand débat, que de mettre à jour les contradictions internes à des oppositions au pouvoir qui n’ont pas grand chose de plus en partage que leur rejet de la politique actuelle et du Président…

Dès lors, on peine à imaginer quelles pourraient être LA ou LES mesures susceptibles de contenter l’ensemble des personnes qui, gilets jaunes ou non, se déclarent insatisfaites de leur situation. Il n’y a pas de recette magique, et c’est bien là le problème - les 10 milliards déjà annoncés au début de la crise ont sans doute contribué à dégonfler le mécontentement, mais de manière marginale, et se demande bien quels pourraient être montants nécessaires pour apaiser tout le monde dans ce contexte… C’est moins un cumul de mesures techniques qu’une attitude - l’écoute et la considération, l’humilité… - et qu’un chemin - construire les conditions d’un progrès partagé par tous, lutter contre le sentiment de dépossession individuelle et collective - qui me semblent être attendues. 

A l’absence de mesure consensuelle et évidente, s’ajoute le fait que sur le plan de la méthode, le défi du gouvernement sera de construire l’acceptation de ses décisions de sortie de crise. Si tout le monde ne se dira sans doute pas satisfait, il est indispensable pour le gouvernement qu’une large majorité considère à tout le moins avoir été écoutée et respectée, et retrouve dès lors la forme d’attentisme dans laquelle elle s’était installée pendant la première partie du quinquennat. 

Il me semble d’ailleurs que, bien plus que les mesures de fond qui seront annoncées, c’est bien cette méthode qui s’avèrera cruciale. Or, actuellement, il me semble que le gouvernement s’est installé dans un face à face avec les Gilets jaunes (les irréductibles), marginalisant en grande partie les oppositions institutionnelles. Dès lors, les Français accepteront-ils qu’il soit « juge et partie » en proposant lui même, en dehors de toute procédure d’arbitrage extérieure comme un vote, les mesures de sortie de crise? Il en a la légitimité institutionnelle, évidemment, mais les Français qui protestent acceptent-ils encore ces règles du jeu, eux qui ont été nombreux depuis mai 2017 à vouloir « refaire le match » (pour ce qui est des sympathisants LFI et RN), et qui pour beaucoup, aux côtés des Gilets jaunes, s’opposent au principe même de représentation sur lequel est fondé notre système institutionnel? Je ne sais pas si une dissolution résoudrait le problème, mais ce dont je suis convaincue, c’est que la priorité pour le gouvernement actuellement devrait être autant de trouver des « mesures » que de trouver le moyen d’une acceptation large - même résignée - des décisions qu’il s’apprête à prendre. Le pire serait que les Français qui ont joué le jeu du grand débat restent avec l’amer sentiment d’avoir joué le jeu pour rien.

En dépit de l'impopularité d'Emmanuel Macron et de son gouvernement, l'état de l'opposition ne garantit pas une déroute pour LREM. Quelles seraient les chances du parti majoritaire de remporter ces potentielles élections ?

L’opposition se caractérise depuis mai 2017 par une extrême fragmentation. C’est un atout majeur, dont le parti présidentiel bénéficie encore à plein. On le voit dans les intentions de vote en vue des Européennes : aucun parti de gauche ne parvient à ce stade à s’imposer comme un vote utile d’alternative à Emmanuel Macron, la droite a un positionnement encore assez peu lisible, et le RN conserve un socle que l’on dirait irréductible, mais ne bénéficie d’aucune dynamique réelle. 

Dans ce contexte, il est à ce stade encore difficile de voir quelle sera la dynamique de la campagne, car je suis persuadée que les Français ne sont pas encore « dedans ». Qui plus est, l’offre est à peine en train de se constituer (liste LREM dévoilée il y a une semaine à peine, alliance Place Publique-Nouvelle Donne-PS il y a quelques jours seulement, tête de liste LR encore peu connue…). A ce stade, on peut imaginer au moins trois dynamiques possibles :

- une dynamique purement nationale - le « référendum anti-Macron » que Jean-Luc Mélenchon avait tenté d’installer dès l’automne dernier. Dans ce cas-ci, l’enjeu sera d’apparaître, pour les partis d’opposition, comme le meilleur opposant à Emmanuel Macron. 

