En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
© ludovic MARIN / POOL / AFP
Dans la tête des Français
Ce gouffre spectaculaire qui sépare le vocabulaire de la France du front anti-Macron de celle qui le soutient
Publié le 26 mars 2019
La dernière vague du Baromètre politique réalisée en mars par BVA pour Orange-RTL-La Tribune montre l’ampleur gigantesque du clivage d’opinions qui coupe les Français en deux.
Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bruno Cautrès
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La dernière vague du Baromètre politique réalisée en mars par BVA pour Orange-RTL-La Tribune montre l’ampleur gigantesque du clivage d’opinions qui coupe les Français en deux.

La dernière vague du Baromètre politique réalisée en mars par BVA pour Orange-RTL-La Tribune montre que la partie est très loin d’être gagnée par Emmanuel Macron. La popularité du Président se stabilise depuis le mois dernier à un niveau toujours très bas : 29% (baisse de 1 point pour le deuxième mois consécutif) des personnes interrogées déclarent avoir un « bonne opinion » d’Emmanuel Macron dont seulement 5% déclarent une « très bonne opinion ». Sa popularité est quasiment revenue au niveau le plus bas qu’elle enregistrait au plus fort de la crise des Gilets jaunes (26% en novembre dernier).

L’analyse de la question ouverte qui permet aux personnes interrogées de dire les raisons pour lesquelles elles ont un bonne ou mauvaise opinion d’Emmanuel Macron, continue de révéler l’ampleur gigantesque du clivage d’opinions qui coupe les Français en deux à propos du chef de l’Etat. En analysant les verbatims de ces réponses par les techniques statistiques de l’analyse des données textuelles, on prend la mesure du gouffre spectaculaire et même sidérant qui sépare les Français à propos d’Emmanuel Macron. Ces techniques permettent également de ranger ces verbatims en catégories, en « classes », dont on peut obtenir le poids statistique.

En résumant au plus bref ces groupes de verbatims, on peut distinguer deux catégories. Le groupe le plus nombreux (74%) utilise, pour parler d’Emmanuel Macron, des mots et des expressions qui proviennent d’un univers sémantique négatif et même particulièrement négatif. La sociologie de ce groupe est composée de tous les électorats (ou presque) du premier tour de la présidentielle à l’exception de celui d’Emmanuel Macron ; si les sympathisants du Rassemblement national et de La France insoumise ont les mots les plus durs, les autres électeurs ne sont pas en reste. Ce large front « anti-Macron » est celui des classes populaires et des classes moyennes, des travailleurs indépendants et de beaucoup d’actifs. Le « fan club » d’Emmanuel Macron emploie, au contraire, un vocabulaire issu d’un univers sémantique de mots élogieux ; il est de loin le plus réduit des deux groupes (26%). Il se compose de larges segments de son électorat du premier tour et dans une moindre mesure de celui de François Fillon ou de sympathisants Modem. Il s’agit principalement de cadres supérieurs et de professions intellectuelles, de 35-49 ans et de retraités.

On peut identifier les mots les plus représentatifs de ces deux groupes, les dix « parangons » des opinions relatives à Emmanuel Macron : du côté des opinions positives ce sont les mots « réformes », « faire », « pays », « fait », « bien », « France », « dit », « programme », « choses », « avait » ; du côté négatif ce sont les mots « français », « président », « jaunes », « trop », « gilets », « riches », « lui », «n’écoute », « rien », « nous ». Les deux trames narratives que l’on peut reconstruire à l’aide de ces « parangons » sont les mêmes que celles que nous observons depuis des mois : d’un côté, le jeune président modernisateur et réformateur qui « fait des réformes » et « fait ce qu’il avait dit dans son programme » ; de l’autre côté le « président des riches qui n’écoute rien » et surtout pas les Français. A cette narration négative s’ajoute dans l’enquête du mois de mars de nombreuses références aux Gilets jaunes. En revanche, les deux narrations par lesquelles Emmanuel Macron a tenté de sortir par le haut de la crise ne sont presque pas citées : parmi les opinions positives, le thème du Grand débat national n’est cité que 4 fois, le mot « Europe » également 4 fois et l’adjectif « européen » 3 fois seulement. Le Grand débat national (de « l’enfumage ») et la gestion de la crise des Gilets jaunes sont en revanche beaucoup plus cités parmi les opinions négatives.

