En direct
Best of
Best-of: le meilleur de la semaine Atlantico
En direct
© YOSHIKAZU TSUNO / AFP
Tech
Comment les smartphones sauvent de plus en plus de vies
Publié le 11 février 2019
Avec un smartphone et un capteur, il est aujourd'hui possible de réaliser des diagnostics médicaux (de l’hypertension au paludisme...) via des analyses de sang ou d’urine et aussi de suivre des pathologies chroniques.
Bernard Benhamou est secrétaire général de l’Institut de la Souveraineté Numérique (ISN). Il est aussi enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Il a exercé les fonctions de délégué interministériel aux usages...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bernard Benhamou
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Bernard Benhamou est secrétaire général de l’Institut de la Souveraineté Numérique (ISN). Il est aussi enseignant sur la gouvernance de l’Internet à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Il a exercé les fonctions de délégué interministériel aux usages...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Avec un smartphone et un capteur, il est aujourd'hui possible de réaliser des diagnostics médicaux (de l’hypertension au paludisme...) via des analyses de sang ou d’urine et aussi de suivre des pathologies chroniques.

Atlantico: Comment ces innovations peuvent-elles améliorer la prise en charge des pathologies ? Quels sont les enjeux économiques de ces innovations ?

Bernard Benhamou : Dans le domaine des technologies, le nom que l’on donne parfois à ces nouvelles générations d’objets médicaux connectés est le Tricorder, du nom de l'appareil mobile, qui, dans Star Trek, permet à Spock de faire des diagnostics à main levée. En 2014, la fondation X-Prize et la société Qualcomm, ont ainsi lancé un concours afin de concevoir un Tricorder connecté au smartphone qui permettrait de diagnostiquer des pathologies courantes. Actuellement, on utilise déjà des capteurs connectés au smartphone pour détecter le paludisme ou encore réaliser des analyses d'urine, des analyses sanguines, mais nous n’en sommes qu’au tout début. L'objectif,  au-delà du suivi de certaines pathologies, est de créer un outil de diagnostic universel pour des pathologies comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires et respiratoire afin de faire émerger un segment industriel liés au diagnostic mais aussi à la prévention et au suivi des pathologies.

En plus de pouvoir transmettre des données à distance, le smartphone est en effet doté de capacités de traitement et de mémoires considérables, c'est un « cerveau » qui est utilisé par plusieurs milliards de personnes (on parle parfois d'« exo-cerveau »). Auparavant, lorsqu’il s’agissait de créer un équipement médical, il fallait créer et assembler des capteurs,  un processeur un écran et une interface; ce qui représentait des couts très élevés ainsi qu’un temps d’apprentissage important. Dans un smartphone, il y a déjà des dizaines de capteurs dont les prix ne cessent de baisser, et si l'on doit y connecter un petit capteur supplémentaire, cela ne représente qu’un surcout marginal.

Ainsi,  beaucoup de diabétiques effectuent déjà le suivi de leur glycémie grâce au smartphone, mais à terme, l’intérêt des entreprises technologiques mais aussi des assurances consistera à couvrir l’ensemble des pathologies les plus fréquentes dans la population. Ces pathologies qui ont un impact massif en terme d'économie de la santé : pathologies cardio-vasculaires, asthme, maladie d'Alzheimer, voire même cancer… Du point de vue des GAFA, le marché du smartphone traditionnel atteint la saturation donc ces sociétés ont besoin de créer de nouveaux secteurs d’activités, celui de la santé connectée est l’un de leurs objectifs stratégiques prioritaires. Les GAFA sont donc les premiers intéressés par ces technologies, notamment Apple (on peut déjà réaliser un électrocardiogramme directement depuis l'Apple Watch), Google s'intéresse aussi à la gestion des dossiers médicaux. Cela représente un enjeu économique majeur pour les secteur des technologies ainsi que pour le secteur prudentiel (banques et assurances) qui  va s'orienter massivement vers ces technologies dans les toutes prochaines années afin d’effectuer des économies sur les soins.

Ces technologies peuvent-elles constituer une solution pour améliorer le fonctionnement des systèmes de santé et mettre fin aux déserts médicaux ?

Ces technologies de la santé connectée au smartphone permettront en effet un diagnostic précoce, donc un traitement précoce, voire des mesures personnalisées de prévention ; selon une étude de la société Goldman Sachs, ces technologies des objets connectés de santé permettraient d'économiser 300 milliards de dollars par an, soit 10% de l’ensemble des dépenses de santé aux États-Unis. La prévention, comme le notent tous les économistes, est le parent pauvre du système de santé actuel. Avec ces technologies des objets connectés de santés il deviendra possible de suivre minute par minute l'activité d'une personne, et donc d’anticiper à partir des premiers signes par exemple des problèmes cardio-circulatoires si par exemple une personne modifie son activité ou diminue son périmètre de marche.

On disposera d’outils nouveaux, de moins en moins chers et disponibles massivement, qui donneront la possibilité d'éviter que les pathologies ne se développent dans leurs stades les plus avancés. En effet, ce qui coûte le plus cher aux systèmes de santé, ce sont justement les personnes atteintes de plusieurs pathologies, notamment en fin de vie, avec des journée d'hospitalisation extrêmement coûteuses ou la nécessité de recourir à des thérapeutiques onéreuses comme la dialyse pour les insuffisants rénaux.

