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Obsolescence humaine programmée : ce monde dans lequel personne n’échappe à la remise en cause permanente
Publié le 14 janvier 2019
Qu'il s'agisse des politiques, des salariés, mais aussi des modes, ou des idées, tous les hommes et toutes les femmes sont sommés de se réinventer toujours, tout le temps.
Bertrand Vergely est philosophe et théologien.Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).  
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Bertrand Vergely est philosophe et théologien.Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).  
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Qu'il s'agisse des politiques, des salariés, mais aussi des modes, ou des idées, tous les hommes et toutes les femmes sont sommés de se réinventer toujours, tout le temps.

Atlantico : Emmanuel Macron est aujourd’hui l’objet d’un désamour. Ce désamour n’est-il pas le résultat d’une société où toute personne un peu connue est sommée de se réinventer en permanence ? Ne vivons nous pas dans un monde où tout, de l’homme politique à la marchandise en passant par les partenaires amoureux ainsi que les idées, sont soumis à l’obsolescence programmée ? 

Bertrand Vergely : Pour répondre à cette question il importe de distinguer Emmanuel Macron, le désamour actuel à l’égard d’Emmanuel Macron et le caractère lunatique de la société postmoderne. 
     Les Français n’aiment pas Emmanuel Macron. En revanche, ils l’admirent. 
     Les Français n’aiment pas Emmanuel Macron parce que lisse, froid, celui-ci n’est pas un personnage charismatique suscitant des émotions et se prêtant aux émotions. Cela ne les empêche pas d’admirer son intelligence, le fait qu’il soit travailleur et, comme on dit, qu’en tant que président et représentant de la France dans le concert des nations il fait le job. Question amour et émotions, si l’on doit en parler,  les Français seraient plutôt enclins à aimer Brigitte sa femme qui est une jolie femme  présentant bien, sachant être discrète  et se tenir à sa place. Puisque d’amour il s’agit, n’oublions pas qu’ Emmanuel Macron a été élu contre Marine Le Pen et seulement par un quart des Français. Il n’a jamais fait l’objet d’un vote d’adhésion. 
     Ceci précisé, assiste-t-on aujourd’hui à un désamour des Français à l’égard d’Emmanuel Macron ? Très franchement non, car pour qu’il y ait désamour il aurait fallu qu’il y ait eu  amour. Or, il n’y a jamais eu amour et il n’y a pas d’amour entre Emmanuel Macron et les Français. Si émotion il y a c’est celle de la surprise.  Les Français ont été étonné d’élire et que soit élu un président jeune que l’on n’attendait pas et qu’ils n’attendaient pas. 
     Il s’avère qu’aujourd’hui Emmanuel Macron est haï. Certains Gilets Jaunes rêvent de le tuer en allant dévaster l’Élysée et en déclenchant une guerre civile en France.  Son effigie a été récemment guillotinée. Cette haine est à mettre au compte de la haine traditionnelle d’une partie de l’opinion française à l’égard des dirigeants, des politiques et des élites, Emmanuel Macron ne faisant qu’appuyer cette haine.  
     Donc qu’Emmanuel Macron soit aujourd’hui haï n’est pas étonnant, tout homme politique, tout président devant s’attendre à l’être. De ce point de vue, s’il y a en France quelque chose qui ne relève pas de l’obsolescence programmée, c’est bien la haine dont les politiques et les élites sont l’objet. 