Deux derniers éléments méritent tout notre attention. D’une part, l’univers sémantique des opinions positives à l’égard d’Emmanuel Macron est toujours moins riche et diversifié en contenu que l’univers sémantique des opinions négatives. Comme si le rejet d’Emmanuel Macron était beaucoup dense et puissant que le soutien. D’autre part, les structures narratives que nous avons mises à jour dans les données de l’enquête du mois de mars montrent une forte stabilité par rapport à celle des mois précédents.

Aucun élément d’actualité, aucune innovation dans la communication présidentielle, ne vient donc combler la profondeur du sillon d’incompréhensions qui sépare en deux la France à propos d’Emmanuel Macron. Le Président de la République a parlé des heures, il a occupé nos écrans des jours et des nuits, il a traversé la France et enchainé les débats.  Il a tombé la veste de manière ostentatoire, repassé cent fois avec brio l’oral d’entrée à l’ENA. Rien n’y fait ! Son image semble congelée à des températures polaires et rien ne dit qu’elle bénéficiera d’un dégel printanier, d’une éclaircie ou d’un coin de ciel bleu éloignant la noirceur des mois de novembre et décembre. Un grand débat ne fait pas le printemps politique !

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
La vraie raison qui pousse Apple à multiplier le nombre d’Iphones qu’ils veulent lancer chaque année
02.
1er Mai : les Gilets jaunes se préparent pour l'"acte ultime"
03.
Ce rapport du Conseil national de productivité rédigé par des proches d’Emmanuel Macron préfigure-t-il le vrai tournant du quinquennat ?
04.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
05.
Les effroyables supplices infligés à Ravaillac, l’assassin du "bon roi" Henri IV
06.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
07.
Les princes William et Harry n’auraient jamais dû s’appeler ainsi
01.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
02.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
03.
Après les Gilets jaunes, Notre-Dame : cette France qui se redécouvre des sentiments perdus de vue
04.
Manon Aubry découvrira-t-elle que la FI est une secte stalinienne avant ou après les élections ?
05.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
06.
Trêve ou flottement au sommet ? Quoiqu’il en soit, voilà les 5 questions de fond auxquelles Emmanuel Macron devra absolument répondre s’il veut reprendre la main
01.
Après les Gilets jaunes, Notre-Dame : cette France qui se redécouvre des sentiments perdus de vue
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Du “Yes We Can” au “Yes I can” : de quelle crise politique le succès phénoménal de Michelle Obama est-il le symptôme ?
04.
Suppression de l’ENA : en marche vers des records de démagogie
05.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
06.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
Commentaires (5)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pharamond
- 27/03/2019 - 09:57
Quand on veut tuer son chien...
Ainsi,E.Macron n'aurait rien fait,sinon "des annonces". Plutôt que de lister celles déjà réalisée,je suggère une recherche élémentaire sur internet "réformes Macron". Quand on veut tuer son chien....".
gerint
- 26/03/2019 - 21:57
Et encore dans les 29%
Il y a beaucoup de soutiens tièdes qui ne prendraient pas de coup pour défendre Macron tandis que chez les opposants beaucoup accepteraient de recevoir ou ont déjà reçu pour certains à plusieurs reprises des coups violents pour s’en débarrasser
cloette
- 26/03/2019 - 20:00
Pourquoi que 29% pour Macron ?
C'est la question à 1€ ! Quant aux "réformes" que les Français ne voudraient pas, quelles sont elles ? pourquoi creusent elles le fossé ? devinez , c'est assez facile. allez je donne la réponse: Il ne faut pas confondre "réforme" et "communication", et les Français semblent ne pas confondre .Ceci dit, je ne suis pas d'accord avec l'article au sujet de la sociologie pour ou contre Macron, il y a des cadres supérieurs qui ne l'aiment pas, et des employés du "petit peuple" qui l'apprécient , ceux ci étant il faut le préciser venus de l'autre bord de la méditerranée .