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© LUCAS BARIOULET / AFP
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Manifestations

Faible mobilisation pour l’acte XVII des Gilets jaunes : stratégie gagnante d’Emmanuel Macron ou perdante des leaders du mouvement ?

Publié le 10 mars 2019
C'était la plus faible mobilisation du mouvement des Gilets jaunes avec 28 600 manifestants recensés en France par le ministère de l'Intérieur, dont 3 000 à Paris.
Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).
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Christophe Boutin
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Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).
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C'était la plus faible mobilisation du mouvement des Gilets jaunes avec 28 600 manifestants recensés en France par le ministère de l'Intérieur, dont 3 000 à Paris.

Atlantico : L’Acte XVII vient de se terminer. Quel bilan tirer des manifestations de ce samedi ?

Christophe Boutin : On a atteint ce samedi 9 mars l’étiage le plus bas des manifestations des « Gilets jaunes », avec, selon le ministère de l'Intérieur, 28.600 manifestants en France (90.000 selon Le Nombre Jaune), contre 39.300 la semaine dernière. C’est dire l’ampleur du désintérêt, même si des manifestants ont bien été encore présents, par exemple, à Saint-Brieuc, Montpellier, Toulouse, Hautmont (Nord), Lyon, Besançon, Lille, Nantes, Caen, Rouen, Bordeaux Dijon, Strasbourg, Nancy ou Le Puy-en-Velay, et bien sûr à Paris, pour des manifestations qui auront d’ailleurs été marquées par un nombre limité d’incidents - à Paris, Lille ou Nantes.

Le mouvement espérait lancer quelques opérations symboliques, mais elles n’ont pas toutes été réalisées au vu du peu de participants. C’est ainsi que le « sit-in » parisien du Champ-de-Mars, qui devait durer tout le week-end, n’a rassemblé que très peu de personnes et a été dispersé sans problèmes, ou que le blocage des centres commerciaux prévu à Nantes n’a concerné qu’Atlantis et a été vite levé. Plus réussi, le « flash mob géant » organisé à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle pour protester contre la privatisation d'Aéroports De Paris a réuni une centaine de personnes, amusant sans les troubler les touristes de passage.

Ce qui est très révélateur, c’est le changement de couleur des manifestants, qui traduit les choix qui sont faits par les dirigeants. On entend bien, que ce soit ici la résultante d’un voeu politique réel d’opérer une « convergence des luttes », ou de la simple volonté de faire survivre par des alliances de circonstance un mouvement qui s’étiole, ouvrir à d’autres revendications. Influence de la Journée de la Femme ? Toujours est-il qu’à Paris les femmes étaient ainsi invitées à « donner de la voix » et à marcher devant, réclamant l’égalité homme/femme, comme d’ailleurs à Toulouse. Par ailleurs, la principale manifestation parisienne de la journée mêlait aux « Gilets jaunes » encore présents les « Gilets roses » des assistantes maternelles en colère et les « Gilets rouges » de la CGT. Ce sont d’ailleurs les couleurs à la mode, puisque l’on suggérait aussi le port d’un foulard violet pour dénoncer, dans un même élan, « les inégalités salariales et les violences sexistes et sexuelles », et que l’on rappelait l’importance de porter du rouge pour les luttes à venir en faveur des travailleurs intermittents et précaires. Quant au « sit-in » qui devait avoir lieu au pied de la Tour Eiffel, il était axé sur la « défense du climat », et Priscillia Ludosky a aussi  participé à une action de blocage du pont d'Iéna avec les associations Alternatiba et ANV-COP21, une cinquantaine de personnes se tenant sous une banderole jaune et verte sur laquelle on pouvait lire : « Justice climatique et sociale même combat ». Même en province, on ne faisait plus mystère de la mue du mouvement, comme à Bordeaux, où l’on chantait « on ne lâche rien », comme lors des manifestations de soutien à Jean-Luc Mélenchon de 2017, Bordeaux où la mairie avait d’ailleurs mis des tentes à disposition des manifestants pour leur permettre de débattre – une initiative qui n’a pas séduit grand monde

Cette baisse de la participation, à quoi peut-on l’imputer ? Est-ce un effet du Grand débat national et des déclarations du Président ? Ou de l’incapacité dans laquelle semblent être les leaders du mouvement à proposer une ligne claire ?

