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Pourquoi le Brexit pourrait s’avérer une opération gagnante pour le Royaume-Uni
Publié le 30 mars 2019
Depuis quelques semaines, et encore plus depuis quelques heures, le Brexit devient une affaire frénétique. Tant au plan juridique, parlementaire que diplomatique. Loin du tumulte présent, essayons de faire un exercice de prospective économique.
Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research. Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'...
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Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research. Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'...
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Depuis quelques semaines, et encore plus depuis quelques heures, le Brexit devient une affaire frénétique. Tant au plan juridique, parlementaire que diplomatique. Loin du tumulte présent, essayons de faire un exercice de prospective économique.

Le temps du grand chamboule-tout

Si le Brexit se conclut effectivement, la volonté exprimée dans les urnes aura été respectée. Immédiatement va se poser la question de la continuité des échanges. Autrement dit le mot de chaîne logistique sera un keyword pour la nouvelle vie économique du pays.

Le spectre de la vision de centaines de camions bloqués à la frontière n'est pas une vision pessimiste, cela sera pendant de longs mois la réalité dans les multiples points d'entrée du Royaume-Uni.

Calé sur le modèle conçu par Toyota du " Just-in-time ", le pays voit ses productions soumises au régime des flux tendus. Nombre d'usines, hubs logistiques, etc n'ont que deux ou trois jours de stocks. Autrement dit, tout futur délai en douane impactera les forces vives de l'économie britannique et on peut même concevoir une sorte de grand chamboule-tout tant les enjeux sont élevés et la corde des risques bien tendue.

Nul ne saurait avoir la prétention de croire être à l'abri de cette vague qui va affecter l'ensemble des secteurs économiques.

Vers une redéfinition de la spécialisation internationale du Royaume-Uni

Dès 1817, David Ricardo écrivait – depuis le Royaume-Uni – sa théorie des avantages comparatifs. Nous avons tous en mémoire ses prescriptions en matière de spécialisation internationale que l'accélération de la mondialisation depuis les années 1980 ont plus que confirmé et conforté.

A ce jour, le Royaume-Uni est davantage un pays où l'assemblage, plutôt que la fabrication de A à Z, forge le trait dominant de la structure de production.

Ainsi, bien des usines automobiles comptent jusqu'à 70% d'intrants importés dans leurs productions finales comme c'est le cas emblématique de Honda à Swindon.

Le Brexit, c'est d'abord le défi de la continuité de la production.

Fondamentalement, selon mon analyse, le Brexit sera un " New Deal des Fonctions de Production " car il va profondément modifier les trois composants de la fonction de production : P = f ( K, W, e ) Avec K pour intensité capitalistique. W pour intensité du travail. Et "e" : l'epsilon qui recouvre le facteur résiduel mis en évidence par Carré, Dubois et Malinvaud ainsi que la balance des externalités positives et négatives.

La configuration actuellement projetée incite à un optimisme mesuré car les capitaux vont hésiter à s'investir dans un pays où la politique est d'autant moins lisible chez les Conservateurs qu'elle est presque fantasque chez certaines parties ( nationalisations, etc ) du programme des Travaillistes.

Le Brexit, c'est aussi le crépuscule d'élus qui ont fait de bien mesquins calculs politiciens au détriment de l'intérêt général. D'où les atermoiements poussés jusqu'à l'extrême qui ont marqué ces dernières semaines et jours.

Puisse l'avenir proche voir émerger des leaders à la hauteur du défi que l'Histoire impose au Royaume.

D'autant plus nettement que la France est directement concernée par cette question. Il faut en effet se souvenir que plus de 30.000 entreprises échangent avec l'Outre-Manche et que nous sommes ainsi excédentaires de plus de 10 milliards pour notre chancelant commerce extérieur.

Concernant l'agriculture, le Brexit va engendrer des difficultés car l'Angleterre est loin d'être auto-suffisante. La logique de la spécialisation ricardienne a conduit à focaliser le secteur sur tel ou tel type de produits au détriment d'un panachage mieux ventilé.

Plus préoccupant, le pays est actuellement en état de pharmaco-dépendance et n'a que quelques jours de stocks en matière de médicaments contre des maladies aussi cruciales que répandues ( insuline et diabète, insuffisance respiratoire, etc ).

Face à ce défi infiniment plus complexe qu'il n'y parait, on peut se réfugier derrière la célèbre phrase de l'ancien premier ministre Disraëli : " To be conscious that you are ignorant of the facts is yet a great step to knowledge ". ( Être conscient que vous ignorez bien des faits est déjà un grand pas vers la connaissance ).

Mais si l'urgence sanitaire s'impose, qui pourra se contenter d'un refuge ? Dès lors on comprend qu'il y aura des régimes dérogatoires et que les lendemains du Brexit – telle est ma conviction - seront rapidement compliqués par la force des choses et la dictature d'apparition des événements concrets. Le pays, libéré des entraves juridiques de l'Union saura avec habileté répondre au cas par cas.

Par-delà les aléas prévisibles, le pays entamera une reconfiguration de ses millions de fonctions de production. Ses capacités éprouvées de ductilité lui permettront de surmonter ce qui est un vrai chantier à l'échelle d'une nation.

Et si on parlait finances

Pour l'heure, bien des économistes continentaux ont du reprendre leurs sombres prévisions : la £ivre sterling devait s'effondrer, ce n'est pas le cas.

La Grande-Bretagne, c'est avant tout la place financière de Londres et sur ce sujet, il me semble que des approximations circulent parfois dans les esprits.

Le London Stock Exchange est la troisième place boursière mondiale derrière le NYSE ( New York Stock Exchange ) et la Bourse de Tokyo ( JPX ). Le LSE est accueillant pour des banques d'affaires tels que JP Morgan, Goldman Sachs ou autres Lazard Frères ce qui est un atout en matière de fusions-acquisitions qui ne dépend pas de son appartenance à l'Union européenne. Brexit ou pas, Londres sera toujours aussi conquérante d'autant qu'elle a déjà un allié de poids : la Chine.

 

En visite à Londres en octobre 2017, le Président Xi Jinping " a scellé le début d'une époque dorée " ( sic ) entre les deux nations.

L'objectif étant que Londres puisse être un acteur crucial de la " yuanisation de l'économie mondiale ".

Actuellement, le dollar est monnaie de réserve ( pour les banques centrales ) à hauteur de 62%, là où l'euro se situe à hauteur de 23% et que la devise chinoise ne figure qu'autour de 5%. Autant dire qu'être alliée de la puissance montante qu'est la Chine ( futur numéro un mondial sous 15 ans ) est un plus pour la nation britannique.

Les plus avisés gardant à l'esprit que la City est nettement la première place mondiale en tant que marché des changes, on peut voir se profiler l'ombre chinoise d'une collaboration fructueuse.

Déjà des négociations ont lieu entre les bourses de Londres , Hong Kong et Shanghai : une vectorisation de leurs forces respectives ferait sens et aurait une grande portée.

Du fait des liens entre Anglo-Saxons, on pense que le Royaume-Uni et les États-Unis transformeront Londres en une sorte de porte-avions de la finance par des accords avec la place de New-York. Des preuves tangibles montrent que Londres est à l'agenda de la route de la soie du XXIème siècle ardemment voulue par le président Xi Jinping.

Et que dire des futurs accords bilatéraux entre le Royaume-Uni et les membres du Commonwealth ?

Contracter avec l'Inde et son essor remarquable ou avec l'Australie permet de voir le soleil inonder la pièce.

En guise de résumé

Le Brexit c'est une affaire de 15 ans. Les cinq premières années seront marquées par un chamboule-tout et des débrouilles ponctuelles plus ou moins heureuses. Puis, dans  5 ans le reshaping des fonctions de production aura été mis en place et une nouvelle économie, digne de la mue d'un reptile émergera. Enfin, 5 ans plus tard, viendra le temps de la récolte des nouveaux fruits d'inspiration ricardienne.

Objectif 2035 donc.

Let's roll !

 

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cloberval
- 31/03/2019 - 11:17
D'un mal peut sortir un bien .
Mais quand on fait ce qu'il faut faire ensuite et si Dieu le veut !

Je ne crois pas qu'il soit démocratique de sacraliser un vote obtenu par des mensonges quand enfin au bout de 2 ans de débats et de confrontation avec la réalité parmi ceux qui ont voté non beaucoup voteraient oui . Consacrer une erreur reconnue n'a rien de démocratique ni d'intelligent . Cette erreur politique sera lourde à porter dans la tourmente et la contestation à venir .

Ensuite le monde change et le cousin américain et la gloire passée sont occupés ailleurs.

Enfin nier les bienfaits d'une coopération internationale certes à améliorer pour finalement se placer en position de faiblesse dans la dépendance inorganisée du monde entier sur tous les plans ne semble pas une bonne idée .



hoche38
- 30/03/2019 - 16:32
Les carottes sont cuites!
Pensez-vous raisonnablement que la population des Iles britanniques survivra au tsunami d'aigreurs de la super-classe fédéraliste européenne qui va déferler sur leur malheureux pays et tout emporter?
Benvoyons
- 30/03/2019 - 16:14
Erreur désindustrialiser lire s'industrialiser
:)