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© JAIME RAZURI / AFP
Paradis artificiels
Le vrai coût humain de la cocaïnophilie des élites
Publié le 04 février 2019
Pablo Escobar, feuilletonisé, apparaît presque sympathique.
Marc Crapez est politologue et chroniqueur (voir son site).Il est politologue associé à Sophiapol  (Paris - X). Il est l'auteur de La gauche réactionnaire (Berg International  Editeurs), Défense du bon sens (Editions du Rocher) et Un  besoin de...
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Marc Crapez est politologue et chroniqueur (voir son site).Il est politologue associé à Sophiapol  (Paris - X). Il est l'auteur de La gauche réactionnaire (Berg International  Editeurs), Défense du bon sens (Editions du Rocher) et Un  besoin de...
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Pablo Escobar, feuilletonisé, apparaît presque sympathique.

Pablo Escobar, feuilletonisé, apparaît presque sympathique. Pendant ce temps, sur une radio, une émission intitulée "Portugal : les drogues ne font plus la morale" est agrémentée de la devise "Recevez quotidiennement votre dose indispensable de culture et de savoirs". On voit bien où il s'agit d'en venir. Les élites sont permissives sur la cocaïne.

Elles se moquent de la vulnérabilité des faibles. La dédramatisation systématique du cannabis oublie de songer au cas des adolescents déscolarisés qui se shootent non-stop. De la cocaïne, les femmes sont, pour des raisons biologiques, les premières victimes : à la fois parce que leur addiction est plus forte et parce que les dégâts sont plus importants.

 

Elles le sont, en second lieu, pour des raisons de complexion : perturbation du cycle menstruel, amaigrissement, impression d'être frigorifiée et hyper-fatiguée, dermites, amnésies... Elles le sont, troisièmement, du fait d'une vulnérabilité de genre.

Eventuellement fragilisées psychiquement par un statut de femme seule, elles constituent des proies : "Les garçons utiliseront la coke pour vous persuader de les baiser, et si vous pensez que vous n'êtes pas le genre de fille à vous prostituer pour de la drogue, il est clair que vous n'avez jamais été en galère de coke à 3h du matin" (Vice.com).

 

Un autre témoignage situe "vers 6h du matin quand l'effet de manque se faisait ressentir", la coucherie avec le dealer. Ce n'est évidement pas une généralité. Mais l'avertissement d'une repentie ne concerne pas seulement l'héroïne : "Quand tu es toxico, les gens ont tous les droits sur toi » (Nouvelobs.com). Dans les WC ou le dealer vous a préparé une "trace", un beau jour certaines s'accroupissent (confidence faite à une médecin généraliste). 

 

Peut aussi intervenir une prise en main par un prédateur sexuel en lisière des réseaux mondains et maffieux. Les partenaires ingurgitent amphétamines ou ecstasy, en cocktail avec la coke. En fait, l'homme de 80kg se contente de se doper et donne, gratuitement bien sûr, à la femme de 50kg une dose de "défonce". Au sortir de ce traitement durant plusieurs nuits, une femme peut faire des mini-syncopes pendant 10 jours (témoignage rapporté).

 

Et elle est totalement addict. Désormais, c'est payant bien sûr. Et le rabatteur à, bien entendu, un vieux copain ou un vague cousin qui en a "de la bonne, de la Blanche très pure". En vérité, le produit est coupé de produits alourdissants (qui ont pu être des crânes humains pillés), d'anesthésiants, d'antalgiques, d'antidépresseurs.

 

Mais ce n'est pas tout. La femme subit une autre déstabilisation. Accolée à une "image chic et festive" (Santémagazine.fr), la cocaïne passe pour un art de vivre de jet-setter et de "ceux qui réussissent et cherchent à avoir plus de puissance intellectuelle et sexuelle". A l'insu de sa partenaire, le rabatteur enduit de poudre blanche une certaine zone... D'ailleurs, la mode n'est-elle pas à l'inhalation ou à des genres de suppositoires?

 

C'est l'équivalent du viol à la chaîne pour contraindre une fille à faire le trottoir. La super virilité supposée de l'initiateur désinhibe et incite, par la suite, la consommatrice de cocaïne à se montrer conciliante. Difficile d'intervenir. La cocaïnomane ment comme elle respire, y compris à elle-même. Elle vit dans une sorte de schizophrénie et pratique une forme d'escapisme. L'aventure amoureuse inoubliable qu'elle a vécue, une action semi-concertée ? Impossible ! 

 

Longtemps, elle a fait croire qu'elle allait "dormir chez une copine", ou qu'elle avait "beaucoup de travail". Pourquoi se rend-elle aux lavabos déjà ? Les femmes ordinaires se repoudrent parfois le nez. Mais les cocaïnomanes ont la possibilité de sniffer de la poudre, et celle de téléphoner à leur dealer ! WhatsApp, l'un des réseaux favoris de l'infidélité, devient aussi l'une des plates-formes du trafic, avec livraison à domicile comme pour une pizza.

 

Sous l'emprise de la drogue et exploitée par un réseau. Belles expressions de la langue française. Ce descriptif pourtant factuel passe pour réactionnaire. Archi-droguée à la coke, prise sur le fait, l'une se rebiffe en arguant "tu peux pas comprendre" ou "ne mélange pas tout" (Droguesinfoservice). Une autre écarte le point de vue prosaïque des "coincés, peureux, sans esprit jeune"(Mademoiselle.com). Une dernière coupe les ponts pour ne pas avoir à se justifier.

 

On reconnaît là un jargon issu de l'extrême-gauche, qu'il est facile de réfuter, mais qui passe pour intelligent. Gros sous et intérêts idéologiques cimentent un univers sans-frontières peuplés de racketeurs, hackers, dealers, arnaqueurs, artistes, intellos, faussaires, Black blocs, snobs, ratés, mythomanes.

Derrière une camaraderie de façade, ce sont bien les code de la pègre qui ont cours. Il suffit d'une fois. D'une faiblesse. D'un service demandé. D'un comportement docile. Un enregistrement ou des photos compromettantes font peser (comme une épée de Damocles) la menace de perdre son emploi, par exemple. Alors, on monte en grade. On monte aux ordres. On vend sa liberté pour l'éphémère et l'artificiel : loin du "peu de bonheur vrai qui importe par-dessus tout parce qu'il coïncide avec la vérité de la vie" (Rachel Bespaloff, De l'Iliade, 1947).

 

 


 

 

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