En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© LIONEL BONAVENTURE / AFP POOL / AFP
Entretien politique
Alain Madelin : "Moi qui passe pour être libéral, j’aurais engagé toute action gouvernementale en traitant d’abord l’urgence sociale"
Publié le 16 décembre 2018
L'ancien ministre Alain Madelin regrette le manque de pédagogie de l'exécutif dans la crise des Gilets jaunes. Libéral, il souligne que la première urgence est sociale et que les mesures annoncées par le président de la République ne sont pas suffisantes pour y répondre.
Alain Madelin a été député, Ministre de l'Economie et des Finances et président du Parti Républicain, devenu Démocratie Libérale, avant d'intégrer l'UMP.Il est l'auteur de Faut-il supprimer la carte scolaire ? (avec Gérard Aschieri, Magnard, 2009).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alain Madelin
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alain Madelin a été député, Ministre de l'Economie et des Finances et président du Parti Républicain, devenu Démocratie Libérale, avant d'intégrer l'UMP.Il est l'auteur de Faut-il supprimer la carte scolaire ? (avec Gérard Aschieri, Magnard, 2009).
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
L'ancien ministre Alain Madelin regrette le manque de pédagogie de l'exécutif dans la crise des Gilets jaunes. Libéral, il souligne que la première urgence est sociale et que les mesures annoncées par le président de la République ne sont pas suffisantes pour y répondre.

Atlantico : Comment jugez-vous les propositions d'Emmanuel Macron pour sortir de la crise des Gilets jaunes ? S'agit-il d'un virage social ou d'une accélération de son programme comme il l'affirme ?

Alain Madelin : Sur le fond, je pense que jamais le gouvernement n'aurait dû se mettre dans cette situation. Il y a un grand décalage entre la réalité de terrain et ce que fait le gouvernement. Je dis cela d'autant plus volontiers que je m'étais permis de commettre, avant que Macron ne soit candidat, un petit opuscule de ce que pourrait être un programme de président de la République. Dans ce programme, je préconisais ce que fait Macron : le rassemblement de gens de gauche et de droite qui veulent aller de l'avant au-delà des partis politique. Mais je proposais à l'époque de commencer par ce que j'appelais "l'urgence sociale". Dans cette dernière, j'abordais les questions très préoccupantes de pauvreté et le grand décalage entre la France des fins de mois difficile et le spectacle de l'argent facile.

Dans la France des fins de mois difficile, même si l'on peut faire dire ce que l'on veut aux statistiques de l'Insee, ce qui compte en réalité c'est ce que les gens découvrent en réalité, le "reste à vivre" qui ne cesse de se réduire. Il est pourtant le dernier petit sel de la vie, c’est-à-dire, un cadeau à ses enfants, une sortie, etc. C'est cette urgence sociale qui aurait dû être la priorité et il fallait y répondre à la fois par des mesures non conventionnelles et par des paroles qui montraient la compréhension de cette France des fins de mois difficiles. Même si l'on disait que l'on se consacrait enfin à stimuler la création de richesse, la production et l'emploi, il fallait expliquer en même temps que c'était la solution la plus pérenne pour résoudre les difficultés d'une grande partie des salariés.

Plus généralement, comment expliquez-vous cette crise des gilets jaunes ?

La réalité c'est que l'on a fait une erreur économique majeure depuis 20 ans. Nous aurions dû, dans un monde ouvert, chercher la compétitivité "par en haut", c’est-à-dire par une montée en gamme de nos produits et services, ce qui nécessitait un investissement considérable aussi bien en capital financier qu'humain. Faute sans doute de disposer de ce capital financier et de cette formation de qualité, peut-être aussi par facilité, le patronat et les gouvernements n'ont cessé de suriner la chanson du "nous devons être compétitifs par la diminution du coût du travail". On a fait je ne sais trop combien de plans de diminution des charges sociales pour diminuer le coût du travail. Vous observez aujourd'hui que cette question des gilets jaunes c'est la question des gens entre 1 et 1.6 Smic. Si vous subventionnez par la prise en charge des cotisations sociales la baisse des coûts du travail bas, vous multipliez la France des faibles salaires et vous enfermez une partie toujours grandissante de la France dans cette catégorie. Il fallait prendre conscience de cela dès le début et en faire un axe fort de la politique de Macron. Rajoutez à cela la taxe carbone, soit "la taxe de trop", justifiée tant bien que mal à la nécessité de sauver la planète pour des gens qui n'avaient pas d'alternative. C'était prendre une partie des Français pour des imbéciles et cela marqua le début de la révolte des gilets jaunes. Un gouvernement conscient de ce qu'est la politique aurait dû immédiatement retirer la taxe. Faute de cela on a perduré dans une crise pour s'en sortir par un plan financièrement important (encore que l'on ait encore du mal à mesurer son calibrage économique), un plan qui nous fait sortir des critères d'endettement…

Je ne ferai pas au gouvernement ce reproche d'être obligé d'employer de grands moyens face à une situation extrêmement dangereuse pour la démocratie. Maintenant, que les mesures soient mal faites, c'est une autre question sur laquelle on peut tous s'interroger légitimement aujourd'hui.

A lire aussi : Gilets jaunes : pourquoi notre monde ne souffre pas d’un abus mais d’un déficit de VRAI libéralisme

Y a-t-il quelques façons selon vous de se rattraper à partir de ses annonces ?

