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Baisse des prix du pétrole et fin de l’aide militaire américaines au Yémen : l’étau se referme sur l’Arabie saoudite
Publié le 15 décembre 2018
Le Sénat des Etats-Unis vient d'adopter une résolution jugeant Mohammad Ben Salman responsable de l'assassinat de Jamal Khashoggi le 2 octobre dernier à Istanbul. Entre cette situation politique, et le contexte pétrolier qui s'annonce difficile pour le royaume, le pays est dans la tourmente.
Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.
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Le Sénat des Etats-Unis vient d'adopter une résolution jugeant Mohammad Ben Salman responsable de l'assassinat de Jamal Khashoggi le 2 octobre dernier à Istanbul. Entre cette situation politique, et le contexte pétrolier qui s'annonce difficile pour le royaume, le pays est dans la tourmente.

Atlantico : Ce jeudi 13 décembre, le Sénat des Etats-Unis a adopté une résolution jugeant Mohammad Ben Salman responsable de l'assassinat de Jamal Khashoggi le 2 octobre dernier à Istanbul. Entre cette situation politique, et le contexte pétrolier qui s'annonce "difficile" pour le Royaume pour les prochaines années, la stabilité du pays est-elle à risque ? 

Ardavan Amir-Aslani : En fait, il y a eu deux résolutions. Une demandant l’arrêt du soutien logistique américain à la guerre impitoyable que mène l’Arabie Saoudite à l’encontre du peuple yéménite adoptée avec le concours de 7 sénateurs Républicains (56/41) et l’autre, adoptée à l’unanimité, condamnant nommément le Prince héritier saoudien comme instigateur et ordonnateur de l’assassinat de Jamal Khashoggi. Ces deux résolutions remarquables viennent contredire de manière flagrante la position de la maison blanche qui était particulièrement hostile à l’adoption de toute résolution à l’encontre de l’Arabie Saoudite, en général, et du Prince héritier, en particulier. Même si la résolution sur l’arrêt du soutien logistique a davantage une portée symbolique qu’autre chose, elle traduit de la volonté du Sénat de réaffirmer son rôle prépondérant dans les déclenchements des guerres que mènent ou encouragent les Etats-Unis. Fait notable, et une première en la matière, le texte de la résolution se réfère à la loi sur les actes de guerres adoptée au lendemain de la guerre du Vietnam en 1973.

Le discours de certains sénateurs eu égard à l’Arabie Saoudite est également novateur, notamment dans les termes usités. C’est ainsi que l’on a entendu le Sénateur Bernie Sanders (Démocrate) qualifié l’Arabie Saoudite de régime despotique. Le sénateur républicain Robert Menandez a même déclaré que les Etats-Unis ne pourront plus se taire face au dédain coupable de l’Arabe Saoudite pour les droits de l’homme et ses violations flagrantes des normes internationales. Il convient de noter que des propos d’une telle violence à l’encontre de Ryad sont rarissimes au Congrès, ce qui traduit le véritable changement de climat qui commence à s’y opérer. L’heure est à la prudence pour l’Arabie Saoudite, surtout qu’en poussant vers une réduction des exportations pétrolières des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, les Saoudiens viennent également d’aliéner le Président américain qui y était particulièrement hostile. Ce dernier, en effet, ne souhaite pas que le prix du baril dépasse les 65  USD afin d’assurer la pérennité de la croissance économique mondiale et éviter de la sorte une récession.

Il se trouve que le monde et les Etats-Unis n’ont plus besoin comme jadis du pétrole saoudien. Les Etats-Unis sont devenus le principal producteur de pétrole avec leurs exploitations des gisements de gaz et pétrole de schistes, exportant même leurs produits vers l’Europe. L’accord de Quincy, conclu le 14 février 1945 à bord d’un bâtiment de guerre américain sur le canal de Suez par lequel Washington, qui par l’intermédiaire de Roosevelt, apportait son soutien au fondateur de l’Arabie Saoudite, Ibn Saoud en échange des garanties sur les approvisionnements pétroliers, n’est plus aussi indispensable aujourd’hui.

Ainsi, in fine, ce que reflètent les résolutions du Sénat sont que l’alliance entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis ne sont plus aussi solides qu’hier. Les Saoudiens en sont d’ailleurs conscients car ils ont remplacé cette alliance entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis par une alliance entre Ibn Salman et Ibn Trump en la personne de son gendre Jarred Kushner.

