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13 Novembre 2015 : la nuit effroyable de l’intervention au Bataclan vécue par la BRI
Publié le 16 décembre 2018
Dans son ouvrage "BRI, histoire d’une unité d’élite" (publié chez Mareuil éditions), Danielle Thiéry donne la parole à ces hommes qui ont fait et font encore l'histoire de cette unité exceptionnelle de la PJ parisienne. Ces hommes et ces femmes risquent leurs vies pour sauver la nôtre. Extrait 2/2.
Danielle Thiéry est l’une des premières femmes de la police française à avoir accédé au grade de commissaire divisionnaire. Au cours de sa carrière, elle s’est intéressée aux mineurs en danger en passant par la police criminelle ou bien encore la lutte...
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Danielle Thiéry
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Danielle Thiéry est l’une des premières femmes de la police française à avoir accédé au grade de commissaire divisionnaire. Au cours de sa carrière, elle s’est intéressée aux mineurs en danger en passant par la police criminelle ou bien encore la lutte...
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Dans son ouvrage "BRI, histoire d’une unité d’élite" (publié chez Mareuil éditions), Danielle Thiéry donne la parole à ces hommes qui ont fait et font encore l'histoire de cette unité exceptionnelle de la PJ parisienne. Ces hommes et ces femmes risquent leurs vies pour sauver la nôtre. Extrait 2/2.

Le chef de l’Antigang ne met pas longtemps à mesurer la difficulté de l’intervention de son groupe. Jamais, ni lui ni ses hommes, même les plus anciens, les plus aguerris, n’ont eu à faire face à une telle situation. Ni d’ailleurs aucun autre groupe d’intervention français, qu’il s’agisse du RAID ou du GIGN. La situation est exceptionnelle.

« La première chose que je comprends, énonce Christophe Molmy, la première leçon qu’on tire du Bataclan, c’est que le but de notre mission est de neutraliser les terroristes, pas de porter secours aux blessés, aussi dur que cela puisse paraître. On n’est pas pompiers. Or, les pompiers ne peuvent pas pénétrer dans un lieu comme celui-là. Même s’ils l’avaient voulu, je ne les y aurais pas autorisés.

« Lorsqu’on entre dans la salle, il y a des centaines de personnes couchées au sol. Impossible de dire combien de morts ou de blessés. Nous mettons pourtant peu de temps à comprendre que beaucoup de gens sont valides mais que, effrayés par les tirs et les menaces, ils n’osent plus bouger. La première chose à faire est donc de prendre en charge le rez-de-chaussée de cette salle de spectacle qui représente une difficulté tactique avec, de part et d’autre, la présence de balcons depuis lesquels on peut nous tirer dessus à tout moment.

« Mes hommes, qui ont tous une formation médicale et un équipement d’urgence, prodiguent des premiers soins. Ce sont des scènes de guerre.

« Mais notre première tâche a d’abord consisté à sécuriser le périmètre. Sous le commandement d’un officier, la colonne progresse avec un dépiégeur d’assaut, très lentement. À chaque fois qu’une personne se lève ou vient vers nous, on l’arrête et on lui demande de nous montrer ses mains, de lever son tee-shirt. Il faut vérifier que ce n’est pas un terroriste qui se fait passer pour un otage.

« Ensuite, et seulement ensuite, nous avons demandé aux personnes valides de sortir avant de faire pénétrer des policiers avec des civières pour évacuer les blessés. Des civières, il n’y en avait pas assez et nos collègues ont eu la présence d’esprit d’utiliser des barrières métalliques. Malheureusement, les morts sont restés sur place. Il n’y avait plus rien à faire dans l’immédiat.

« On a mis presque une demi-heure pour vider le rezde-chaussée, secteur par secteur. Dès qu’on ouvrait une porte, on découvrait quinze personnes tassées derrière, il en sortait des faux plafonds, de sous les tables, il y en avait partout…

« Ensuite, il s’agissait de monter à l’étage, sans savoir ce que nous allions y trouver. Il était alors 22 h 45 environ. Le RAID nous a rejoints, je lui demande de prendre position près de la scène qui a déjà été sécurisée. Nous devons être une centaine d’opérateurs en tout au Bataclan, dont une vingtaine qui composent les PC, mettent en place la bulle tactique (environnement wi-fi, vidéo, gestion des communications 4G) et des négociateurs. Les officiers organisent deux colonnes BRI de vingt hommes, pour aller à l’étage, de chaque côté du couloir.

« Là aussi cela prend du temps parce qu’il y a énormément de personnes cachées un peu partout.

Alors que l’évacuation s’achève, l’équipe dite H + 30, dirigée par Georges Salinas, arrive à son tour sur les lieux. Entre le moment où il a quitté les environs de Paris et celui où il est arrivé au Bataclan, il ne s’est pas écoulé plus d’une cinquantaine de minutes.

« Tout de suite, je vois qu’il y a énormément de monde qui commence à sortir, enfin ceux qui sont valides, raconte le numéro deux de la BRI. Je n’ai pas eu besoin d’entrer dans le Bataclan pour comprendre que ça se passait mal puisqu’il y avait déjà des corps devant l’entrée. En passant, je demande aux collègues de la sécurité publique de mettre en place un couloir pour qu’on puisse fouiller les gens – un terroriste peut se cacher parmi eux –, puis je rejoins Christophe qui se trouve à l’intérieur, au premier étage, où il me décrit la situation. C’est en redescendant que je peux vraiment mesurer l’ampleur du drame. Tout ce sang, partout… Et tous ces morts – certains se tiennent encore la main –, tous ces blessés qui agonisent… En marchant, je suis attrapé par le bas du pantalon par une dame qui me demande de l’aide. Je lui prends la main et lui dis qu’on va s’occuper d’elle. Et il y a tous ces téléphones qui sonnent, qui n’en finissent pas de sonner, et que personne ne décrochera plus. Quand on les aura neutralisés, le silence sera presque plus insupportable…

« Mais je pense d’abord opérationnel. Pas le choix. Dans ce type d’action on ne peut pas se permettre d’être soi-même sidéré, au risque d’être condamné à l’inaction. Il n’y a pas d’autre solution que de fermer les écoutilles pour se concentrer sur son job, sur sa mission. Et ma mission, c’est de sortir les gens de ce bourbier, de mettre la main sur les terroristes et de les neutraliser.

« Une fois revenu à l’extérieur, je demande qu’on monte un PC opérationnel. Je fais pas mal d’allers-retours avant d’entendre à la radio qu’on a localisé les terroristes. Ils sont au premier étage. Je demande les plans du Bataclan. Je les aurai d’abord en version papier, en attendant les fichiers numériques… Le bon côté du numérique, c’est de pouvoir les transmettre rapidement aux colonnes d’assaut.

Extrait du livre de Danielle Thiéry, "BRI histoire d'une unité d'élite" (Mareuil éditions)

 

 

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