En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
© ludovic MARIN / POOL / AFP
Gilets jaunes
Grand débat en péril ? Les trois erreurs politiques que semble s'apprêter à commettre Emmanuel Macron
Publié le 20 mars 2019
Stratégie du "eux contre nous", déconnexion de la campagne pour les élections européennes du grand débat et la prétention à incarner le camp de la raison, autant d'erreurs politiques qui risquent de coûter cher au chef de l'Etat.
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Edouard Husson
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Stratégie du "eux contre nous", déconnexion de la campagne pour les élections européennes du grand débat et la prétention à incarner le camp de la raison, autant d'erreurs politiques qui risquent de coûter cher au chef de l'Etat.

Atlantico : Macron hausse le ton" titrait le Parisien ce mardi 19 mars: si les événements violents de samedi demandent une réponse forte de la part du gouvernement, la stratégie qui vise à donner de l'ampleur à l'opposition du mouvement des Gilets jaunes et du camp du gouvernement n'est-elle pas dangereuse quand on observe le faible soutien réel dont le Président dispose dans la société ? 

Edouard Husson : En fait, le Président avait trois options après le succès du premier samedi en jaune, le 17 novembre dernier. La première était de laisser monter le mouvement, au risque d’être submergé: ce n’est pas dans son tempérament. La deuxième, celle qu’il a choisie, était l’affrontement; le risque était limité pour lui à court terme car les Gilets Jaunes sont les héritiers de vingt siècles de civilisation des moeurs et ne demandent qu’à être écoutés par, dialoguer avec et respecter un président qui présiderait, un gouvernement qui gouvernerait et un parlement qui serait un lieu de débats féconds. A long terme, cette option est plus dangereuse car, à partir du moment où le mouvement ne s’est pas laissé intimider, les atteintes répétées à l’état de droit commises, sur ordres, par la police et, du fait d’une conscience de classe, par la justice, commencent à se voir, surtout à l’étranger. La troisième option, mais Emmanuel Macron l’a écartée et ne peut plus y revenir vu le fossé qu’il a créé entre lui et la France périphérique, aurait été de profiter de la crise des Gilets Jaunes pour élargir son assise électorale, organiser un authentique Grand Débat, c’est-à-dire piloté par Chantal Jouanno à la tête d’une autorité autonome; éventuellement aller vers un référendum sur un sujet susceptible de rassembler la nation. 
Alors oui, vous avez raison, Emmanuel Macron a décidé de se bunkeriser, à l’abri de ses électeurs de premier tour et de ce qu’il juge être le soutien, indéfectible par nécessité, de la « superclasse », pour reprendre le terme de David Rothkopf.    

 

S'il parait difficile voire inopportun d'apporter une réponse immédiate aux échanges initiés par le Grand débat, Emmanuel Macron ne prend-il pas un risque en proposant une campagne européenne déconnectée des enjeux nationaux soulevés par le Grand débat ?

Le pouvoir essaie de nous faire croire qu’il livre un combat au nom du progrès et de l’ouverture contre l’obscurantisme, le nationalisme, le fascisme larvé. En fait, nous avons affaire à une forme de lutte des classes, comme il y en a régulièrement dans l’histoire de France. Que voyons-nous depuis deux siècles sinon la volonté de la bourgeoisie du moment de supprimer tous les liens tissés par les générations entre la France d’en haut et la France d’en bas? 1789 est la destruction de la France des solidarités traditionnelles par une bourgeoisie bien décidée à s’émanciper de la monarchie et de l’Eglise pour gouverner seule. 1830 est l’expression du refus, par une partie de la bourgeoisie,de la réconciliation entre classes sociales qu’avaient amené l’Empire et la Restauration. 1848 est au contraire une des révolutions authentiques de notre histoire, faite au nom du suffrage universel et, en partie, du monde ouvrier, sans haine du christianisme. La résistance de classe de la bourgeoisie est si forte que le système politique française ne se stabilise que par un nouveau coup d’Etat bonapartiste. Et, Napoléon III renversé, Monsieur Thiers, le bourreau de la Commune, peut s’écrier: « La question sociale est réglée pour une génération! ». Les guerres mondiales ont été, après 1848, deux nouveaux moments d’émergence de la nation moderne et le gaullisme des années 1960 représente l’apogée  de ce moment. Mais la bourgeoisie a progressivement repris ses droits, poussant Pompidou contre de Gaulle puis mettant en place « l’Europe » à partir de Giscard. 
C’est au moment où arrive au pouvoir un président qui proclame sans ambages qu’il aime la lutte des classes menée au nom de la « superclasse » qu’apparaissent toutes les failles du système. Le mouvement des Gilets Jaunes est un authentique moment révolutionnaire, comme le soulèvement de l’Ouest de la France en 1794, comme 1848, comme 1945; un moment où le peuple en chair et en os se révolte contre toutes les abstractions qui légitiment un pouvoir de classe. Emmanuel Macron n’est donc pas déconnecté de l’enjeu du moment: sans savoir l’analyser, il comprend instinctivement ce qui se passe. Et il se lance dans un combat fanatique pour sauver les intérêts de la « superclasse » en France. Pas sûr que cette dernière ne le trouve pas à un moment singulièrement peu flexible pour sa propre survie. Pas sûr non plus que les classes moyennes supérieures acceptent éternellement de jouer « les idiots utiles » des 1% les plus riches.   

Dans son intervention de lundi soir devant 70 intellectuels, Emmanuel Macron a particulièrement insisté sur la rationalité de son action et de la ligne gouvernementale qu'il tient absolument à maintenir - comme si l'objectif du Grand débat avait été de parvenir au K-O rhétorique de ses adversaires. Ce retour du "je" et de la raison ne risque-t-il pas de lui être préjudiciable ?

Disons qu’il se révèle, discours après discours, comme un idéologue qui ne fera jamais aucune concession au réel. Il a eu un moment de faiblesse, la semaine du 3 décembre 2018, après un samedi de chaos au centre de Paris. Et il a un temps écouté tous les représentants de la « superclasse » qui lui reprochaient d’avoir l’échine peu souple. Le discours du 10 décembre voit Emmanuel Macron lâcher 10 milliards en 10 minutes. Puis, une fois la frayeur passée, le président reprend sa ligne: le discours de voeux du 31 décembre réaffirme l’opposition frontale entre le progressisme mondialiste et la société française, dans toute sa complexité, réduite à une « foule haineuse ». 
Le Grand Débat, avec son enchaînement de monologues macroniens, les huit heures devant les intellectuels, les quatorze heures passées au Salon de l’Agriculture sont la traduction d’une tentative désespérée de maintenir l’idéologie néolibérale contre l’évolution du monde. Phénomène aberrant, au fond très peu politique. La grande question est de savoir, pour continuer à parler en termes de classes, quand les intérêts sociaux actuellement défendus par Emmanuel Macron auront le sentiment qu’avoir un défenseur aussi rigide et fanatique devient contre-productif. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Le coupable dans l’incendie de Notre-Dame : le progressisme
02.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
03.
Les effroyables supplices infligés à Ravaillac, l’assassin du "bon roi" Henri IV
04.
Public voit un nouvel homme dans la vie de Laeticia Hallyday; Angelina Jolie veut récupérer le sien; Brigitte Macron au chevet de l’AVC de Line Renaud; Ségolène Royal & François Hollande bientôt mamie-papy; Louis Sarkozy accouche d’une ligne de mocassins
05.
Le paradoxe des sacs plastiques ou quand le remède (de leur suppression) est pire que le mal
06.
Manon Aubry découvrira-t-elle que la FI est une secte stalinienne avant ou après les élections ?
07.
Emmanuel et Brigitte Macron profitent d'un bain de foule au Touquet
01.
Notre-Dame de Paris : des dirigeants de l’Unef se moquent de l'incendie
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Pourquoi les 50 morts musulmans de Christchurch pèsent-ils tellement plus lourd que les 200 morts chrétiens du Sri Lanka ?
04.
Après les Gilets jaunes, Notre-Dame : cette France qui se redécouvre des sentiments perdus de vue
05.
Manon Aubry découvrira-t-elle que la FI est une secte stalinienne avant ou après les élections ?
06.
Faut-il craindre l'opération "Revanche pour le Sham" de l'EI
01.
Après les Gilets jaunes, Notre-Dame : cette France qui se redécouvre des sentiments perdus de vue
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Du “Yes We Can” au “Yes I can” : de quelle crise politique le succès phénoménal de Michelle Obama est-il le symptôme ?
04.
Incendie de Notre-Dame : et notre mémoire ancestrale fit irruption dans la post-modernité
05.
Suppression de l’ENA : en marche vers des records de démagogie
06.
Névroses nationales : et la France de demain, vous la voulez à l’identique ou conscientisée ?
Commentaires (16)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Olivier62
- 20/03/2019 - 20:10
La créature de la superclasse
L'opposition que vous faites entre la "superclasse" et la population française est très clair. Le monde de Macron, ce sont les financiers cosmopolites, les nomades à la Attali, les bobos friqués, les migrants, les délinquants, les LGBT, etc. en route vers l'utopie mondiale, déracinée et métissée. Le gilet jaune, c'es tout ce que Macron vomit : blanc, patriote, "de souche", de classe populaire et moyenne -bref la France. C'est un type de personne qui n'entre pas dans son univers mental, et qu'au fond il veut faire disparaître à terme par l'immigration de remplacement.
Bobby Watson
- 20/03/2019 - 19:38
@ guzy1971
Tout à fait d'accord avec vous. Son cas relève de la psychanalyse, comme l'avait annoncé de façon prémonitoire un psychiatre italien pendant la présidentielle. Cet homme n'a pas de surmoi depuis son adolescence, et ses réactions intempestives, ses propos provocateurs prouvent sa totale absence d'empathie pour les Français qui l'ont élu. Là est le problème, que vous évoquez parfaitement: comment des gens raisonnables, souvent éduqués, dotés de convictions anciennes, ont-ils pu se laisser pareillement manipuler ? Il faudrait peut-être chercher du côté de l'attraction qu'exercent les sectes sur des esprits crédules pour avoir une explication satisfaisante...
cloette
- 20/03/2019 - 17:28
ethnologie ( réponse à Ganesha)
j'ai suivi l'enseignement ( pas du tout ma formation ) d'une ethnologue pendant une année et en effet les livres cités étaient des conseils de lecture .Elle disait qu'on peut faire de l'ethnologie partout, dans un village français par exemple, ...Personnellement j'en fais quand je prends le métro, il y a plus de choix .