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L’Europe est-elle sur le point de redevenir un champ de bataille ?

Publié le 21 mars 2019
Les désaccord, les crises diplomatiques successives doivent nous conduire à engager une réflexion plus profonde sur ce qu'est en train de devenir l'Europe.
Thibault Muzergues est un politologue européen, auteur de La Quadrature des classes.  ...
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Les désaccord, les crises diplomatiques successives doivent nous conduire à engager une réflexion plus profonde sur ce qu'est en train de devenir l'Europe.

Des désaccords  profonds entre la France et l’Allemagne sur l’avenir de l’Europe (étalés sur la place publique par Emmanuel Macron et Annegret Kramp-Karenbauer début mars) au rappel de l’ambassadeur de France à Rome au mois de février, des tensions diplomatiques entre le Royaume-Uni et l’UE sur le Brexit aux protestations de nombreux Etats européens contre le projet Nord-Stream II de l’Allemagne, tout en cette période pré-électorale semble indiquer une inquiétante montée des tensions à l’intérieur même de notre continent. Et si la plupart des observateurs s’empressent à chaque fois de signaler (à raison) ces controverses comme des épisodes dans les jeux de pouvoir nationaux, l’accumulation des incidents diplomatiques doit nous conduire à une remise en question plus profonde.

C’est un fait : l’Europe est aujourd’hui fracturée comme elle ne l’a jamais été depuis la chute du communisme. En effet, les motifs de conflit entre les États de l’Union européenne se multiplient rapidement, que ce soit sur l’immigration et les valeurs (avec un conflit Est-Ouest de plus en plus marqué) ou sur le devoir de solidarité et l’équilibre budgétaire entre États du Nord et du Sud de l’Europe. De la guerre des nerfs en 2015 entre le gouvernement grec et la troïka sur l’austérité budgétaire à la croisade de Viktor Orbán pour la « défense des valeurs chrétiennes » et contre le « libéralisme » de Bruxelles, Paris, ou Berlin, sans oublier le divorce germano-polonais dû à l’arrivée au pouvoir du PiS en 2015, l’ensemble du continent est en proie à la division. Divisions entre États bien sûr, mais aussi à l’intérieur même de ceux-ci, comme le prouve la crise des Gilets jaunes en France ou encore le séparatisme catalan. La campagne électorale qui s’annonce va sans nul doute cristalliser ces tensions. Mais si les résultats des 27 élections européennes de mai 2019 auront un impact évident sur l’avenir de l’Union, ce n’est pas le scrutin en lui-même qui fera ou détruira l’UE. Il est au contraire à craindre qu’il ne soit qu’une étape dans la montée des périls qui  dressent à nouveau les européens les uns contre les autres.  

Après tant d’années de paix, l’Europe peut-elle redevenir un champ de bataille ? La question peut sembler insensée, et pourtant de nombreux signes néfastes doivent nous forcer à nous interroger. En commençant par la caractère a priori incongru de cette proposition : en 1909, l’essayiste britannique Norman Engell avait publié un essai très populaire, The Great Illusion, dans lequel il démontrait avec une logique imparable qu’une guerre entre Européens était devenue quasiment impossible du fait d’une interdépendance économique sans précédent sur le continent. Cinq ans plus tard, les élites européennes somnambulaient vers un conflit qui allait ruiner l’Europe et la saigner à blanc. En 1928, le pacte Briand-Kellogg mettait la guerre hors-la-loi, avant que le continent sombre à nouveau dans l’horreur dix ans plus tard. Il semble en fait que les grandes conflagrations qui ont ébranlé l’Europe ont quasiment toutes été précédées de périodes d’euphorie envisageant une paix perpétuelle : les européistes d’aujourd’hui vivront-ils donc le même destin que les successeurs d’Engell et Briand ? Doivent-ils rejoindre les humanistes qui tels Thomas More ont perdu leur tête en même temps que leurs idéaux de tolérance à l’aube de guerres fratricides pour la civilisation européenne ?

Cela n’est pas impossible. La crise économique qui ronge notre continent depuis 2008 a grandement fragilisé notre tissu social, divisant les sociétés entre libéraux et illibéraux, millenials et baby-boomers, urbains et non-urbains. Elle a également renforcé des divisions géographiques au sein de l’Union européenne : le mépris des gilets jaunes envers leurs élites (et vice-versa) n’a d’égal que celui de l’Europe baltique protestante, travailleuse, exportatrice et oserait-on dire, germanique, pour une Europe méditerranéenne (ou latine ?) appauvrie par la crise et un système monétaire qui pénalise une économie incapable de se réformer, ou encore l’aversion que l’Europe centrale, conservatrice, minée par le traumatisme du XXe Siècle et son déclin démographique inspire à une Europe de l’Ouest souvent incapable de remettre ses propres préjugés en question et  de traiter ses frères orientaux en égaux.

