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Acte VI des gilets jaunes : ce que pourraient nous réserver ces braises qui rougeoient encore
Publié le 23 décembre 2018
La mobilisation du 22 décembre a été logiquement plus faible, mais le mouvement des Gilets jaunes n'a pas connu d'effondrement et le feu continue de couver sous la cendre.
Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).
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Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).
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La mobilisation du 22 décembre a été logiquement plus faible, mais le mouvement des Gilets jaunes n'a pas connu d'effondrement et le feu continue de couver sous la cendre.

Atlantico : Au lendemain de l’Acte VI des GJ, on constate que la mobilisation nationale a été nettement plus faible. Est-ce terminé ?

Christophe Boutin : Comme il fallait s’y attendre, la 6e journée de mobilisation nationale des GJ a eu un moindre succès que la précédente : à 14 heures elle ne rassemblait 38.600 personnes dans toute la France contre 66.000 la semaine dernière, et 2.000 seulement à Paris. Ils s’y attendaient d’ailleurs, et ont donc finement joué de l’effet de surprise à Paris : on les attendait à Versailles, où le château et le domaine avaient été fermés, mais c’est à Montmartre qu’ils se sont réunis. Il est vrai que les petites rues de la Butte sont moins propices aux charges de CRS que les grandes avenues versaillaises, mais, de toute manière, les effectifs des manifestants sont restés bien faibles on l’a dit, et ils ont ensuite déambulé pacifiquement dans les rues de la capitale entourés de policiers, la tension ne montant sur les Champs qu’en fin d’après-midi. 142 ont interpellés – pour sept gardes à vue, dont Éric Drouet, un des porte-paroles - à la mi-journée à Paris, où le dispositif des forces de sécurité avait été considérablement allégé comme d’ailleurs dans toute la France.

 En province, les rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes (Caen, Montpellier, 3.000 manifestants à Bordeaux), mais aussi à proximité des frontières allemande, belge, espagnole ou italienne à la suite d’un mot d’ordre. Mais on constate moins de blocages sur ces ronds-points qui, maintenant que les risques parisiens semblent passés, retiennent toute l’attention des politiques. Depuis une semaine 300 ont été évacués, 200 faisant encore l’objet d’occupations et devant l’être, et de nombreux préfets ont pris des arrêtés interdisant les installations sur ces lieux.

 C’est justement sur un rond-point qu’est survenu un accident qui a fait une nouvelle victime, la dixième liée au mouvement – on rappellera que la plupart des victimes sont des « Gilets-jaunes ». En un peu plus d’un mois, le bilan est ainsi de 10 morts, de presque 3.000 blessés (dont plus de 1.000 chez les forces de l'ordre), et de plus de 4.500 gardes à vue. C’est dire que personne ne peut prendre à la légère ce qui vient de se passer ces derniers mois et, ne nous leurrons pas, parvenir à mobiliser près de 40.000 personnes en France un 22 décembre, quand tout le monde est préoccupé par la préparation des fêtes, n’est en rien négligeable.

 La réponse socio-économique qui a été donnée, le train de mesures annoncé par le Président et son gouvernement (annulation de la hausse de la taxe carbone, hausse du SMIC de 100 euros ou défiscalisation des heures supplémentaires par exemple) a joué un rôle dans cet apaisement. L’exécutif rappelle que ces mesures coûtent cher (on parle de 10 milliards d’euros), mais se paie le luxe de jouer du menton face aux éventuelles critiques de l’Union européenne qui porteraient sur le non-respect de la règle des 3% du PIB comme plafond du déficit public. Le vote de ces mesures et leur mise en œuvre, en même temps donc qu’une période d’une quinzaine de jours de fêtes peu propice à de fortes mobilisations, voilà qui, selon les conseillers du gouvernement, devrait éteindre les flammes trop vives des semaines passées. Mais il n’y a pas effondrement du mouvement, et le feu continue de couver sous la cendre.

