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Fracture entre pouvoir et peuple

« Gilets jaunes » : 1789-2019, les dieux de l’Olympe doivent revenir sur terre

Publié le 15 décembre 2018
Emmmanuel Macron a prononcé une allocution, le 10 décembre, mais s’est il exprimé avec le bon paradigme ? A t-il été le Président qui a écouté et entendu ? Un président qui se doit de sentir l’époque, profondément, à partir de réalités concrètes et diverses, et donc complexes.
Virginie Martin est une professeure-chercheure à Kedge Business School et politologue française. Elle est présidente du Think Tank Different, laboratoire politique créé en 2012, et est l'auteur de Ce monde qui nous échappe : pour un universalisme...
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Virginie Martin est une professeure-chercheure à Kedge Business School et politologue française. Elle est présidente du Think Tank Different, laboratoire politique créé en 2012, et est l'auteur de Ce monde qui nous échappe : pour un universalisme...
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Emmmanuel Macron a prononcé une allocution, le 10 décembre, mais s’est il exprimé avec le bon paradigme ? A t-il été le Président qui a écouté et entendu ? Un président qui se doit de sentir l’époque, profondément, à partir de réalités concrètes et diverses, et donc complexes.

En cette veille de l’année 2019, il a enfin parlé. Emmanuel Macron, le président jupitérien, a octroyé aux Français treize minutes de son précieux temps, le 10 décembre. D’un temps, on peut le regretter, enregistré. Un direct eut été en effet plus naturel, plus direct, plus chaleureux peut-être… Mais au moins – et c’était très attendu – il s’est décidé à parler.

Il a certes parlé, mais s’est il exprimé avec le bon paradigme ? A t-il été le Président qui a écouté et entendu ? Un président qui se doit de sentir l’époque, profondément, à partir de réalités concrètes et diverses, et donc complexes.

Des réalités en jaune qu’il n’a pas nommées. Les « gilets jaunes » ont été les grands absents de son allocution. Et on sait combien, en linguistique, ce qui ne s’énonce pas n’existe pas, n’est pas reconnu. Ne pas nommer, revient à ne pas désigner, à ne pas donner vie, à ne pas jouer l’interaction entre soi et un interlocuteur.

Cette absence de désignation par le président de la République revient à ne donner aux « gilets jaunes » aucune légitimité, aucune reconnaissance en tant qu’« acteurs ».

Par ailleurs, Emmanuel Macron a compris un peu, mais pas tout. Et peut-être pas l’essentiel.

Un essentiel qui évoque la sensation, au-delà de la paupérisation réelle, la sensation pour tous que le hors sol et le hors temps ont gagné. Que nous ne serons que de pauvres mortels qui, au lieu de spéculer par-delà les frontières et par-delà les fuseaux horaires, continuent – au mieux – de travailler sur un territoire donné et dans un temps réel, pour gagner leur vie.

Hors temps et hors territoire

Fort de ce nouveau « réel irréel », les mortels, les « sans deuil » ont décidé de parler. Jusqu’aux cadres qui commencent à se rebeller face à un sens qui n’a plus de sens.

L’économie détemporalisée et déterritorialisée domine, et Emmanuel Macron semble ne pas vouloir la stopper, la réguler, lui insuffler un peu d’éthique. Et c’est bien cela le problème.

Deux points doivent être compris dans ce tableau, essentiels :

Emmanuel Macron n’a entendu les Français ni sur l’un ni sur l’autre de ces deux points et semble légitimer les réalités irréelles, hors temps et hors territoire.

Il répond « égrenage de mesures » quand la demande se fait sur quelque chose de plus méta-politique, voire de plus métaphysique.

Gilets jaunes, abstention et populisme

Les radicalités, on le sait, se donnent à voir depuis longtemps en Europe et ont tendance à s’y ancrer. On les appelle souvent « populismes » de gauche ou de droite. Mais ces populismes sont aussi servis par de fortes abstentions, et une forte méfiance à l’égard du politique. Lors de la présidentielle de 2017, la France a connu ce phénomène dans des proportions inégalées jusqu’alors.