     En outre, il convient d’ajouter un phénomène propre aux médias. Quand Emmanuel Macron a été élu, les medias ne se sont pas rués tout de suite pour le critiquer. En France, cela ne se fait pas. On donne sa chance au nouveau pouvoir. Reste que l’on sentait bien les medias impatients de le critiquer. Ce qui est normal. Il est plus facile de critiquer que de louer. C’est aussi plus porteur. Quand on veut avoir du pouvoir il faut dire que cela ne va pas. Quand on crie on est écouté Quand on fait des éloges on fait bailler. On trouve cela mièvre ou suspect. Pour paraître intelligent il faut être saignant. Durant l’été, avec l’affaire Benalla, les medias s’en sont donné à cœur joie. Enfin du grain à moudre et de quoi égratigner le pouvoir en faisant son procès. Une aubaine !
     Vit-on dans un monde de l’obsolescence programmée ? Oui, bien sûr. Pour trois raisons. 
     Nous vivons dans une société du spectacle et dans la société du spectacle, on aime changer. Le changement divertit. La continuité ennuie. Donc, pour se divertir on jette aujourd’hui ce que l’on adorait hier en étant prêt demain à aimer ce que l’on prétend détester aujourd’hui. 
     Par ailleurs, on vit dans une société de consommation et de marketing. Pour vendre il faut séduire, captiver, retenir l’attention. On vend en proposant sans cesse des produits nouveaux. Comme tout est mené par la consommation et le marketing, cela vaut pour la politique et la culture. Les politiques habiles savent s’en servir. Afin d’être innovants et ainsi d’être vendeurs et donc éligibles, il leur arrive de défendre une idée aujourd’hui contre laquelle ils étaient hier. Actuellement, avec la PMA c’est le cas. On voit des hommes politiques et non des moindres tourner casaque et se mettre à la défendre  alors que hier ils clamaient haut et fort leur opposition à celle-ci. 
     Enfin, il ne faut jamais oublier que dans les relations humaines, rien n’est gratuit. Dans le domaine des sentiments, comme ceux-ci sont coûteux et ont un prix, quand on aime on fait toujours payer à l’autre l’amour qu’on lui donne. D’où le côté lunatique en apparence des relations affectives. Pourquoi n’aime-t-on plus aujourd’hui ce que l’on aimait hier ? Pour reprendre ses billes et récupérer l’amour que ‘on a donné. Quand elles ne le savent pas, les stars du showbiz en souffrent au point parfois de déprimer voire de se suicider. 
     Emmanuel Macron subit forcément ce phénomène. Aujourd’hui, qu’est-ce qui divertit le monde ? Le fait de se présenter comme un candidat antisystème. Au départ, c’est ce qui a servi Marine Le Pen, puis Emmanuel Macron qui, ne l’oublions pas, s’est présenté comme un candidat antisystème. Aujourd’hui, pourquoi les Gilets Jaunes rencontrent-ils une telle faveur ? Parce qu’ils rejouent autrement, d’une façon folklorique, le fait d’être antisystème. Les Français qui adorent la révolte contre les puissants adorent les acteurs qui jouent la même partition autrement. Ils adorent que le grand air de l’antisystème soirt interprété par des musiciens à chaque fois différents.   Hier, ils ont élu Macron parce qu’il état antisystème. Aujourd’hui, ils élisent les Gilets Jaunes contre Macron parce ceux-ci sont antisystème. 
     Emmanuel Macron est aujourd’hui l’objet de vives ccritiques. Du point de vue du marketing médiatique c’est vendeur. Janvier est le mois des soldes. Il n’y a pas de raison que le politique en soit dispensé. À ce titre crier « Macron démission » est vendeur. Les Gilets Jaunes pour vendre du Gilet Jaune l’ont compris et fait leur marketing sur ce slogan avec le succès que l’on voit. 
     Enfin, il est clair qu’aujourd’hui les Français présentent la facture à Emmanuel Macron en exprimant en substance ce message : « On t’a élu. Ce n’était pas vraiment toi que l’on voulait élire parce que tu ne nous ressembles pas. Tu as trop l’allure d’un grand bourgeois pour nous plaire.  Mais, on avait besoin de toi et il valait mieux que ce soit toi plutôt qu’un autre. Mais ne crois pas t’en tirer comme ça. On va temener la vie dure ». 