Il sera sans doute tentant pour le Président et ses alliés de voir rétrospectivement dans la politique menée, faite d’abord de concessions initiales et de répression tous azimuts – on osera encore user du terme malgré les mises en garde élyséennes –, puis d’un recadrage dans le cadre à la fois long et savamment prédéfini du « Grand débat national », une tactique clausewitzienne que seul Jupiter pouvait mener, mais le « camp de la raison » irait bien vite en besogne. Les concessions initiales ont d’abord été vues comme de bien piètres réponses aux demandes formulées, et ne satisfont toujours pas. La répression a elle peut-être écarté des avenues parisiennes ou des ronds-points de province des manifestants, mais elle a aussi garanti un capital de sympathie au mouvement, et ses conséquences devront bien être prises en compte un jour. C’est le cas pour les violences commises à l’encontre des manifestants, dont se sont émus le Conseil de l’Europe et l’ONU, ce qui, disons-le, n’est pas vraiment un « plus » pour une « patrie des droits de l’homme » qui entend donner des leçons à la terre entière. Mais c’est aussi le cas pour une violence plus feutrée, celle des commissariats ou des prétoires, qui contribue un peu plus, par le « deux poids deux mesures » par trop évident qui a été pratiqué, à saper la confiance nécessaire que doivent avoir les citoyens envers leurs forces de sécurité et leur justice. Quant au « Grand débat national », si la force de conviction du principal meneur de jeu télévisuel ne saurait être mise en doute, que ce soit dans le plus oublié des gymnases ou dans les douceurs bordelaises, dire que les Français en général, et les « Gilets jaunes » en particulier, s’y sont rués et attendent de ces prétendus nouveaux « États généraux » une Déclaration des droits des citoyens de la France périphérique et la prise en compte de leurs problèmes serait sans doute excessif.

Il ne faut donc pas sous-estimer l’impact des faiblesses du mouvement. De son incapacité à trouver un leader crédible, transformant ce qui était au départ une force – la multiplicité des intervenants empêchant les opposants au mouvement de se focaliser sur l’un d’entre eux, car telle l’hydre de Lerne les têtes coupées repoussaient toujours - en une faiblesse, dès lors que les dites têtes ne disaient pas la même chose et que toutes tiraient à hue et à dia. De son incapacité aussi à éviter les infiltrations – dont même le Président a reconnu la réalité lors du « Grand débat » en évoquant les « gens infiltrés » dans les manifestations : celles des casseurs d’extrême-gauche, bien sûr, ces blacks bloks qui ont pollué nombre de manifestations, mais celles aussi de l’extrême gauche politique militante, bien décidée à monter dans le train en marche mais aussi à l’aiguiller vers ses propres attentes et revendications. On l’a dit, cet Acte XVII en a été l’illustration, avec des « convergences des luttes » mêlant femmes, syndicalistes, aides maternelles, intermittents et militants écologistes dans un fatras où ne manquera bientôt plus que le raton-laveur cher à Jacques Prévert. Voilà qui peut désorienter le manifestant des premiers ronds-points.

À ces deux éléments il convient d’en ajouter un autre, plus circonstanciel. Dix-sept semaines à venir manifester tous les samedis, c’est long, c’est cher, et l’on peut avoir d’autres choses à faire. Alors, si en plus, comme cela a été le cas, certains leaders zappent l’Acte XVII pour ne parler que de l’Acte XVIII, on se dit qu’on sera aussi bien chez soi…

À quoi peut-on s’attendre justement pour la suite ?

