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Les défis de la politique étrangère chinoise
Publié le 16 mars 2019
Éric de La Maisonneuve publie aux éditions du Rocher "Les défis chinois : La révolution Xi Jinping". En inventoriant les éléments du mécanisme stratégique chinois, il présente les solutions préconisées pour réorienter la dynamique chinoise vers un projet interne mieux équilibré et un destin mondial plus ambitieux. Extrait 1/2.
Éric de La Maisonneuve, général de division (2S), est fondateur et président de la Société de Stratégie - www.societestrategie.fr. Professeur invité à l'Institut de Diplomatie de Pékin (2004-2014), il a effectué une vingtaine de séjours en Chine,...
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Éric de La Maisonneuve publie aux éditions du Rocher "Les défis chinois : La révolution Xi Jinping". En inventoriant les éléments du mécanisme stratégique chinois, il présente les solutions préconisées pour réorienter la dynamique chinoise vers un projet interne mieux équilibré et un destin mondial plus ambitieux. Extrait 1/2.

La définition de la politique étrangère, telle qu’elle sera présentée au Parti par le nouveau président lors du XVIIIe Congrès et confirmée depuis, repose donc sur deux piliers : poursuivre le développement économique, contester le système occidental. Sur le premier pilier, l’essentiel consiste à nourrir le Moloch qu’est devenue l’économie chinoise, et en tout premier lieu à satisfaire ses besoins énergétiques qui sont colossaux : rien moins que 420 millions de tonnes d’importations pour le pétrole en 2017, soit 8,4 millions de barils par jour et plus de 60 % de sa consommation. Il en va de même pour les diverses matières premières dont la Chine est le plus gros consommateur et le premier importateur mondial, ce qui suppose aussi bien des liens assurés avec les divers producteurs qu’un cordon ombilical sécurisé entre leurs bases de départ et les portes d’entrée en Chine. Dans cet objectif prioritaire de développement, la Chine a conclu des partenariats avec plus de 80 pays, créant un réseau mondial d’interdépendance qui constitue une sorte de poids mort de sa politique étrangère. Tout doit être fait pour garantir le fonctionnement de ce réseau complexe et, comme nous l’avons vu au chapitre précédent, la politique de sécurité y est presque entièrement consacrée.

Le deuxième pilier – celui de la résistance contre l’influence qu’exerce le monde occidental sur le système du monde – fait de la Chine, selon les termes employés par Mathieu Duchâtel et déjà mentionnés, une « puissance révisionniste34 ». Par opposition aux puissances de statu quo qui subissent l’ordre établi – ordre américain s’entend ! –, la Chine refuse de s’en satisfaire et prône le « socialisme aux caractéristiques chinoises » qui, entre autres spécificités, s’oppose en tous points à la suprématie occidentale. La contestation porte sur plusieurs points mais elle est guidée par un constat : le déclin de l’Occident.

Les Chinois n’ont pas inventé cette idée qui, même controversée, traîne dans tous les cénacles européens depuis la parution de l’ouvrage d’Oswald Spengler35 il y a un siècle. La crise financière de 2009, la crise de gouvernance de l’Union européenne, la montée des populismes aux États-Unis et en Europe, l’inefficacité générale des démocraties parlementaires soumises à des élections rapprochées, les abus d’ingérence des puissances occidentales au Moyen-Orient et en Afrique, etc. : la litanie est longue des excès ou des dysfonctionnements d’un système finalement faible mais jouant au matamore sous hégémonie américaine et qui a pris le monde en otage. Ces faiblesses structurelles ou congénitales entraînent le monde vers des crises de plus en plus sérieuses et interdisent une vie internationale démocratique et harmonieuse.

Paradoxalement, ce constat de faiblesse se double d’une crainte, celle de l’agressivité idéologique dont feraient preuve, sinon les pays, du moins le « système » occidental pour influencer la Chine, et lui imposer ses valeurs et son cadre d’action. Au nombre des dirigeants chinois, l’aile conservatrice, sans doute majoritaire aujourd’hui avec les prises de position tranchées de Xi Jinping, a décidé de contrer l’influence des idées occidentales et de leur opposer le vieux fonds de valeurs traditionnelles, en clair le confucianisme. C’est un retournement complet des positions du Parti dont on a vu que sa marque de fabrique initiale était justement la lutte contre les vieilleries dont Confucius était l’éminent symbole. Et l’attitude chinoise qui était depuis Deng, voire plus longtemps auparavant, assez conciliante etréaliste à l’égard du « monde moderne », se crispe soudain en un anti-occidentalisme virulent, à l’unisson d’ailleurs de certains leaders mondiaux comme Poutine et Erdogan, et des mouvements nationalistes qui s’arcboutent face à la mondialisation.

La Chine a donc décidé de résister à cette emprise occidentale et de faire entendre une voix différente. D’abord elle réclame sa juste place au sein des institutions internationales, en particulier dans les organismes financiers comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, tous deux basés aux États-Unis et placés sous la coupe plus ou moins directe de Washington. Ensuite, elle entend prendre ses responsabilités en jouant le jeu de la mondialisation et en soutenant autant le multilatéralisme que le libre-échange, comme l’a proclamé le Président Xi lors du forum de Davos en janvier 2017, se positionnant ainsi clairement en opposition au protectionnisme annoncé des États-Unis. Enfin, elle a pris les mesures sécuritaires qui s’imposaient pour se protéger de l’encerclement idéologique qu’exercent les Occidentaux à son égard.