Cette option est possible, surtout si la sortie de crise des Gilets jaunes est mal gérée par le gouvernement. Néanmoins, le poids du contexte Européen (Brexit, tensions avec l’Italie, montée des populismes, prégnance de la question climatique dont tout le monde accepte désormais qu’elle doit être gérée à grande échelle…) plaide plutôt pour d’autres options...

- une dynamique fondée sur le « choix de l’Europe que l’on veut » : il s’agirait alors de voter pour les meilleures idées, pour changer une Europe qui ne satisfait personne - que ce soit sur la politique économique, sociale, migratoire ou encore climatique, l’Europe actuelle ne bénéficie pas de jugements majoritairement positifs. Dans ce cas, LREM apparaît plutôt, dans nos enquêtes, comme le garant du statu quo, et pourrait donc être mis en danger au profit de partis plus petits et plus libres de proposer sans se préoccuper d’expliquer comment appliquer leurs décisions.

- enfin, un autre scénario est possible : un référendum sur l’Europe elle-même, où le mot d’ordre « sauvons l’Europe » s’opposerait à un front des anti-européens. Avec le Brexit, la montée des populismes, beaucoup de Français pro-européens ressentent actuellement avec acuité la nécessité de préserver ce bien commun, certes imparfait, qu’est l’Europe. Si le souhait de « restaurer notre souveraineté » domine largement l’opinion, il n’y pas de majorité ni pour sortir de l’Euro, ni pour mettre en danger l’Union. Dès lors, si LREM parvient à imposer aux plus pro-européens l’idée que « l’Europe est en danger » et qu’il faut donc « voter utile » pour la préserver (ne pas prendre le risque de disperser les voix pro-européennes et voir les populistes gagner), et si par ailleurs LREM parvient à s’arroger le monopole du vote « pro-européen » utile, alors il a de bonnes chances de sortir en tête. 

Quelles autres options possédait Emmanuel Macron afin de regagner la confiance des Français ?

L’opinion publique se caractérise par une extrême volatilité, qui conduit à des chutes de popularité et des ruptures parfois brutales et inattendues. En revanche, la confiance est d’autant plus difficile à renouer qu’elle est devenue une denrée extrêmement rare en politique - pour preuve, regardons les niveaux de popularité des principales figures concurrentes au Président, ou le taux de popularité des institutions démocratiques, des syndicats aux partis politiques… Dès lors, je ne crois pas à la recette magique, à la mesure miracle qui permettrait de faire table rase du passé et de repartir sur des bases saines. Vraisemblablement, regagner la confiance d’une majorité de Français sera pour Emmanuel Macron un processus lent, où la constance et la cohérence seront déterminantes. 

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jurgio
- 01/04/2019 - 16:24
La grande frousse française
Une société qu'on a volontairement déboussolée pour la manier à son aise. Elle fut depuis les années sombres de 89 construite sur une opposition systématique entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas encore, entre les religieux et les athées (renommés laïcs pour la bonne cause), entre les patrons et les prolétaires, entre les bienpensants et les fachos, etc. On n'a pas voulu constater que les « aristos », excepté quelques grandes familles, étaient en fin de compte fauchés comme les blés et commençaient depuis longtemps à se marier à des familles bourgeoises, que les patrons dont la fortune distribuée n'aurait payé à chacun qu'un demi salaire étaient plus nécessaires que nuisibles, etc. Macron qui ne contentera à la fin, quoi qu'il fasse, qu'un nombre restreint de personnes se verra reconduire par le fait que la majorité du pays voudra retenir le médiocre qu'il connaît trop bien plutôt que le pire qu'il ignore. J'ai retrouvé un vieux slogan, peut-être de 68 : « Plutôt rouges que morts ! »
cloette
- 01/04/2019 - 15:17
@Ullman
Bravo !!
Gpo
- 01/04/2019 - 13:27
Case élections pour virer celui qui est cramé
Il n'est plus crédible tant il a usé de ressorts en communication et tant il a insulté, et méprisé les citoyens (surtout lorsqu'il était à l'étranger)...
Le pays doit retrouver calme et sérénité pour mettre en place un vraie vision de souveraineté une affirmation des valeurs laïques et républicaines..Ce petit monsieur a assombri notre horizon et tué nos espoirs...qu'il parte..vite