Comment alors, pour éviter de revoir des troubles semblables à ceux que l’on a connus, renouer le dialogue avec les Français, GJ bien sûr mais aussi tous les autres ?

 Le pouvoir agit de deux manières : en évitant les rassemblements et en instaurant un débat public.

En évitant les rassemblements d’abord, au moins autant sinon plus ceux des ronds-points que les grandes manifestations parisiennes. C’est en effet dans cette pratique quotidienne de la lutte politico-sociale que se sont révélées des affinités et des solidarités qui ont aggloméré le regroupement disparate d’électeurs du FN ou de LFI, ces fameux « extrêmes » censés manipuler l’ensemble, mais aussi d’électeurs déçus de Macron, qui avaient cru réaliser en le portant au pouvoir leur voeu de « dégagisme », ou ces milliers d’abstentionnistes qui n’attendaient plus rien de la politique. Continuer à les laisser se rassembler ainsi c’est en effet leur permettre de prendre un peu plus conscience de leurs points communs, déceptions ou espoirs, comme de leur force potentielle. C’est aussi les laisser court-circuiter un peu plus les institutionnels, partis ou syndicats, qui ont vocation à être les représentants des intérêts des Français mais sont terriblement discrédités, quand le pouvoir aimerait bien les voir revenir.

 Face à cette réunion spontanée sur les ronds-points, le Président organise la consultation des Français dans ce « grand débat national » qui devrait débuter, sous contrôle de la Commission nationale du Débat Public (CNDP), à la mi-janvier pour se terminer à la mi-mars. Il prendra la suite de ce recueil des doléances sur des registres déjà organisé dans les mairies, grâce notamment à l’appel de la dynamique Association des Maires Ruraux de France, pleinement consciente, et pour cause, des attentes de la « France périphérique », ce qui portera l’ensemble du dialogue national à trois mois. Et l’on notera par ailleurs que le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) a lancé de son côté une consultation pour en savoir plus sur les motivations des « Gilets jaunes », bien décidé à ne pas être éclipsé par la CNDP ou les maires dans le rôle d’autorité consultative de référence.

 A priori, les quatre thèmes retenus pour le « Grand débat » seraient ceux de la transition écologique, de la justice fiscale, de la démocratie (avec les questions de la citoyenneté et de l’immigration), et des services publics. Une plate-forme numérique sera créée, il y aura des réunions, des recueils de « contributions », et jusqu’à des « stands sur les marchés » selon la présidente de la CNDP, Chantal Jouanno. Il y aura aussi des conférences régionales, avec pour chacune « une centaine de citoyens français tirés au sort, qui seront amenés à discuter des résultats de ce débat et à participer d'une certaine façon à ce débat » a déclaré Édouard Philippe.

 L’idée du tirage au sort – dont on rappellera qu’il ne choque personne lors de la désignation des jurys d’assise – est intéressante en ce qu’elle évitera peut-être de voir la parole de la « société civile » confisquée par des dirigeants d’associations subventionnées, aux effectifs étiques et à la légitimité démocratique bien douteuse. Mais Chantal Jouanno s’inquiète aussi d’une « défiance à l’égard des institutions » qui pourrait s’étendre aux structures créées par elles, et envisage de fournir un « kit de méthodologie pour donner des conseils sur l’animation » et de déployer lors des débats 250 « garants » de la neutralité. Reste à savoir qui seront les garants des garants…

Quelles sont les chances de réussite de cette méthode de consultation ? Et que pourrait faire le Président de la République en cas d’échec ?

