© LUDOVIC MARIN / AFP
Vivement 2019...

2018 : année molle

Publié le 25 décembre 2018
L'année 2018 aura été insaisissable.
Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Yves Michaud
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
L'année 2018 aura été insaisissable.

En politique internationale, les temps sont à l'accoutumance, y compris face aux surprises.
On a vu s'initier un rapprochement entre deux Corées - qui finiront par se réunifier. 
Les interventions russes un peu partout par l'intermédiaire de leurs agents secrets ou de leurs hackers ne surprennent plus  – on s'y est habitué aussi.
Les Castro de Cuba sont partis sans que personne s'en aperçoive
Les élections en Hongrie et surtout en Italie ont confirmé la poussée populiste partout en Europe, déjà visible lors des élections de l'automne 2017 en Autriche.
L'Espagne continue de se désagréger en douceur. Des gouvernements sans majorité ne réagissent pas face au forcing de l'indépendantisme catalan qui occulte la montée d'un double voire triple populisme, celui de Podemos, celui de Ciudadanos et maintenant celui du parti d'extrême droite Vox.
La victoire française à la coupe du monde de Football n'a pas suscité l'enthousiasme vibrant de 1998. L'illusion lyrique black-blanc-beur a perdu sa composante beur au profit de l'inflation des transactions.
L’État islamique a continué à perdre du terrain en Syrie et en Irak mais sans disparaître : il est toujours là, dormant. Le problème kurde reste entier et la « question d'Orient », lancinante depuis la fin du XVIIIème siècle au moins, reste en l'état avec pour protagonistes la Russie, la Turquie renouant avec les rêves d'empire ottoman et l'Iran héritier de l'empire perse. 
Partout et tout au long de l'année les USA ont imposé leur loi : leur loi économique dans la guerre commerciale, leur Real Politik isolationniste et cynique qui se cache à peine derrière les rodomontades de Trump.
Bref impérialisme économique, réalisme cynique et populisme se sont imposés sans que ça inquiète quiconque.
Dans le même temps, l'Union européenne est en voie de dissolution, pas seulement à cause du Brexit, pas seulement à cause de la fracture entre ex-pays soviétisés et pays de l'Ouest, mais plus encore en raison de l'impéritie d'une oligarchie de Bruxelles qui veut surtout ne rien voir des menaces et continue à pondre impavidement ses directives.
Nous nous sommes habitués/résignés aussi à la pression migratoire constante, au business des passeurs - humanitaires ou mafieux - et aux attentats terroristes ubérisés.
On a une étrange impression d'anesthésie devant les changements. Faute d'événements majeurs, on fait comme si tout allait bien. De ce point de vue 2018 fut sans drame...

En politique intérieure française les réformes annoncées par le président Macron ont commencé sans trop d'encombre : réforme du baccalauréat, des programmes scolaires, des procédures d'admission à l'université, loi travail, formation professionnelle et apprentissage, prélèvement à la source, réforme SNCF.
Ces réformes ont semblé bien accueillies, dans un mélange de résignation et de conscience de leur nécessité. 
Sauf que ce calme s'est révélé trompeur.
L'effet des mesures fiscales (bascule cotisations salariales - CSG, projet de taxation écologique) conjugué au ralentissement économique et à des mesures apparemment bien intentionnées mais financièrement pénalisantes (radars, limitation de vitesse, contrôle technique renforcé des véhicules), assorti d'une absence stupéfiante d'explication sur la cohérence de la politique suivie a débouché sur la crise des Gilets jaunes – ni plus ni moins qu'une révolte de la classe moyenne, une sorte d'Intifada des modestes.
L'atmosphère molle et insaisissable est devenue soudain violente et explosive.
A l'évidence, le pouvoir n'a pas vu venir la menace, il n'a pas été capable d'en mesurer la gravité et il n'a pas non plus su trouver la réponse - sinon en lâchant brusquement mais trop tard du lest sonnant et trébuchant dans la panique. Encore faudra-t-il attendre la fin du mois de janvier 2019 pour mesurer l'impact du prélèvement à la source de l'impôt. 
Ajoutons que certaines questions cruciales comme celles du contrôle du fondamentalisme musulman, de la pression migratoire, de la montée des communautarismes anti-républicains, qui sont au cœur de la révolte des Gilets jaunes, n'ont pas été abordées par le pouvoir qui, tout simplement, n'osait pas avoir de doctrine sur elles – et continue à ne pas vouloir en avoir.

Bref, on a le sentiment d'une sorte de calme bonace alors que des changements considérables se déroulent sans que nous puissions ou voulions en prendre la mesure.