Bien sûr, il n’est pas très orthodoxe d’additionner les votes pour Poutou, Asselineau et autres blancs, nuls, Le Pen, Mélenchon, Dupont-Aignan… Mais, si l’on s’y hasarde, et que l’on fait le total de ces « radicalités » multiples au premier de la présidentielle, on frôle les 50 % du corps électoral à la présidentielle 2017.

Cette foule « radicale » de 2017, éparse, polychrome, protéiforme ressemble à s’y méprendre aux gilets jaunes d’aujourd’hui. Sauf que ces bouts de colère, ces morceaux de radicalités se sont rencontrés, parlés, coalisés presque… La France des ronds points s’est rendue compte que, même si elle ne votait pas à l’identique, elle avait beaucoup en commun, dont – bien sûr – la paupérisation.

Ce diagnostic de 2017 n’a peut-être pas assez été fait par le(s) pouvoir(s).

Une demande de changement profond du système

Le second point ignoré par Le Président est consubstantiel du premier : c’est cette demande de changement profond d’un système. D’un système de privilèges qui est allé trop loin et qui, surtout, est devenu trop visible. Tant que les politiques aux affaires essayaient d’endiguer les dérives financières des grands patrons ou essayaient de titiller les banques, on sentait le pouvoir, un peu, du côté du « peuple », ou en tout cas du côté d’une forme d’intérêt général.

Mais, avec Macron, beaucoup ont subitement l’impression que sont cautionnés ces salaires qui s’envolent, cette haute finance, ces entreprises sans territoire, ces grands patrons qui s’exilent… et les premiers de cordée. L’histoire fiscalo-nippone de Carlos Gohn, l’élite des premiers de cordée, est cruelle et lui revient dessus comme un boomerang. Une histoire qui semble dire : « Même à des salaires vertigineux, ce n’est toujours pas suffisant…

Le Président n’apparaît donc plus solidaire. C’est comme s’il n’essayait même pas… Et, logiquement, puisqu’il n’est ni de droite, ni de gauche, il ne peut donc aider personne : ni les pauvres, les modestes, les moyens, les petits patrons, les cadres, les professions libérales. Il est ni de gauche ni de droite et il apparaît comme étant par-delà, dans ces sphères sans temps et sans espace. Dans une sorte d’Olympe de la globalisation, boulimique de richesses.

Une demande de « pouvoir vivre »

Il répond à cette demande radicale d’abolition de cet Olympe, par un peu de pouvoir d’achat. Mais, encore une fois, ce saupoudrage ne sera pas payé par les dieux de l’Olympe. Et c’est bien le problème aux yeux des gilets jaunes.

Et, au-delà de l’argent, les demandes sont des demandes de pouvoir vivre. Cette requête radicale est une exigence profonde – « à la 1789 » – d’abolition des hors sol. C’est une demande de changement de logiciel.

Les sans culottes d’aujourd’hui ont mis un gilet jaune, et ne voguent pas dans les airs. Ils demandent aux dieux de l’Olympe de les aider à mieux respirer. Que ces dieux fassent aussi partie de la terre. Tout un monde qui rappelle des fictions devenues célèbres à la Tripalium, ou à la Time out.

En fait, ces citoyens gilets jaunes demandent « juste » le retour de la démocratie. Une démocratie qui doit être animée, vivante et pas seulement lors d’une élection ponctuelle dont on tirerait toute légitimité.)

La démocratie doit être remise dans les mains du peuple souvent, régulièrement et celui ci doit en être une partie prenante. C’est cette demande qui est faite, ni plus ni moins : que la démocratie vive et que les dieux de l’Olympe soient d’accord pour y vivre dedans et passe parfois par les ronds points.

The Conversation

Article publié initialement sur The Conversation

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cloette
- 15/12/2018 - 15:23
oui, mais
"fracture entre pouvoir et peuple" , c'est toujours la cause des révolutions, on pourrait résumer la situation par le slogan " Macron, t'es foutu, le peuple est dans la rue "