L’objectif est de tenter de retrouver les grandes mobilisations du début du mouvement (près de 300.000 personnes selon le ministère de l’Intérieur). Le 16 mars, l’Acte XVIII coïncidera avec la fin du « Grand débat national », et Éric Drouet, comme d’autres, avait déjà commencé à communiquer sur cette date plutôt que sur celle du 9, « la France entière » devant alors être à Paris et lancer un « ultimatum » à Emmanuel Macron. Des termes qui semblent devenir d’inutiles rodomontades si l’on tient compte que lors des Actes XVII et XVI on avait aussi annoncé un blocage durant tout le week-end, sans commune mesure avec les manifestations somme toute limitées qui ont eu lieu.

Alors, certes, le soutien au mouvement existe toujours en France : 28% des Français ont pour lui « de la sympathie », contre 20ù à ses débuts. Mais, parallèlement, si 51% des Français le soutenaient à ses débuts, ils ne sont plus que 26% à le faire encore. Restent 53% d’opinions favorables, un soutien plus présent chez les moins de 35 ans,  les travailleurs à faibles revenus et dans la province rurale. Un soutien qui atteint les 90% chez La France Insoumise, 70% au Rassemblement national, 56% au Parti Socialiste et 40% chez Les Républicains. Ce n’est pas rien.

Mais 50% des Français trouvent aussi que le mouvement devrait cesser… Et si le 16 mars voit bien la fin du « Grand débat », il restera encore à dépouiller les réponses, à les trier, à les convertir en questions politiques, en projets de loi, bref à passer d’une « démocratie participative » qui n’est justement jamais que participation, consultation, et n’est en aucun cas décisionnelle, à une série de choix politiques précis. Or on entend parfois que, devant la difficulté de la tâche, et les élections européennes approchant et perturbant tout cela, on pourrait laisser les Français se reposer lors de leurs vacances d’été et remettre la vraie conclusion du « Grand débat » à la rentrée. Comment, dans ce cadre, continuer à motiver les manifestants pour que les Actes des prochains samedis aient plus de visibilité ? On conviendra que la réponse est difficile.

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jurgio
- 10/03/2019 - 18:23
Le nombre décroît mais l'esprit reste
Peut-être même que c'est un bon signe. Les esprits se sont durcis et gardent une rancune silencieuse. Les défilés servent parfois mais les processions rituelles desservent toujours. Plus d'échauffourées, plus de casses, une misère quoi ! Rien ne sert mieux une revendication que le bruit et la fureur. Le calme des tempêtes ne rassure jamais sur la sûreté des flots.
gerint
- 10/03/2019 - 14:38
Les GL servent de révélateur de graves problèmes
Et je ne pense pas que le mouvement s'éteigne sans lendemain
JBL
- 10/03/2019 - 13:12
Ce qui restera !
On le sait tous, ce qui restera des GJ c'est un immense malaise de la société française, un des pays les plus riches du monde, avec une lutte des classes les plus exacerbée du monde, et quelque part l'aveu d'un échec d'un pays qui veut donner au monde des leçons de moralité. On n'est pas capable de donner un travail à son voisin de palier, et on veut faire croire que l'immigration est notre crédo. Nous sommes un pays ou nos valeurs chrétiennes, avec toutes leurs ambiguïtés, ont laissé la place à l'hypocrisie et l'arrivisme le plus total. Dans les GJ nous avons nos enfants avec leurs diplômes et leur bas salaires. Nous, avec la réussite de nos carrières, nous ne souhaitons pas voir nos enfants dans des manifs. Et pourtant, ils sont là, sans être dans les ronds points, avec leur diplôme d'avocat à 2500 euros par mois, juste assez pour payer leur loyer. C'est ça le nouvel ordre mondial. Les GJ sont incapables d'exprimer cette injustice sociétale, leur mal-être, et pourtant ils le ressentent, profondément, n'en déplaise à certains individus qui pensent qu'avec leur carnet d'adresse, ils arriveront à sauver leurs enfants. Ca leur donne le droit de taper sur les GJ.