Au niveau de la planète, du global comme on dit, 2018 aura montré que trois facteurs pèsent de manière décisive sur nos vies et sur la politique sans que nous ayons prise sur eux : le changement climatique, le capitalisme financier à travers la politique des banques et notamment la création irresponsable de monnaie, les intérêts géo-stratégiques des grandes puissances. De ce point de vue, le président Macron se sera (et nous aura) payé d'illusions en croyant qu'il était prioritaire de faire de nouveau de la France un acteur majeur. Il eût mieux fait de prendre la température de son pays plutôt que de jouer au bras de fer comme un gamin avec Trump ou Poutine.
Dans le domaine national français, indissociable de son contexte européen, les prétendues « élites » de gouvernement, en fait les oligarchies et bureaucraties politico-économiques qui se gargarisent des mots start-up, mutation, vie éternelle, flexibilité, agilité et enchères record ont brusquement été forcées de découvrir l'existence d'un animal souvent docile mais qui finit parfois par faire des révolutions : le peuple – ce démos dont les Grecs avaient bien compris qu'il forme la partie majoritaire et la plus modeste de la cité. 
Et donc beaucoup de choses, presque tout, sont entièrement à refaire. 

Ce n'est pas parce qu'une situation est molle qu'elle ne peut pas se durcir.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Seniors : cette méthode qui vous permet de profiter pleinement de votre retraite

02.

Tempête dans les bénitiers : qui de Salvini ou du pape est le plus catholique ?

03.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

04.

Lateticia Hallyday boit dans la mer (mais pas la tasse) ; Voici trouve Macron très beau en maillot, Point de Vue trouve Brigitte mirifique ; Tout sur le mariage de Jenifer sauf des photos ; Crise de libido royale pour William et Kate

05.

Le général iranien Qassem Souleimani, maître de guerre sur le front syro-irakien

06.

Services secrets turcs : les hommes des basses œuvres du président Erdogan

07.

Psychogénéalogie : comment les générations familiales qui nous précèdent laissent leur empreinte sur notre identité

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

03.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

04.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

05.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

06.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

03.

Record de distribution des dividendes : ces grossières erreurs d'interprétation qui expliquent la levée de bouclier

04.

Rencontres diplomatiques : Boris Johnson pourrait-il profiter du désaccord entre Paris et Berlin sur le Brexit ?

05.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

06.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
BienVu
- 25/12/2018 - 18:45
Le cadeau du Père Michaud.
Yves Michaud nous confirme, s'il en était besoin, qu'on peut évoquer des événements ou même des batailles politiques sans verser dans les invectives, les éructations ou les insultes. Analyse ne veut pas dire approbation ou louange. Il me semble d'ailleurs qu 'Y. Michaud est plutôt critique. Quand il écrit que « le président Macron se sera (...) payé d'illusions en croyant qu'il était prioritaire de faire de la France un acteur majeur », dans le monde, ce n'est pas un compliment et j'applaudis des deux mains. [ Parenthèse : Je ne comprends pas en quoi Cuidadanos serait populiste. ]
Enfin c'est pour moi toujours plaisant de lire un texte où on trouve des verbes au passé simple ou au conditionnel passé 2e forme. C'est le cadeau du Père Michaud...
Comme par antithèse, apparaît en bas du texte de Michaud un commentaire de Ganesha, qui se berce toujours des mêmes illusions, même si c'est son droit. Mais traiter les eurodéputés du PPE de « kollabos », avec un k (collabo de qui ? de quoi?), c'est tomber dans l'insulte intentionnelle envers des hommes ou des femmes comme Alain Lamassoure, Arnaud Danjean ou beaucoup d'autres. Il faudrait tout de même que le modérateur se réveille...
Ganesha
- 25/12/2018 - 12:47
2019, Année Prometteuse !
L'année 2018 aura suffi pour exposer en pleine lumière l'ineptie de la ''Bulle Macron'', résultat d'une invraisemblable ''arnaque médiatique'' !
L'événement essentiel aura lieu le 26 Mai : les élections européennes permettront aux français de signifier à leur président leur rejet, sans appel.
Par la même occasion, l'ensemble des peuples du continent auront, enfin, l'opportunité de mettre fin à plus de 30 ans de tyrannie libérale et mondialiste débridée.
Les députés-kollabos du PPE seront remplacés par des Souverainistes, réellement concernés par le bien-être et le bonheur de leurs populations.
L'année 2018 a vu la fin du commerce immigrationiste mafieux des bateaux tels que l'Aquarius.
Enfin, le président Trump vient, après des décennies de guerres absurdes, de se rendre à l'évidence : les USA ne sont absolument pas concernés par les guerres de religions entre sunnites et chiites.
Et la survie d'Israël ou du Kurdistan ne justifient pas le déclenchement d'une nouvelle guerre mondiale !