On parle souvent du télédiagnostic et de la téléconsultation, mais plus encore, je pense que les smartphones et les objets médicaux qui leur seront connectés vont devenir des outils, non seulement de diagnostic mais de suivi auprès du patient. Beaucoup de pays africains ont ainsi développé, en raison de contraintes économiques,, des technologies « frugales » qui permettent d’effectuer la détection de masse avec peu de moyens techniques (c’est le cas du paludisme que l’on peut détecter avec une goutte de sang posée sur une lentille connectée aux smartphone). Beaucoup de ces technologies médicales qui ont d’abord été développées au « Sud » pourraient ainsi s’exporter vers le « Nord ».

Une nouvelle catégorie des technologies de santé mobiles correspondra aussi à utiliser le smartphone à des fins de traitement et plus seulement de diagnostic : ainsi des applications de surveillance du sommeil permettent par exemple de conseiller le malade et de lui éviter d'avoir à prendre des somnifères. On appelle ça les « Digiceuticals », c'est le mélange entre technologies numériques et pharmaceutiques, ça pourrait à terme remplacer un certain nombre de médicaments, notamment diminuer le recours aux benzodiazépines…

Le développement de ces technologies ne présente-t-il pas un risque en ce qui concerne la protection des données personnelles (en l'occurrence, médicales) ?

C’est déjà l’un des risques majeurs des technologies de santé et la maîtrise des risques de dispersion des données de santé deviendra une priorité pour les autorité européennes. A terme,  l’ensemble des dispositifs connectées pourraient en effet participer aux démarche de prévention et de soin; qu’il s’agisse des enceintes intelligentes ou encore des automobiles  connectées qui seront massivement dotés de capteurs et pourraient devenir une extension du cabinet médical. Ford est déjà en train de travailler sur des système de capteurs cardiovasculaires et respiratoires intégrés à leurs voitures. Dans la Skoda Fabia, il existe déjà un système de détection de la vigilance – donc limité à la sécurité de conduite - [mais à l'avenir, ce type de système pourra être utilisé pour effectuer le suivi de pathologies neurologiques.

On a déjà vu que Facebook collectait de manière massive des données médicales, y compris des personnes qui ne sont pas sur Facebook via les « shadow profiles ». Il faudra rendre encore plus stricts les règles de protection sur les données médicales, sachant qu'il est possible de déduire de nombreuses données médicales à partir de l'utilisation des smartphones.

Nous sommes obligés d'envisager un futur où les risques de dispersion des données médicales seront infiniment plus élevés. Le métier même de « data broker » ces sociétés qui rassemblent des centaines voire des milliers de paramètres sur plusieurs millions d’utilisateurs devrait à terme être remis en cause. Les données médicales sont en effet considérées comme « sensibles » dans notre droit. Il faudra concevoir un niveau de protection juridique et technique encore plus élevé pour ces données (y compris pour les données non médicales qui permettent de déduire, d' « inférer » des données médicales).  En ce qui concerne les équipements médicaux connectés, je pense qu’il nous faudra créer de nouvelles normes de sécurité (et de nouveaux processus de certification européens) sur la protection des données et la sécurité des objets médiaux connectés.  En effet les objets médicaux connectés sont parmi les moins bien protégés actuellement. Pirater des pacemakers à distance est déjà techniquement possible aujourd'hui. Le développement de ces technologies ne pourra donc se faire que si l’on est capables d’instaurer un niveau de confiance nettement plus élevé pour ces objets. En effet, la protection des données et la sécurité des patients constituera la pierre angulaire du développement de ce secteur stratégique pour l’économie et l’industrie européenne mais aussi pour notre système de protection sociale…

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Cette bombe politique qui se cache dans les sondages sur la remontée de LREM et l’essoufflement des Gilets jaunes
02.
Gilets jaunes : les états-majors des grandes entreprises imaginent trois scénarios de sortie de crise possibles
03.
Le mystérieux contrat de 7,2 millions d'euros décroché par Alexandre Benalla
04.
Alain Finkelkraut étrille Marlène Schiappa après ses propos sur la Manif pour tous
05.
Pour la mairie de Paris, la capitale serait salle à cause du réchauffement climatique
06.
L’affaire Benalla, ou la preuve qu’Emmanuel Macron est lui-même son pire ennemi politique
07.
Etat providence, immigration et Gilets jaunes : l’étude américaine explosive qui révèle la nature du dilemme politique français
01.
Cette bombe politique qui se cache dans les sondages sur la remontée de LREM et l’essoufflement des Gilets jaunes
02.
Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
03.
Statistiques du ministère de l’intérieur : Christophe Castaner ou l’imagination au pouvoir
04.
Etat providence, immigration et Gilets jaunes : l’étude américaine explosive qui révèle la nature du dilemme politique français
05.
Mais quelle est la part de responsabilité d'Alain Juppé dans l'état "délétère du pays qu'il dénonce ?
06.
Le mystérieux contrat de 7,2 millions d'euros décroché par Alexandre Benalla
01.
Mais quelle est la part de responsabilité d'Alain Juppé dans l'état "délétère du pays qu'il dénonce ?
02.
Agression contre Finkielkraut : certains Gilets jaunes voudraient que les Juifs portent l'étoile jaune
03.
Ces lourdes erreurs politiques qui fragilisent la lutte contre l’antisémitisme
04.
Antisémitisme: voilà pourquoi je n'irai pas manifester le 19 février
05.
Comment Alain Juppé s’est transformé en l’un des plus grands fossoyeurs de la droite
06.
Derrière les faits divers dans les Ehpad, la maltraitance que l’ensemble de la société française inflige à ses vieux
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires