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Homme providentiel ?
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Publié le 17 janvier 2019
Intelligent et endurant, Emmanuel Macron a offert une performance exceptionnelle lors du lancement du grand débat national à Grand Bourgtheroulde. Mais cette performance face à 600 maires risque de redonner vie au mythe de l’homme providentiel et à l’étatisme qui ont plongé la France dans le marasme où elle se trouve actuellement.
Diplômé d'école de commerce, Nicolas Moreau a exercé en tant qu'auditeur pendant une décennie, auprès de nombreux acteurs publics, associatifs et privés.
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Intelligent et endurant, Emmanuel Macron a offert une performance exceptionnelle lors du lancement du grand débat national à Grand Bourgtheroulde. Mais cette performance face à 600 maires risque de redonner vie au mythe de l’homme providentiel et à l’étatisme qui ont plongé la France dans le marasme où elle se trouve actuellement.

Une performance exceptionnelle

Le 15 janvier, Emmanuel Macron donnait le coup d’envoi du grand débat national à Grand Bourgtheroulde dans l’Eure. Face à plus de six-cents maires, pendant près de sept heures, il a échangé et répondu aux questions qui lui étaient adressées, souvent de manière technique et chiffrée, sans fiche ni note. Un véritable marathon intellectuel et physique, mené tambour battant par le président de République.

La performance a été chaleureusement applaudie par les élus locaux présents ce jour, et saluée par de nombreux observateurs de la vie politique. Et cette performance, en soi, méritait effectivement d’être reconnue, tant Emmanuel Macron s’est imposé comme un élève brillant, à l’intelligence exceptionnelle, à la mémoire phénoménale, et aux traits d’humour saillants. Il a donné l’image d’un candidat capable d’écraser toute concurrence durant une campagne.

Il lui a malheureusement manqué les habits du président dont la France a besoin.

 

Le crépuscule d’une idée

Une idée fausse est dans l’air : celle du président super-héros, devant à la fois être cet élève brillant qui connait tout sur tout, cet athlète disposant d’une énergie infinie pour se charger de tout, et ce modèle de vertu apte à faire la leçon à tous. Cette philosophie de l’homme providentiel, empoisonne le pays depuis des décennies, et c’est malheureusement sur la base de celle-ci qu’Emmanuel Macron a été ovationné.

Le prix Nobel d’économie Friedrich Hayek a pourtant montré à quel point cette idée était inepte. Pour Hayek, la connaissance est si large, et si répandue dans la société, qu’il est impossible qu’elle soit tout entière contenue chez un nombre limité de personnes. Elle est au contraire dispersée entre de nombreux agents, et même le plus grand des génies ne pourra jamais en savoir autant que des milliers de personnes échangeant leurs quelques connaissances entre elles.

Pour le dire autrement, Emmanuel Macron est incroyablement brillant. Mais il ne sait pas faire cuire une baguette mieux qu’une boulangère. Il ne sait pas réparer un moteur mieux qu’un mécanicien. Il ne sait pas chanter mieux qu’une chanteuse. Il ne connait pas la physique théorique mieux qu’une chercheuse. Il ne sait pas prendre soin d’un malade mieux qu’un infirmier. Etc.

Tout exceptionnel qu’il soit, il ne pourra jamais réunir sur sa seule personne plus de connaissances qu’une société entière qui échange. Pris ensemble, la boulangère, le mécanicien, la chanteuse, la chercheuse, l’infirmier, et les autres, en savent bien plus qu’Emmanuel Macron et tout son gouvernement. Mais pour que ces acteurs puissent s’exprimer dans leur domaine de compétence, et pour qu’ils puissent partager leurs savoirs, l’Etat doit les laisser faire.

Le Laissez-faire est souvent caricaturé comme un laxisme généralisé ou une complaisance vis-à-vis de la loi de la jungle. Il n’est rien de tout cela. Il est une injonction lancée à nos dirigeants en général, et au Président de la République en particulier : Laissez-faire ceux qui savent, et laissez-les échanger. Si l’Etat dresse des barrières, et complique les échanges entre individus, la connaissance éparpillée dans la société ne pourra pas s’exprimer pleinement, et la société s’appauvrira. Laissez-faire la boulangère, même si elle veut ouvrir son magasin sept jours sur sept. Laissez-faire le mécanicien ou la chanteuse. Ils ont chacun des talents à offrir, et ont chacun besoin du talent des autres. Laissez-les échanger.

Au contraire du Laissez-faire, la philosophie de l’étatisme prône un Etat omniprésent dans l’activité économique, sociale ou morale, représenté par un président qui montre les qualités requises pour l’incarner : une morale certaine, une connaissance de tous les dossiers dont il souhaite se mêler, et une endurance surhumaine face aux doléances infinies adressées à l’Etat.

L’étatisme est pourtant une impasse depuis des décennies. En s’immisçant partout, l’Etat gène les acteurs économiques et sociaux par des normes trop nombreuses, des impôts écrasants, des lois ineptes, des leçons de morale. Il paralyse ces échanges dont la société a besoin pour exprimer tout son potentiel économique et social.

L’étatisme est en outre directement impliqué dans la crise des gilets jaunes par les lourds prélèvements obligatoires qu’il impose (pour permettre à l’Etat de se mêler de tout et pour entretenir l’élite qui l’incarne), par les décisions sociétales prises à Paris qui s’imposent à tous, et par la morale que l’élite tente d’imposer aux français sans se l’imposer à elle-même. Il a pollué la mentalité française pendant des décennies, déresponsabilisant petit à petit les citoyens tout en les appauvrissant.

Malheureusement, la séquence de Grand Bourgtheroulde redonne de l’eau au moulin de l’étatisme, en vernissant l’image du président super héros, à l’heure où la solution serait de faire reculer l’Etat en laissant enfin les français faire.

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GOYATSU
- 21/01/2019 - 10:46
intellect et intelligence
Moix a plutôt bien résumé la situation: Macron est brillant intellectuellement, mais il lui manque l'expérience pour parvenir à l'intelligence... Et comme la plupart des personnes intellectuellement bien pourvues, il s’imagine qu'il eut se passer de d'expérience puisqu’il peut tout penser...
GOYATSU
- 21/01/2019 - 10:46
intellect et intelligence
Moix a plutôt bien résumé la situation: Macron est brillant intellectuellement, mais il lui manque l'expérience pour parvenir à l'intelligence... Et comme la plupart des personnes intellectuellement bien pourvues, il s’imagine qu'il eut se passer de d'expérience puisqu’il peut tout penser...
royeri
- 19/01/2019 - 11:41
Compétence???
Effectivement notre président est moins bon boulanger qu'un pro, moins soignant qu'une infirmière....Mais, que connait le boulanger des problèmes des céréaliers et des transporteurs, des obligations sanitaires en amont de son poste ? Que sait l'infirmière des enjeux financiers des hôpitaux français, du rôle des administratifs, des filières des médicaments et des prothèses ? Et quelle compétence spécifique un garagiste peut il justifier pour savoir s'il faut promouvoir la filière électrique ou hybride ? La politique, ou l'art de gérer la cité est effectivement une somme de compétence et de disponibilités que je n'ai pas et c'est pourquoi je délègue, comme citoyen, ma confiance à un élu qui a, dans le cas de notre président 5 ans pour faire au mieux de ses possibilités et je rejugerai 5 ans plus tard s'il a été bon (et je revote pour lui) ou si je pense que je peux trouver mieux. S'ils sont tous nuls, rien ne m’empêche de me présenter pour faire mieux si je suis élu. Nos chers GJs ont trois ans pour devenir Président et remplacer celui qu'ils trouvent si nul, encore faut il qu'ils soient élu :-)