C'est très difficile. Vous avez vu les errements du chef du gouvernement et le coût d'un tel bafouillage sur le moratoire. Quant à la prime d'activité, sans doute aurait-on pu faire dès le début une pédagogie sociale sur une prime d'activité fraichement convertie en impôt négatif à la française. Au fond, jusqu'à 1.2 Smic, vous ne payez pas d'impôts et même en fonction de votre éloignement de cette frontière vous touchez une allocation complémentaire de votre salaire. Ce qui à terme revient à mettre entre parenthèses le Smic qui peut peser sur les entreprises. Et au-delà de ce 1,2 Smic, vous allez payer des impôts. Une opération qui en plus serait facilitée par l'impôt du revenu à la source. Elle permettrait de recevoir une allocation sur votre feuille de paye, ce qui reviendrait à une augmentation, non pas du Smic mais des revenus. Il aurait fallu en faire la pédagogie depuis longtemps. Aujourd'hui les gilets jaunes rejettent la mesure proposée par le président car ils disent ne pas vouloir faire la manche mais vivre correctement de leur travail. Ce qui peut se comprendre étant entendu que pour ma part, je ne pense pas qu'un nouveau monde compétitif, productif, ne puisse pas payer de bons salaires. Il suffit de regarder la Suisse ! Les bons salaires ne sont pas congénitaux à une économie dite libérale, au contraire ! Une économie libérale essaye de payer de bons salaires.

Il faut aujourd'hui reconstruire l'économie pour permettre une mesure non conventionnelle qui serait un complément de salaire qui serait à mes yeux la seule solution techniquement possible. On tourne aujourd'hui autour des bonne solutions, mais qui sont difficiles à faire comprendre "à chaud" puisqu'il aurait fallu faire de la pédagogie depuis longtemps.

Aujourd'hui je ne sais pas où le gouvernement va atterrir et je ne suis pas étonné que le président de la République n'ait eu personne dans son entourage pour lui dire qu'il courait un énorme risque à présenter cette proposition qu'il a faite aux gilets jaunes de manière aussi courte.

Ces demandes des gilets jaunes sont souvent interprétées comme une contestation du libéralisme, le soutien de mouvances très à gauche ayant eu tendance à biaiser le message. Mais n'est-il pas faux de dire que les gilets jaunes s'opposent au libéralisme ?

Il y a plusieurs aîles et courants qui s'expriment dans ce mouvement. Celle qui s'insurge contre le pacte de Marrakech, celle qui dit que s'il y a des faibles salaires, c'est parce qu'il y a une infime minorité de Français qui s'en mettent plein les poches. Ceci est la caractéristique d'une période pendant laquelle vous avez une croissance zéro ou très faible où l'on pense que l'enrichissement des uns est la perte des autres. La question ne se pose pas si vous avez une croissante à 5 ou 10%. C'est caractéristique de l'époque. Une part de l'opinion est excitée par quelques meneurs. Ce que j'observe dans ce monde moderne de foules numérisées, c'est que les évolutions sont bien plus rapides qu'elles ne l'étaient par le passé et que le rythme politique a évolué dans ce sens.

Est-ce qu'il n'y a pas eu chez Emmanuel Macron une certaine incapacité à assumer jusqu'au bout sa filiation libérale ? N'était-ce pas l'occasion de remettre en avant les fondamentaux du libéralisme comme la lutte contre les monopoles ?

C'est assez complexe. Moi qui passe pour être libéral, dans le petit programme que j'évoquais tout à l'heure, je ne parlais de l'ISF qu'une fois engagée toute cette action sociale. Et je disais que je ne voulais pas supprimer l'ISF car je connais le rôle des totems et des tabous.

Aucun pays en Europe ne taxe le capital comme on le fait en France. Il faut comprendre que le capital n'est pas l'ennemi du salarié, au contraire.

On sent bien qu'il y a une rupture sociale extrêmement profonde. Une France déboussolée par le maelstrom de la dévaluation des valeurs. De la dévaluation permanente de ce qui fait vous environnement naturel. On sent les fractures profondes. Emmanuel Macron aurait dû faire la pédagogie nécessaire et faire des mesures lisibles. Que Macron se retrouve dans un tel climat de haine à son endroit après avoir suscité tant d'espoirs est tout à fait stupéfiant.
 

A lire aussi : Les Gilets jaunes, le cri de la liberté

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
02.
L'étonnante proposition de Brigitte Macron à Valérie Trierweiler et Carla Bruni-Sarkozy
03.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
04.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
05.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
06.
Ce biais statistique qui explique pourquoi la redistribution en France est loin d’être aussi efficace qu’on le croyait pour corriger les inégalités
07.
Changement climatique : Alexandria Ocasio-Cortez déclare que "le monde touchera à sa fin dans 12 ans"
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
03.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
04.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
05.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
06.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
07.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
04.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
05.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
06.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
04.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
ajm
- 16/12/2018 - 23:45
Montée en gamme, slogan ou objectif crédible.
Sortir par le haut notre économie en montant en gamme, c'est une oeuvre de longue haleine, supposant un bouleversement de notre système éducatif au profit d'un apprentissage de qualité comme en Allemagne, en Suisse ou en Autriche, avec des entreprises qui investissent durablement sur la formation, dans un vrai environnement "industriel " de "grosses pme" très loin de la réalité d'un patronat écartelé entre des multinationales embauchant des bac+ 5 à 7 déjà formés et une myriade de petites entreprises essayant de survivre sur des marchés locaux sans profondeur financière ni capacité à investir sur un horizon temporel suffisant . On ne crée pas l'industrie Allemande en quelques années . Il aurait été nécessaire d'aider par des mesures ciblées (baisse des impôts sur la production, charges salariales sur les salaires nettement au dessus du smic ) les rares grosses pme industrielles exportatrices qui produisent encore en France mais ces mesures ciblées sont impossibles dans l'environnement juridique et réglementaire Européen et même Français ( "égalité devant la loi " scorie imparable de notre "état de droit " fabriqué par le conseil constitutionnel. ..).