 On mesure les difficultés de l’exercice. Sa réussite suppose, d’abord, que les GJ veuillent bien attendre la fin mars sans causer de troubles, et qu’aucun dysfonctionnement ou impact majeur ne survienne d’ici-là, et ce alors même que l’on va mettre en œuvre un prélèvement à la source auquel le mouvement était opposé. Elle suppose ensuite qu’il n’y ait pas captation de la parole populaire par des institutionnels, partis ou syndicats, mais aussi par ces semi-professionnels que sont devenus les associatifs subventionnés. Elle suppose encore que l’on soit à même de produire une synthèse cohérente des avis formulés dans le cadre des différentes initiatives – mairies, CESE, Grand débat -, et ce pour la fin du mois de mars au plus tard. Techniquement, les choses sont donc délicates.

 Mais cette réussite suppose enfin que le gouvernement fasse droit à certaines revendications des GJ. Or on se doute bien déjà que les axes des futures synthèses qui seront privilégiés seront ceux qui permettront de continuer les réformes prévues dès l’origine, et ce dans trois domaines essentiels, ceux de l’assurance-chômage, des retraites et de la fonction publique. Malheureusement, ce sont autant de points qui, non seulement ne sont pas prioritaires dans les demandes des GJ, mais encore sur lesquels les demandes qui ont pu être formulées dans leurs revendications, et qui visent à une meilleure protection (garantie et amélioration des retraites et du chômage, maintien des services publics), vont à l’encontre on le sait des choix gouvernementaux. Sur le fond, la crise pourrait bien renaître alors.

 Or il ne restera plus que deux mois avant les élections européennes (26 mai 2019), et dans l’hypothèse de la crise, une seule solution au Président de la République : le sacrifice du bouc émissaire, son Premier ministre. Mais encore faudrait-il que de dernier soit redevenu d’ici-là le fusible espéré. Et Emmanuel Macron a tellement aimé poser « à la Trump » en signant « ses » textes, le Château et ses conseillers ont tellement effacé Matignon et ses ministres, qu’il faut impérativement redistribuer les rôles avant la mi-mars.

 D’où les sorties « sur le terrain » d’un Édouard Philippe qui aurait pourtant bien d’autres choses à faire, et que l’on devrait voir aussi plus souvent expliquer « sa » politique sur les écrans. D’où, parallèlement, la réserve qui devrait être celle d’Emmanuel Macron durant la même période, avec le retour de la « parole rare » et de la « verticalité du pouvoir ». On sait l’homme assez bon acteur pour tenter cela. À preuve, Jupiter va se refaire une image de chef de guerre pouvant quand il le veut « déchaîner les enfers » en allant réveillonner auprès de nos soldats qui sentent bon le sable chaud du Sahel. Qui sait, peut-être y sentira-t-il lui, comme Kilgore sur sa plage, « l’odeur de la victoire » …

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Jean-Yves Carfantan
- 24/12/2018 - 07:47
Trop c'est trop
La responsabilité des médias est désormais en jeu. Pourquoi faire tant de mousse avec cette vague finalement limitée ? Pour le spectacle et l'audimat ? Il faut désormais souligner toutes les dérives que ce mouvement "spontané" permet. Et se demander pourquoi ici et là, il ouvre un espace au pire : racisme, antisémitisme, violence incontrolée. Les pires malheurs ne donnent à personne le droit de dire et de faire n'importe quoi.
AZKA
- 23/12/2018 - 21:07
@walchp
Vous n'avez pas tout compris aux GJ.
Manque plus qu'à admirer une gendarme bêtement de service, comme la gauche bobo, et admirer la République....en marche d'enarques, de centralisme de CSG et autres malédictions françaises.
Anguerrand
- 23/12/2018 - 21:01
La sénioritas
Il faut être aveugle pour ne pe pas avoir vu que les résidus de GJ cassent tout, réparation à nos frais, et qu’une meute a tenté de tuer un policier à motos. Et j’en passe. Ce sont les mêmes qui ont déjà tué des forces de police à par ex. Notre Dame des Landes. Déjà 200 morts dans les rangs des forces de police qui sont là pour nous protéger. Je ne regrette qu’une chose c’est que le politicien n’ait pas tiré étant en légitime défense mais c’est lui qui aurait eu des problèmes