C’est, dans un langage plus codé, ce que Xi Jinping a déclaré – s’agissant de la politique étrangère de la Chine – dans son rapport au XIXe Congrès du 18 octobre 2017 et dans son discours de clôture de la session annuelle de l’Assemblée nationale le 15 mars 2018. Dans le rapport, six points méritent d’être retenus en synthèse.

1. Fidélité à l’objectif de politique étrangère, à savoir sauvegarder la paix mondiale et favoriser un développement commun. Développement des relations d’amitié et de coopération sur la base des Cinq principes de coexistence pacifique. Établissement d’un nouveau type de relations internationales basées sur le respect mutuel, l’équité et la justice, ainsi que la coopération et le principe gagnantgagnant.

2. Analyse du monde marquée par la multipolarisation politique, la mondialisation économique et la diversification culturelle ; les mutations du système de gouvernance mondiale et de l’ordre international ; les liens et interdépendances des États ; le rapport de forces international tend à l’équilibre. Maisle monde est confronté à de sérieuses sources d’instabilités et d’incertitudes ; la croissance de l’économie est atone ; le fossé riches/pauvres se creuse ; les points chauds régionaux se multiplient ; les questions de terrorisme, de cybersécurité, d’épidémies, de changement climatique et autres menaces non conventionnelles s’étendent. L’humanité doit faire face à beaucoup de défis communs.

3. Appel à l’unité : aucun pays n’est capable seul de répondre à ces défis, et aucun pays ne peut se retirer dans l’isolement.

4. Principes de politique internationale : a/ respect mutuel et discussion d’égal à égal ; abandonner la mentalité de guerre froide et la politique du plus fort, suivre une nouvelle voie pour les relations entre États qui privilégie le dialogue et le partenariat plutôt que les confrontations et les alliances ; b/ régler les différends par le dialogue et la discussion, coordonner les actions pour répondre aux menaces conventionnelles et non conventionnelles, lutter contre toutes les formes de terrorisme ; c/ œuvrer pour la facilitation et la libéralisation du commerce et de l’investissement, faire évoluer la mondialisation économique vers une plus grande ouverture, vers l’inclusion, l’universalité, l’équilibre et le principe gagnant-gagnant ; d/ respecter la diversité des civilisations, transcender les malentendus par les échanges, dépasser les conflits par leur inspiration réciproque et la supériorité d’une quelconque civilisation par la coexistence de toutes ; e/ édifier une société respectueuse de l’environnement.

5. Politique chinoise : respect du droit des peuples à choisir en toute indépendance leur voie de développement ; défendre l’équité et la justice internationales, s’opposer à l’ingérence et à l’abus de puissance : « La Chine ne cherchera pas à se développer au détriment des intérêts des autres pays, ni ne renoncera à ses propres droits et intérêts légitimes. Personne ne doit s’attendre à ce que la Chine avale des couleuvres au détriment de ses intérêts. Fidèle à sa politique de défense nationale à caractère défensif, elle ne sera jamais une menace pour qui que ce soit. Et quel que soit le degré de développement qu’elle aura atteint, la Chine ne recherchera jamais l’hégémonie ni l’expansion. » ; établir un réseau mondial de partenariats, un cadre de relations stables et équilibrées avec les grands pays, appliquer le principe dit « amitié, sincérité, réciprocité et inclusion » avec ses voisins, et « sincérité, pragmatisme, amitié et franchise » avec les autres pays en développement.

6. Politique d’ouverture et de promotion active de la coopération internationale dans le cadre du projet ”ceinture et route” en créant de nouvelles plateformes de coopération internationale et de nouveaux moteurs de développement commun, pour réaliser la coordination politique, l’interconnexion des infrastructures, faciliter le commerce et l’intégration financière. Accroître l’aide aux pays les moins développés pour diminuer l’écart nordsud. Soutenir le système commercial multilatéral et créer des zones de libre-échange. Préconise la démocratisation des relations internationales, l’égalité entre pays, le rôle actif des Nations unies. « La Chine continuera à jouer son rôle en tant que grand État responsable, participera activement à la réforme et au développement du système de gouvernance mondiale, pour y apporter continuellement la sagesse et la force chinoises. »

Pour concrétiser cette conception très mondialiste de la politique chinoise, et dans le cadre du « rêve chinois » dont il a fait le symbole de sa présidence, Xi Jinping a lancé dès 2013 son pays dans une entreprise gigantesque, celle de la résurgence des mythiques et antiques « routes de la soie », autrement désignées par le slogan « ceinture et route » – en chinois yidai, yilu – ou encore selon son acronyme anglais RBI pour « Road and Belt Initiative ».

Ce projet est d’une telle ampleur économique et financière, d’une telle complexité technique et d’une telle importance politique et géopolitique, qu’il mérite qu’on y consacre tout un chapitre, ce que je ferai avec le chapitre 6. Mais il me paraît utile ici d’en évoquer les sources d’inspiration et les mobiles politiques.

Extrait du livre d'Éric de La Maisonneuve "Les défis chinois : La révolution Xi Jinping", publié aux éditions du Rocher.

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