En cas de mise à l'écart de Mohammed Ben Salman, quelles seraient les alternatives pour le Royaume ? Quels sont les risques de voir al-Qaeda monter encore en puissance dans le pays ? 

Il ne faut pas se faire d’illusion. Mohammad Ben Salmane concentre entre ses mains la totalité des rouages de pouvoir dans le pays. Prince héritier, ministre de la défense, Président du conseil de surveillance de la vache à lait du pays, l’Aramco, et Président du Conseil de Développement Economique et de surcroit Directeur du Cabinet royal, il est indéboulonnable. C’est ce qui ressort également de sa présence à Buenos Aires lors du sommet du G20. Le retour récent de son frère, Ambassadeur à Washington, ainsi que du dernier survivant des fils d’Ibn Saoud Muqrin, naguère Prince héritier lui-même,  en Arabie Saoudite ne sont que de la poudre aux yeux. Ces manœuvres ne visant qu’à véhiculer le mirage d’une fragilité du Prince héritier qui serait sur le point d’être remplacé. Son père, le Roi, quasi grabataire et souffrant de Parkinson, n’a pas le pouvoir de le remplacer ni de réduire le spectre de ses pouvoirs. Mohammad Ben Salmane est même allé jusqu’à interdire toute rencontre entre son père le Roi et sa mère par crainte que cette dernière puisse influencer son père d’une manière qui ne lui serait pas favorable.

La réalité est que l’Arabie Saoudite est non seulement le principal financier des mouvements islamistes dont Daech mais qu’elle est également le fournisseur de son idéologie. Rappelons que les livres enseignés dans les écoles pendant le court règne de Daech en Syrie et en Iraq étaient les mêmes qui étaient utilisés dans les écoles saoudiennes. La charia qui est vigueur en Arabie Saoudite avait également était transposée par Daech. J’ai même pour coutume de dire que l’Arabie Saoudite est un Daech qui a réussi !

Depuis, l’affaire du Ritz Carlton où 400 dignitaires et grands princes saoudiens avaient été incarcérés et torturés dans le cadre d’une campagne d’extorsion de fonds, le Prince héritier s’est rapproché du clergé wahhabite, plaçant même le plus important d’entre eux, le Grand Mufti Asheikh à ses côtés lors du dernier discours de son père. Les campagnes d’ouvertures sociales envers les femmes, présentées comme la face de modération de Ryad n’a abouti qu’à l’incarcération des femmes qui étaient à l’origine du droit des femmes de conduire. D’ailleurs le résultat est flagrant puisque 11 femmes ont obtenu leur permis de conduire depuis deux ans….

Quelles sont encore les autres pressions qui s'exercent sur le Royaume ? 

La principale pression est due à la baisse des cours pétroliers qui réduit les marges de manœuvre de l’Arabie Saoudite tant sur le plan domestique qu’à l’international. Pour équilibrer son budget, Ryad a besoin d’un baril à 75 USD. On est aujourd’hui loin du compte d’où la baisse des réserves de devises moitié moins importantes que lors de l‘accession du Roi Salmane au pouvoir. Même les contrats annoncés à grand renfort médiatique lors du déplacement du Président américain n’ont pas vu le jour. Ryad ne dispose plus de moyens financiers suffisants pour acheter la paix sociale sur le plan intérieur. Un tiers des Saoudiens vivent en deca du seuil de pauvreté alors que le Prince héritier mène grand train. A l’étranger ce pays n’a plus les moyens de traduire son influence et d’y mener des guerres par mouvements islamistes interposés comme en Iraq et en Syrie. Ryad n’arrive même pas à contrôler les territoires libérés au Yémen où les islamistes d’al-Qaeda rodent librement.

Ensuite vient la menace des Frères Musulmans et leur parti « Islah » (la reforme) qui vise à remplacer la légitimité de l’Etat fondé sur des distributions de largesse du haut vers le bas par la légitimité électorale qui part du bas vers le haut et qui représente une menace existentielle pour la famille régnante. C’est le modèle des Frères Musulmans soutenu et financé par le Qatar. Pour finir, il faudrait citer tous les grands princes d’autres branches de la famille spoliée par le Prince héritier. La liste est longue… En fait l’Arabie Saoudite est un pays en sursis !

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