Dans ce monde où tout est sommé de se renouveler, la logique qui encourage la nouveauté ne conduit)-elle pas a dévaluer la notion même de nouveauté en dévaluant sans cesse toutes les nouveautés existantes ? La nouveauté tuant la nouveauté qu’en résulte-t-il ? Un monde blasé ? 

René Girard explique que tout mythe sert à cacher la violence. Avec la nouveauté et le progrès c’est le cas. 
     On est fasciné par la nouveauté, pourquoi ? Parce que celle-ci permet d’être violent d’une façon civilisée. À la Révolution Française que se passe-t-il ? Ceux qui veulent prendre le pouvoir et dominer le monde se cachent derrière le mythe de la Révolution et du changement. En apparence, ils se présentent comme les amis du genre humain désireux de changer le monde pour améliorer la condition humaine. En réalité, ils sont assoiffés de pouvoir et de domination et montrent leur vrai visage avec la Terreur. Ce qui vaut pour la Révolution vaut pour la nouveauté et le progrès. 
     En art à quoi assiste-t-on ? Au même phénomène que lors de la Révolution Française. Ceux qui veulent prendre le pouvoir et dominer le monde ont trouvé un truc qui marche. Ils se présentent comme les amis du nouveau. Résultat, à quoi assiste-t-on ? À la violence civilisée. L’art devient de plus en plus provoquant, de plus en plus destructeur, de plus en plus glauque. Au point de vider l’art de l’art lui-même en condamnant les notions d’art et de beauté comme des notions idéologiquement abjectes. Bien sûr tout cela se fait au nom de la création et de la nouveauté. Et comme personne n’ose dire la vérité tout le monde s’extasie en faisant semblant de trouver cela géniâââl. 
     Avec le progrès, même chose. Pour prendre le pouvoir, on annonce le progrès et pour justifier le progrès on invente un concept commode : celui de destruction créatrice, concept forgé par Schumpeter. Si le nouveau permet la violence civilisée, le progrès également. Le progrès : comment être contre ? Impossible. On ne va quand même pas être pour la régression et l’archaïsme. On se tait donc. Et on subit. La violence qui le sait en use. 
     Le nouveau et le progrès fabriquent-ils un monde de blasés ? Ils fabriquent surtout un monde assommé comme l’est le boxeur qui a été roué de coups. Pour être blasé il faut avoir un certain sens de l’ennui. Le monde qui est ballotté par le nouveau et le progrès n’est pas blasé. Il est hagard en ne comprenant plus ce qu’il vit. 

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Comment sortir de cette logique destructrice ? 

C’est très simple. Vous fermez les yeux et vous respirez profondément à partir de l’abdomen. Cinq fois, dix fois et plus. Et vous faites cela le matin au lever, le soir au coucher et durant la journée. Quand vous faites cela vous passez de la vie avec un petit v à la Vie avec un grand V. Quand vous êtes dans la Vie avec un grand V qui est la force créatrice originelle à la base de tout, vous rentrerez dans votre zone de sécurité. Rien ne peut vous arriver. Là, toutes les tensions s’apaisent. Toute l’agitation du monde disparaît. Vous retrouvez le vrai monde et la vraie humanité. Ne cherchez pas à transformer  le monde politiquement. Vous n’y arriverez pas. Vous ne ferez qu’une chose : ajouter de la violence  à la violence, des cris aux cris, de l’ignorance à l’ignorance, de la perversité et de la manipulation à la perversité et à la manipulation. En revanche, si vous retrouvez le sens de la Vie avec un rand V, faisant du bien à vous même vous en ferez aux autres. Faisant du bien aux autres vous en ferez au monde. Vous lui apprendrez qu’il peut vivre. Vous le ferez passer de la mort à la vie. Vous le ressusciterez. Sachez une chose : cette rentrée dans la Vie si vous la faites, personne ne pourra vous la voler et si vous la vivez elle vous accompagnera tous les jours de votre vie comme l’ami le plus sûr. 

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zelectron
- 14/01/2019 - 16:32
transhumanisme
je préfère être cyborg plutôt que mort !
J'accuse
- 14/01/2019 - 09:51
Bien respirer ne réduit pas les taxes !
Non, les Français n'admirent pas Macron: c'est lui qui s'admire tout seul ! Il se regarde dans un miroir tous les matins et se voit beau et intelligent comme personne.
Il ne faut pas utiliser un terme à la mode, obsolescence (souvent pris dans un sens détourné: obsolète ne veut pas dire "en panne"), pour l'appliquer à tout et n'importe quoi.
S'il est bien exigé des politiciens et hauts fonctionnaires de se remettre en question, le principe d'obsolescence n'a rien à voir là-dedans; ils gèrent très mal le pays et notre argent: il est plus que normal de leur demander des comptes, non ?
Quand des gens sont désespérés et qu'on leur répond par le mépris, il ne faut pas s'étonner que certains deviennent violents. A ceux-là s'ajoutent quelques individus qui aiment casser et cogner. C'est au contraire la dignité et la mesure de la grande majorité des Gilets jaunes qu'il faut remarquer, pas les actes de violence que des journalistes et le gouvernement se complaisent à mettre en avant pour discréditer le mouvement.
Ce n'est pas une époque nouvelle d'obsolescence généralisée que l'on vit, mais la continuité de la mauvaise gestion de l’État et des collectivités publiques.