En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© HOANG DINH NAM / AFP
Bonnes feuilles

Mondialisation, pauvreté et inégalités : les effets socialement indésirables de l’ouverture commerciale

Publié le 16 février 2019
Jean-Marc Siroën publie "Mondialisation à la dérive. Europe sans boussole". Montée du protectionnisme, Brexit, tensions politiques, l'Europe et l’économie mondiale sont plongées dans un nouveau cycle dont personne ne peut anticiper l'aboutissement. Cet essai prend position en faveur d’un multilatéralisme rénové qui ne peut s’affranchir de l’Europe. Extrait 1/2.
Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Siroën
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Siroën publie "Mondialisation à la dérive. Europe sans boussole". Montée du protectionnisme, Brexit, tensions politiques, l'Europe et l’économie mondiale sont plongées dans un nouveau cycle dont personne ne peut anticiper l'aboutissement. Cet essai prend position en faveur d’un multilatéralisme rénové qui ne peut s’affranchir de l’Europe. Extrait 1/2.

La théorie économique n'a pas oublié d'étudier les effets de l'ouverture commerciale sur la pauvreté et les inégalités. En effet, le quasi-consensus des économistes - la « pensée dominante » -, porte sur les effets bénéfiques de l'ouverture commerciale sur le revenu des pays. Mais il n'a jamais prétendu que tous les citoyens d'un pays donné y gagnaient. Le jeu est gagnant-gagnant entre les pays mais à l'intérieur, il peut être gagnant-perdant.  

Ainsi, dès 1941, les économistes Wolfgang Stolper et Paul Samuelson démontraient que dans les pays riches à hauts salaires, les importations des pays plus développés en provenance de pays à bas salaires abaisseraient le pouvoir d'achat des travailleurs tout en augmentant celui des détenteurs de capital et des travailleurs qualifiés. Ce théorème compliqué, enseigné dans toutes les universités, repose pourtant sur une intuition simple : les pays riches délaisseront les activités qui exigent plus de travail peu qualifié au profit de celles plus exigeantes en capitaux et en travail qualifié. L'ouverture commerciale exercera alors une pression à la baisse sur les salaires des premiers. Si celle-ci ne se réalise pas du fait de rigidités, comme l'existence d'un salaire minimum, le chômage pourrait s'accroître. Les économies seraient alors confrontées au choix suivant : soit plus de pauvreté et d'inégalité, soit plus de chômage (et donc de pauvreté aussi). Mais à l'inverse, le capital et le travail qualifié seront davantage demandés pour satisfaire les besoins de l'industrie exportatrice, et leurs revenus augmenteront. Les inégalités s'accroissent donc et pire encore, les travailleurs moins qualifiés verront leur pouvoir d’achat diminuer. La théorie peut trouver des variantes. Si le travail est imparfaitement mobile entre les secteurs, les grands perdants seront les salariés du secteur importateur. Ceux qui ont la chance de travailler dans les secteurs exportateurs pourraient même parfois se ranger du côté des gagnants.  

La théorie économique aime la symétrie. Les pays à bas salaires se spécialiseront dans des activités qui exigent davantage de travail peu qualifié. Les salaires augmenteront pour eux, mais baisseront pour les travailleurs plus qualifiés ou pour les détenteurs de capital. C'est donc une réduction de la pauvreté et des inégalités qui est attendue dans ces pays.  

De fait, on a bien constaté les effets attendus dans les pays « riches », mais pas toujours dans les pays développement qui ont certes constaté une régression de la pauvreté, mais aussi, pour beaucoup (dont la Chine) une croissance des inégalités. 

Les secteurs devenus de grands importateurs sont souvent concentrés sur certains territoires « perdants » quand des territoires « gagnants » s'épanouissaient dans la mondialisation. C'est, grosso modo la « banane » bleue européenne qui s'étire de Londres à Milan après avoir traversé le Nord européen sans pour autant éviter de se faire grignoter sur ses contours par le déclin des industries traditionnelles. 

Aucun économiste universitaire, aussi orthodoxe et libéral soit-il, n'a donc vraiment contesté les effets socialement indésirables de l'ouverture au commerce dès lors que personne, ou presque, ne remettait en cause le tabou des gains « nets » de l'échange pour un pays. Les gains des uns l'emportent toujours sur les pertes des autres. Et cela suffit.

Extrait du livre de Jean-Marc Siroën, "Mondialisation à la dérive. Europe sans boussole"   

Lien direct vers la boutique Amazon : ICI

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

02.

Services secrets turcs : les hommes des basses œuvres du président Erdogan

03.

Seniors : cette méthode qui vous permet de profiter pleinement de votre retraite

04.

Fleurs et vacheries au G7 : les avis surprenants des dirigeants étrangers sur Emmanuel Macron ; Notre-Dame, victime collatérale de négligence politique ; Julien Dray, mentor repenti d’Emmanuel Macron ; Panne sèche pour la voiture autonome

05.

Tempête dans les bénitiers : qui de Salvini ou du pape est le plus catholique ?

06.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

07.

Le général iranien Qassem Souleimani, maître de guerre sur le front syro-irakien

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

03.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

04.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

05.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

06.

Services secrets turcs : les hommes des basses œuvres du président Erdogan

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

03.

Record de distribution des dividendes : ces grossières erreurs d'interprétation qui expliquent la levée de bouclier

04.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

05.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

06.

Rencontres diplomatiques : Boris Johnson pourrait-il profiter du désaccord entre Paris et Berlin sur le Brexit ?

Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Benvoyons
- 16/02/2019 - 12:56
C'est assez surprenant suite
ni devenir fermée par des pays Nationalistes qui de toutes les façons disparaissent, car figés & contraire à l’ensemble des réalités humaines.
Benvoyons
- 16/02/2019 - 12:54
C'est assez surprenant comme présentation d'une situation
économique d’aujourd’hui avec les avantages & les inconvénients, mais sans tenir compte du scénario de la situation d’aujourd’hui en gardant les pays riches sans évolution vers le développement des autres pays qui étaient pauvres donc en se gardant fermés & donc nationalistes.
L’économie symétrique n’a jamais existé & ne peut exister. La symétrie représentant une évolution économique ou tous les paramètres bougeraient dans un équilibre parfait & dans une adéquation permanente & avec les besoins de chacun sans aucune contrainte météorologique, épidémique, géologique,& où tous les humains penseraient culturellement en même temps pour le bien de 7,6milliards d’humains. En fait l’économie est comme les mers, les océans, elle bouge en permanence & subit des tas d’aléas avec lesquels elle doit évoluer, s’équilibrer de nouveau tout en avançant en déséquilibre permanent. Personne n’a pensé encore à contraindre les mers les océans à bouger parfaitement sans tenir compte des tsunamis, des vents, des volcans sous-marins, des déplacements des plaques. En fait l’équilibre n’existe jamais & l’humanité doit en permanence s’adapter en avançant, mais jamais en faisant un retour en arrière ...