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Jeu dangereux

Pourquoi le retrait américain de Syrie va encore plus déstabiliser un Moyen-Orient déjà fort mal en point

Publié le 22 décembre 2018
L'annonce du retrait imminent des troupes américaines mobilisées en Syrie et en Afghanistan est un véritable coup de tonnerre au Moyen-Orient, désormais livré au jeu d'influence des puissances régionales.
Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.
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L'annonce du retrait imminent des troupes américaines mobilisées en Syrie et en Afghanistan est un véritable coup de tonnerre au Moyen-Orient, désormais livré au jeu d'influence des puissances régionales.

C’est par un Tweet, comme à l’accoutumé, que Donald Trump a annoncé le retrait immédiat des quelques 2000 soldats américains de la Syrie. Cette déclaration du Président américain intervient le jour même où les Etats-Unis ont approuvé, après de longs mois d’hésitation, la vente de missiles « Patriot » à la Turquie. Elle modifie de manière draconienne la stratégie de Washington au Moyen-Orient. De surcroit, cette décision va à l’encontre de celle du Département d’Etat américain, qui pas plus tard que la veille, avait annoncé que les troupes américaines resteraient sur place afin d’assurer la défaite définitive de l’Etat islamique qui ne serait pas encore totalement acquise. Outre le fait que cette décision traduit les divisions existantes au sein de la Maison Blanche entre d’une part John Bolton, le Conseiller à la Sécurité Nationale et Mike Pompeo, le Secrétaire d’Etat et d’autre part Jim Matis, le Secrétaire à la défense, elle véhicule également le peu d’influence dont Washington dispose aujourd’hui sur l’échiquier syrien. En effet, il s’agit là d’un aveu d’impuissance américaine face à l‘Iran et à la Turquie. 

Dès lors, le champ est maintenant totalement libre pour un enracinement à long terme de l’Iran sur la partie orientale de la Syrie à l’est de l’Euphrate et celui,de la Turquie au nord-est du pays. Le fait que cette annonce du retrait américain soit intervenue à l’issu d’un long entretien avec le Président Erdogan peut être perçu comme une victoire turque. La Turquie ne cessait, en effet, de menacer d’une intervention militaire les troupes du mouvement Kurde YPG qu’Ankara considère comme une émanation du PKK qu’elle qualifie de terroriste; menace qui aurait pu mettre en conflit frontal l’armée turque et le contingent américain. Ce mouvement kurde est précisément l’allié des américains dans leur combat contre l’Etat Islamique. Ce changement draconien de la politique syrienne est difficilement compréhensible car jusqu’alors Washington déclarait que les troupes américaines ne quitteraient pas la Syrie tant que l’Iran aurait une présence militaire en dehors de ses frontières et à fortiori en Syrie. En effet, l’Iran y est présent aussi bien directement qu’à travers ses alliés de la légion chiite étrangère.

In fine, ce retrait américain bénéficiera grandement à l’Iran qui ne manquera pas d’interpréter le départ American comme un manque d’intérêt de Washington pour la région. Si la Syrie, qui est le dossier le plus brulant, peut être abandonnée de la sorte par un Tweet de Donald Trump, quel serait la pérennité de l’engagement américain en Iraq et en Afghanistan ? Les alliés des Etats-Unis seront fortement malmenés, en particulier les Kurdes de l’YPG qui vont être livrés à la vindicte turque après avoir fidèlement servi, comme alliés militaires des Etats-Unis, dans le combat contre les combattants de l‘Etat Islamique. En fait l’image que ce retrait véhicule est celle de l’absence de toute forme de stabilité et de cohérence de la politique moyenne-orientale de Washington. Les uns et les autres réfléchiront à deux fois avant de prêter leur concours aux forces américaines.

Par ailleurs, ce retrait marque également une victoire russe qui pourrait inféoder totalement le pouvoir de Damas à ses volontés hégémoniques. La Syrie deviendra ainsi un porte avion russo-iranien avec sa partie nord-est qui vivra sous une forme d’occupation militaire turque. Le pays sera ainsi partagé entre ces trois puissances et pérennisera le couloir ininterrompu iranien de Téhéran vers Beirut et son allié, le Hezbollah. La conséquence immédiate sera surement une guerre entre Israël, le Hezbollah et le Hamas en 2019, avec le concours des alliés iraniens en Syrie. En effet, ce retrait américain apportera un facteur d‘instabilité supplémentaire dans la région en contraignant Israël de prendre par anticipation les devants dans un confit à venir en fragilisant l’allié iranien au nord de ses frontières, le Hezbollah.

Motivé, nommément par la défaite de l‘Etat-islamique, dans la pratique le départ des GI ’s ouvrira un front de conflit beaucoup plus large.

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gerint
- 22/12/2018 - 20:24
Hilary Clinton voulait la guerre partout
Trump me semble moins agressif et sans doute plus pragmatique. Je ne sais pas vraiment ce que donnent le maintien de troupes américaines en Syrie ni les négociations en sous-main qui ont dû être menées. Pas si sûr que le retrait américain soit délétère pour les USA, point essentiel de la motivation de Trump, et que le management russe soit pire au final
BienVu
- 22/12/2018 - 14:48
Questions (sans réponse ?)
je n'ai pas la compétence de M. Amir-Aslani pour affirmer une opinion sur cette question. Ce qui me semble clair, c'est que les Kurdes sont effectivement trahis par la puissance à laquelle ils s'étaient alliés, les USA. Mais n'ont-ils pas une part de responsabilité d'avoir privilégié cette alliance ? Que la Syrie devienne "un porte-avion" russe en Méditerranée, cela nous changera de l'hégémonie de la VIe flotte américaine. La question la plus grave est la place que l'Iran se taillera après le retrait américain. M. Amir-Aslani est-il l'observateur le plus objectif sur ce sujet ? Les Russes ont-ils les moyens de contenir les ambitions iraniennes ? Le régime actuellement au pouvoir en Iran est-il éternel dans un monde particulièrement mouvant ? Questions pour le moment sans réponse ; mais l'avenir se chargera d'apporter une réponse qui, comme toujours , ne sera que transitoire, surtout quand il s'agit du Moyen-Orient.