Ces divisions croissantes s’ajoutent à un déclin spectaculaire de l’Europe dans le monde. Ce continent qui pour le meilleur et pour le pire régnait sans partage sur le monde il y a plus d’un siècle est aujourd’hui de plus en plus dépassé dans la course technologique et militaire qui définit les rapports entre puissances, en premier lieu entre la Chine et les États-Unis. Pire encore, l’Europe s’est également désarmée au moment même où le reste du monde se réarmait. Il en résulte une faiblesse stratégique qui rend les Européens vulnérables aux nouvelles techniques de guerre hybride et de domination économique ou technologique (pensons aux controverses des projets de 5G du géant chinois Huawei).

Dans la puissance et la faiblesse, le néoconservateur Robert Kagan affirmait que les Européens étaient entrés dans un « paradis post-historique » où régnait la paix perpétuelle. Mais ce qui semblait être un constat il y a quinze ans n’est plus vrai aujourd’hui : l’Histoire a bel et bien rattrapé l’Europe, et alors que la guerre civile devient envisageable dans certains pays, de nombreux gouvernement se positionnent en faveur de nouveaux acteurs extérieurs (Russie, Chine, Turquie, et dans une moindre mesure Iran et Golfe) pour régler des conflits parfois vieux d’un siècle ou plus. La convergence de l’ensemble de ces facteurs ne peut que présager des lendemains difficiles pour l’Europe, sa prospérité et sa place dans le monde étant désormais en jeu.
Menacé de l’extérieur et affaibli par ses divisions, notre vieux continent peut difficilement se permettre de redevenir un champ de bataille, quand bien même les conflits se limiteraient au le cyber espace. La balle est pourtant encore entre les mains de nos dirigeants, qui auront à faire des choix difficiles dans les prochains mois pour réconcilier l’Europe avec elle-même, rejeter les tentatives de déstabilisation de l’extérieur et renforcer la sécurité du continent. S’ils ne le font pas l’Histoire pourrait à nouveau bégayer.

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ELIED
- 24/03/2019 - 18:07
Une 3è guerre en Europe?
Je suis un Européen convaincu depuis que j'ai l'âge de voter et je suis convaincu maintenant que les dirigeants actuels seront assez sages pour nous éviter une nouvelle catastrophe. Pour de multiples raisons, économiques, sociales, financières, et certainement humaines, ils feront le point sur l'état de l'Europe et trouveront un accord qui sera en accord avec les décisions qui ont conduit à la construction de l'UE. Il est vrai qu'un nouveau conflit amènerait certainement à une déflagration atomique, pas forcément de la part des Européens, mais venant de l'extérieur, plus sûrement. Je suis certainement un idéaliste, mais je pense que les dirigeants actuels finiront par changer la politique actuelle qui mène à la division, à cause du refus de dialogue, à chaque fois que les intérêts personnels sont en ligne de mire. Il suffirait par exemple qu'une vraie démonstration de force extérieure nuisible au vieux continent se précise pour que l'union soit de nouveau réalisée sous une forme différente et salvatrice pour l'entente générale, et balaie toutes les petites divisions actuelles.C'est vrai, encore une fois, je ne suis sans doute qu'un doux rêveur!! Mais on dit que l'espoir fait vivre!
J'accuse
- 21/03/2019 - 09:45
Pas de guerre à craindre, mais...
Ce ne sont pas les interdépendances économiques qui nous feront éviter une guerre, mais la même raison qui l'a empêchée depuis les années 50: la dissuasion nucléaire.
N'oublions pas qu'en 1914, partant du simple assassinat d'un héritier à un trône commis par un anarchiste, les politiciens (élus et princes) de toute l'Europe se sont débrouillés pour déclencher la première guerre mondiale, avec ses 15 ou 20 millions de morts. Ceux qui l'ont déclenché n'ont pas eu une seule égratignure; au contraire, ils en ont profité politiquement et financièrement.
N'oublions pas que moins de 20 ans après la fin de la première, ils ont remis ça en pire.
S'ils n'ont pas osé déclenché une troisième guerre, c'est uniquement grâce à la bombe.
Il ne faut cependant jamais sous-estimer le pouvoir de nuisance des politiciens, qui réussissent à créer le chaos quand tout va bien, parce que leurs intérêts personnels priment sur l'intérêt des peuples, depuis toujours.
Regardez le Brexit: rien de plus de simple à faire, mais ils ont réussi à mettre le boxon.
Ganesha
- 21/03/2019 - 08:52
Peur ou Espoir ?
Les lecteurs réguliers de ce site le savent : ''absurde'' et ''grotesque'' sont parmi mes adjectifs préférés.
Et ils qualifient parfaitement cet article !

Un texte apocalyptique, qui nous annonce une troisième guerre mondiale !

La réalité, c'est nous avons sous les yeux une Europe qui a été bâtie sur le principe de ''La Concurrence Libre et Non Faussée''... et le 26 Mai, l'ensemble des pays du continent vont, enfin, pouvoir exprimer leur opinion... sur les résultats désastreux de cette orientation !

Personnellement, je pense que nous pouvons attendre ce jugement avec calme... et beaucoup d'espoir !